Passager de la nuit 9 : Gaël sans dessus dessous

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Lumière… mal aux yeux, mal au crâne. Pourquoi est-ce que la pièce tourne autour de moi ? Pourquoi est-ce que j’entends ce sifflement dans mes oreilles ? Je ne me sens pas bien… La nausée monte et ma vue refuse de s’ajuster. Tout est si trouble, si indistinct. A vrai dire, je ne sais même pas où je suis, ni même quand…. ma confusion est totale.
Une voix du passé parle avec colère : celle de Paty. Elle me reproche de ne pas avoir protégé sa petite soeur, de l’avoir laissé se jeter toute seule dans la gueule du loup ! Je gémis. Moi aussi, c’est une chose que je me reproche. Je m’en veux terriblement. Où est-elle à présent ma choupette ? Que lui est-il arrivé ? Je revois la tête des deux autres, le gars chauve et l’armoire à glace, leurs regards de connivence, leurs sourires factices et je tremble.
S’ils ont touché à Emma, je les tuerai de mes propres mains, je le jure… J’essaie de me relever, mais la douleur dans ma tête me fait retomber au sol. Il faut pourtant que je me reprenne. Je dois aller aider Emma… son nom jaillit de mes lèvres et tout s’obscurcit. Je sombre, je perds complètement pied.
La voix de Paty monte encore une fois. Elle gronde, très mécontente. Je suis un imbécile, dit-elle, un moins que rien ! Emma et elle me faisaient confiance et je les ai trahies. Où est sa petite soeur à présent ? Que lui fait-on subir ? J’entends les larmes dans sa voix. Pour moi, c’est bien pire que la colère. Je voudrais la rassurer, mais ma bouche refuse de s’ouvrir et puis… je suis mort d’inquiétude, moi aussi.
Le visage d’Emma qui rit et qui sourit, hante mon esprit. Je la vois concentrée quand elle pense à son art, attentive quand elle m’écoute raconter mes âneries, moqueuse tandis que je fais brûler le repas, indécise quand elle choisit une tenue… Je me repasse en boucle le dernier moment où je l’ai aperçue, gaie comme un pinson, juste avant son rendez-vous.
Mes yeux s’ouvrent doucement. Je ne vois que le plafond. L’image n’est pas très nette. Elle met plusieurs secondes avant de se préciser. La lumière est allumée. Or, j’avais tout éteint… du moins, il me semble. Mes souvenirs aussi ont été éparpillés. Il faut que je recolle les morceaux pour comprendre ce que je fais là, étendu sur la moquette.
Quelqu’un était entré chez moi… cela me revient sans problème. Je pensais à ce Tom ! J’avais tout de suite compris que le chauve et lui manigançaient un sale coup ! J’étais sûr qu’ils étaient responsables de la disparition d’Emma. Il venait probablement s’assurer de mon silence. Je n’avais pour toute arme qu’une vieille statuette, un David qui avait perdu un bras dans un déménagement…
La douleur m’empêche de réfléchir clairement. L’arrière de mon crâne est parcouru d’élancements. Il me semble qu’à cet endroit ma peau bouillonne. J’approche mes doigts faibles et tremblants du siège de mes souffrances. C’est bien ce que je pensais : c’est tout poisseux à cause du sang. Je tâte. La blessure a l’air plus longue que profonde. Pas de quoi s’affoler… Le cuir chevelu ça saigne toujours exagérément !
La voix de Paty recommence à fulminer. Elle dit que j’aurais pu me faire fendre le crâne en deux et qui alors, se serait occupé d’Emma ? J’ai bien envie de lui répondre qu’elle n’était guère présente quand sa soeur a eu besoin d’elle et que j’ai essayé de l’appeler pour la mettre au courant de la situation… ainsi que leur mère d’ailleurs (qui même pendant leur enfance, ne se préoccupait pas de savoir où étaient ses filles !). Puis je me raisonne. Paty n’est pas vraiment là. Sa voix, c’est le moyen choisi par ma conscience pour m’atteindre.
J’essaie de reprendre le cheminement de mes pensées. Je me souviens d’avoir avancé dans l’obscurité, décidé à surprendre l’intrus. Je pensais l’assommer, l’attacher puis le cuisiner pour qu’il me révèle tout ce qu’il savait à propos d’Emma. Ensuite, j’aurais décidé ou non de prévenir la police. Avec un bonhomme ficelé dans la balance, ils auraient peut-être accepté de m’écouter !
Me voilà à deux doigts de reprendre totalement connaissance. La douleur se fait moins intense. Le sang a cessé de couler… Pas tout seul apparemment, quelqu’un a bandé ma tête et je suis allongé sur le canapé. Je fais un effort et je parviens à m’asseoir. Un vertige léger fait osciller le décor, mais en clignant un peu des yeux, chaque chose retrouve sa place.
Des pas s’approchent : mon sauveur ? Non… une hallucination ! Je ne me contente plus de l’entendre à présent, je la vois aussi, Paty, qui se tient devant moi avec sa tête des mauvais jours. Les mains sur les hanches, elle me toise. Je ferme les yeux et je compte jusqu’à dix pour que la vision disparaisse. Lorsque je regarde de nouveau, elle est toujours là, mais elle s’est agenouillée et s’est emparée de mes mains.
-Paty ? C’est vraiment toi ?
Elle rit et bêtement, je mesure à quel point elle ressemble à Emma. Une Emma plus âgée et plus chagrine. Son visage est pâle et ses yeux soulignés de cernes.
-Tu n’as pas très bonne mine, lui dis-je au bout de quelques secondes.
-Toi non plus, je dois dire… Comment va ta tête ? ajoute-t-elle en fronçant les sourcils.
-Mieux, je crois. C’est toi qui m’a soigné ?
Elle acquiesce et curieusement, rougit. On dirait qu’elle est gênée… Je m’apprête à lui demander pourquoi quand j’entends une autre personne marcher dans la chambre.
-Qui est là ?
-Calme-toi, dit Paty, c’est…un ami. Tu vas rester calme hein ?
Je n’aime pas son insistance… Je fronce les sourcils et j’oblige ma mémoire à fonctionner. C’est encore flou, mais ça me revient.
-C’est lui qui m’a presque défoncé le crâne, non ?
Paty est gênée.
-Seulement parce que tu as failli me frapper grand nigaud ! Il n’a fait que me protéger. Tiens-toi tranquille, je vais te le présenter…
Je tourne la tête et je regarde l’autre faire son apparition. Je m’étais attendu à tout, mais pas à ça !
-Je te présente Thibault, mon fiancé, me dit Paty d’une voix presque timide. Bouche bée, je dévisage cet homme que je reconnais pour l’avoir vu sur tous les tableaux d’Emma.

 

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