Passager de la nuit épisode 6 : les talents d’Emma

L’EPISODE PRECEDENT EST ICI

« Nathaniel ! Viens manger, mon garçon ! » Le petit arrive en courant. Il a six ans à peine et vit seul avec son grand-père. Le vieil homme est tout son univers. A la fois père et mère, il s’occupe de l’enfant depuis que les parents de celui-ci ont péri dans un tragique accident de voiture. Nathaniel les a presque oubliés… il était si petit quand les événements se sont produits !

Calepin d’Emma (extrait):

J’ai émergé de mon sommeil en pleine pénombre. Je ne sais pas combien d’heures se sont écoulées depuis qu’on m’a enfermée ici. Tout ce que je sais, c’est qu’il fait nuit. Mon dos me fait un mal de chien car je me suis endormie assise, sur le carrelage, dans un angle de la pièce. Il fait frais et je frissonne, regrettant de n’avoir emmené que mon petit gilet…
Tout est silencieux. Les employés sont sûrement tous partis. Suis-je seule ici ? Je me lève et je vais frapper à la porte. Puis je crie, toujours sans résultat. Un léger mouvement attire mon regard. Une caméra suit tous mes gestes depuis le haut du mur. Son oeil rouge clignote tandis qu’elle me guette. Il y a donc quelqu’un qui me surveille…
J’essaie de soulever une chaise pour la jeter sur cette maudite caméra et je m’aperçois que les meubles sont fixés au sol. Ils ont peur qu’on les leur chaparde ou quoi ? me dis-je avec un sourire amer. peu importe, il me reste une autre arme. Je me saisis de mon album et je le projette de toutes mes forces vers l’oeil indiscret. Au bout de la troisième tentative, j’ai la satisfaction de voir l’appareil se décrocher du mur avec un grésillement.
J’entends des pas dans le couloir. Une clé tourne dans la serrure et la porte s’ouvre enfin… Je prends mon élan et je fonce droit devant moi. Mon plan est simple : profiter de l’effet de surprise pour mettre l’intrus par terre et filer vers la sortie sans demander mon reste. Sauf que je me heurte à des muscles d’acier et que c’est moi qui me retrouve au sol.
Je lève les yeux. Une montagne humaine se tient devant moi. Un rectangle de plastique épinglé sur son veston me renseigne sur son nom et sa profession.
-Tom ? lui dis-je en me relevant aussi dignement que possible. Auriez-vous la gentillesse de me laisser passer ?
Il a un sourire bref, mais c’est une autre voix qui me répond, celle de Nathan Merry :
-Je suis navré mademoiselle Le Verdier… Nous aimerions vous garder parmi nous encore quelques temps. Veuillez nous excuser pour cette longue attente. Je vous ai fait préparer une chambre. Si vous voulez bien me suivre.
Crâne chauve me précède, mais derrière moi, il y a l’imposant Tom. Aucune fuite possible ! Alors, en soupirant, je le suis docilement.

Sa petite main glissée dans celle de son grand-père, Nathaniel s’en va à l’école. Il aime bien ce moment de complicité au cours duquel son aïeul lui apprend la nature : le nom des plantes, celui des arbres, reconnaître le chant des oiseaux… L’enfant est heureux. Il voudrait que ces instants durent toujours, mais le vieil homme, immanquablement, le dépose dans la cour de récréation. Le gamin le regarde s’éloigner et pour lui commence l’attente, celle de la sonnerie qui marquera la fin de la journée de classe.

Rapport 003 :

Le sujet ne supporte pas l’enfermement et montre une certaine violence. Instaurer un climat de confiance permettrait sans doute à ses dons de s’exprimer.

Calepin d’Emma (Extrait) :

Crâne chauve ne m’a pas menti. Il m’a effectivement conduite dans une chambre. Il n’y a pas plus de fenêtre ici que dans la salle que je viens de quitter, mais au moins c’est confortable. En plus du lit et de la table de chevet, je dispose d’une armoire, d’une salle de bain avec sanitaires et… d’un formidable atelier de peinture. Il est spacieux, généreusement fourni en matériel et en éclairage : mon rêve depuis toujours…
J’effleure les pinceaux, les tubes de peinture. Je souris… c’est plus fort que moi. Je suis comme une gamine qui découvre ses cadeaux au matin de Noël. Le vieux renard l’a bien vu. Il se frotte les mains tout content.
-Vous allez pouvoir vous remettre au travail, me susurre-t-il.
Je me retourne bouche bée :
-C’est pour ça que vous m’avez enlevée ? Pour que je peigne pour vous ?
-Enlevée ? Le terme est un peu fort, proteste-t-il. Nous voulions juste nous assurer de votre collaboration !
Tu parles oui, en m’enfermant ! Je retiens les répliques qui voudraient jaillir. Je préfère le laisser croire qu’il m’a amadouée et dès que sa vigilance aura baissé, je lui souhaiterai bon vent !

Rapport 004 :

Le sujet accepte enfin de coopérer. Il lui faudra peut-être encore quelques jours pour s’adapter et laisser libre cours à sa créativité…

D’ordinaire, le jeudi est le jour que Nathaniel préfère. C’est le moment des parties de pêche, des balades dans les bois ou de la chasse aux escargots… mais ce jeudi-là est gris. Et jamais l’enfant ne l’oubliera. Ce matin, son grand-père ne s’est pas levé. Le gamin a attendu près d’une heure qu’il vienne déjeuner. En vain. Alors, il a fini par monter timidement pour aller le réveiller. Mais le vieil homme ne s’est pas réveillé, pas même quand il l’a secoué de toutes ses forces. Il ne se réveillera jamais plus.

Calepin d’Emma (Extrait) :

Malgré l’ambiance, malgré l’endroit, dès que j’ai eu le pinceau en main, la magie a opéré. Le visage de l’homme dans l’ombre est apparu. Pour une fois, il n’est pas seul. Sous mes doigts, une deuxième silhouette s’esquisse. Je peins un long moment, mais je dois m’arrêter, épuisée.
Crâne chauve est venu voir mon travail. il avait l’air très content. Quand j’ai grommelé que je n’aimais pas qu’on regarde mes tableaux avant qu’ils ne soient terminés, il n’a pas insisté et est reparti. Il fait des efforts pour me mettre à l’aise. J’obtiens tout ce que je veux : nourriture, matériel… sauf l’essentiel, ma liberté. Combien de temps encore, vont-ils me garder ?

Rapport 005 :

Le sujet est de nouveau en contact avec l’entité. La prochaine toile devrait être riche en informations.

Nathaniel ne pleure pas tandis que le cercueil est recouvert de terre. Il s’enfonce les ongles dans la paume de la main, jusqu’au sang et il se fait une promesse : lui ne finira pas comme ça. Il ne mourra pas. Il déteste la mort. Il lui échappera, par n’importe quel moyen.

Calepin d’Emma (Extrait) :

Quand j’ai senti l’inspiration qui faisait son chemin en moi, j’étais toute joyeuse. J’ai vidé mon esprit de tout ce qui n’était pas peinture et ma main a couru sur la toile. La deuxième silhouette prenait forme. Elle faisait face à l’homme de l’ombre, dans une attitude défensive. Plus petite, mais néanmoins tout aussi masculine, elle semblait presque l’implorer.
Sans savoir pourquoi, elle me semblait familière. Etait-ce la posture ? La façon de jeter son épaule en arrière ? J’avais une impression de déjà vu. Puis je suis arrivée au visage et tout s’est éclairé. Cet air buté, ce regard attentif, cette bouche qui hésitait à chaque instant entre sourire et moquerie, je les aurais reconnus entre mille ! C’était Gaël.
Crâne chauve entre à ce moment-là et considère mon oeuvre en silence. Il échange un regard avec Tom qui le suivait et toujours sans dire un mot, ils sortent précipitamment. Je ne comprends rien à la scène qui vient de se jouer devant moi…. mais j’ai la certitude que mon ami coure de graves ennuis !

A SUIVRE 

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