Passager de la nuit 8 : Nathaniel et l’immortalité

Le précédent épisode se trouve ici 

Foyer des mimosas :

-Ce gosse est une plaie ! Un vrai démon… Vous ne nous aviez pas dit, en nous le confiant, qu’il était dérangé !
-Je vous en prie monsieur Duval, pas devant l’enfant, proteste la directrice du foyer, dont le regard se pose avec inquiétude sur le visage impassible de Nathaniel.
-Un enfant ça ? Laissez-moi rire : c’est un monstre ! Vous le verriez attraper de petits animaux et les découper vivants… Il n’est heureux qu’une fois qu’il a les mains pleines de sang. Et hier, c’était le pompon ! Ce petit sagouin m’a tué un agneau ! Je n’en veux plus chez moi, vous m’entendez ? Reprenez-le ou je ne réponds plus de rien…
Nathaniel se fiche du gros homme qui gesticule en l’accusant de tous les vices. Il est seulement déçu. L’expérience ne lui a rien appris. Il a beau ouvrir le ventre de ces bêtes, les décortiquer, le secret de la vie ne lui a pas été révélé. Après avoir raccompagné l’homme à la porte, la directrice se tourne vers lui. Elle ne comprend pas son comportement et l’enfant n’a aucune envie de le lui expliquer.
Elle va le placer dans une nouvelle famille… Chez un professeur cette fois. Le gamin soupire. Il aurait préféré se retrouver chez un autre agriculteur. Dans un endroit où il y aurait des animaux (s’en prendre aux chiens et aux chats causaient tellement de soucis avec leurs propriétaires !). Il voudrait comprendre la vie, ses mécanismes, pourquoi elle prend fin. Il a cherché à extraire l’âme de ces créatures : lézards, souris, oiseaux… mais le souci, c’est qu’il ne sait même pas à quoi ça peut bien ressembler.

Chez le professeur De Tarnier :

On avait trouvé l’adolescent les mains couvertes de sang, l’air hébété, penché au-dessus du professeur. En état de choc, la garçon avait dû voir mourir son tuteur en tentant de lui porter secours. Un accident bête et banal, ont déclarés les gendarmes quand ils ont découvert l’échelle d’où le pauvre homme a dégringolé. Son épouse se lamente. Elle lui avait bien dit une dizaine de fois que c’était dangereux, à son âge, de grimper là-haut… mais le vieil entêté n’avait pas voulu l’écouter.
Il n’avait qu’une passion : ses livres. Les grimoires, les ouvrages sur la sorcellerie et les croyances anciennes faisaient ses délices ! Il en avait récolté des milliers qui trônent dans l’immense bibliothèque du château familial. Les livres sont répartis sur trois niveaux. Il se trouvait justement au troisième, tout en haut de l’échelle quand il a basculé en arrière. la chute, de plus de six mètres, lui a été fatale.
La veuve s’approche de Nathaniel et le serre contre elle. Il sanglote contre son épaule. La colère et le dépit le submergent. Il a saisi l’occasion d’étudier un sujet humain, mais il n’a pas plus trouvé le siège de son âme que lors de ses expériences sur les animaux. On l’a interrompu trop tôt. Il n’a pas pu sonder le coeur du professeur et a tout juste eu le temps d’examiner sa tête.
L’épouse du défunt murmure à son oreille qu’il ne doit pas s’inquiéter, qu’elle fera tout ce qu’elle pourra pour le garder près d’elle. Il en frémit d’horreur. Que ferait-il de plus ici ? Il n’a plus rien à y apprendre. Les livres du professeur lui ont donné une nouvelle piste pour sa quête d’éternité… les vampires des âmes. Voilà ce qui l’intéresse ! Ces créatures-là possèdent la chose qu’il souhaite le plus au monde : l’immortalité.

Maison d’arrêt de M. :

Les autres détenus l’évitent. Nathaniel n’a pourtant pas un physique impressionnant. Pas très grand, plutôt frêle, il aurait dû être la cible de tous les mauvais traitements. Sauf qu’ici, on le craint. Sa réputation de dingue et d’assassin l’a précédé. Pourtant, ce n’est pas pour ce motif qu’on l’a mis en prison. Il est là pour détournement de fonds… Les premiers jours, il a subi l’accueil habituel : moqueries, mauvais tours, coups donnés à la dérobée… mais tous ceux qui se sont risqués à le toucher ont eu de mystérieux accidents. Quand celui qu’on surnommait « Le Boucher » a été retrouvé dans les douches, se vidant de son sang, plus personne ne s’est approché de Nathaniel.
Officiellement, il n’a commis aucune violence, mais à présent, même les gardiens le regardent d’un oeil méfiant. Il s’en moque. Dans deux mois, il sortira et pourra reprendre ses recherches. Quel dommage de s’être fait prendre alors qu’il tenait enfin une piste sérieuse ! Des tableaux réalisés par une obscure petite étudiante, ressemblaient trait pour trait aux illustrations des vampires des âmes des livres du professeur De Tarnier…

Dans la rue, libre et anonyme :

Nathaniel sort par la petite porte. On lui a restitué ses maigres biens. Ses vêtements, ses chaussures, sa montre, son téléphone… et une clé. Elle ouvre un coffre dans une banque où il a amassé, sous un nom d’emprunt, une véritable fortune. Son associé l’attend au volant d’une luxueuse voiture. Physiquement, ils sont à l’opposé l’un de l’autre, mais pour le reste, ils s’entendent à merveille.
-Salut Tom, dit-il en montant dans la voiture.
-Salut Patron, répond l’autre jovial. Où est-ce qu’on va ?
-Passons d’abord à la banque, j’ai besoin de liquidités.
-D’accord, et ensuite ?
-Ensuite, nous irons louer une immeuble, quelque chose de chic et de moderne.
Tom le regarde interloqué. Nathaniel rit puis il ajoute en passant la main sur son crâne dégarni :
-Et désormais, ne m’appelle plus Nathaniel, ni même Patron… Je suis monsieur Merry… Monsieur Nathan Merry, vu ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :