Passager de la nuit 13 : Thibault suit la piste

Le précédent épisode se trouve ici

Les pouvoirs de Paty étaient démesurés en comparaison des miens. Je n’entrais dans l’esprit des gens que lorsqu’ils étaient endormis, mais elle était capable d’y pénétrer à n’importe quel moment. La preuve en était ce colosse qu’elle avait terrassé par la seule force de ses pensées. Je n’avais ressenti que quelques vibrations de l’attaque qu’elle lui avait portée. Elle avait été fulgurante, violente et totalement imparable. J’ignorais si elle était décuplée par la colère, mais la puissance de sa volonté était effrayante. Elle avait contemplé le cadavre de l’homme, effondré à ses pieds, puis avait éclaté en sanglots. Ses sentiments coulaient comme une cascade en moi : peur, confusion, dégoût, regret… Je la serrai contre moi en essayant de lui transmettre un peu de ma force. Cela dut marcher car elle se détendit. L’ami de sa soeur nous regardait avec des yeux ronds. -Paty ? souffla-t-il. Tu l’as tué ? L’imbécile ! Je lui aurais tordu le cou avec plaisir… La culpabilité de ma compagne revenait au galop. -Tu n’avais pas le choix, lui dis-je. Ce sont eux qui ont commencé. Eux qui ont traqué Emma. -Je sais où elle est, me dit-elle en reniflant. Mais il faut se dépêcher. L’autre homme a l’intention de l’emmener. Elle se tourna vers le jeune homme : -Elle est toujours dans l’immeuble. Conduis-nous là-bas Gaël ! Celui-ci jeta un regard au corps : -Qu’est-ce qu’on fait de lui ? demanda-t-il. -Je m’en occupe, le coupai-je. Je te confie Paty. Emmène-là auprès de sa soeur, je vous rejoins ! J’attendis qu’ils fussent sortis pour soulever le mort et le jeter sur mon épaule. Me voir agir ainsi les aurait troublés tous les deux.. Je me concentrai sur Paty pour ne pas la perdre de vue. Ses pensées s’éloignaient un peu de moi. Elle était toute entière tournée vers sa soeur et son inquiétude m’envahissait. -Calme-toi, lui dis-je, sûr qu’elle m’entendrait. Essaie de contacter Emma ! -Je n’y arrive pas… gémit-elle dans ma tête. -Essaie plus fort ! Je lestai le corps et le jetai dans la Seine où il glissa sans un bruit. La voix de Paty me parvint. -Je suis en contact avec Emma, dit-elle. Je lui ai dit que nous arrivions ! Où es-tu Thibault ? -Tout près, je viens vers toi. Je la retrouvai assise en bas de l’immeuble, son bras posé sur celui du jeune homme. Je réprimai mon envie de le saisir par le col pour l’arracher à elle, mais Paty saisit ma pensée. -Tu es jaloux ! s’écria-t-elle ravie. Ne t’inquiète pas ! Gaël ne s’intéresse qu’à Emma et moi je n’ai d’yeux que pour toi ! -J’aimerais bien que tu arrêtes de faire ça… lire dans mes pensées ! bougonna l’intéressé. Puis il ajouta : -C’est bien beau de savoir où elle est, mais comment allons-nous entrer dans le bâtiment ? Paty se releva d’un bond : -Il l’emmène ! Ils sont dans une voiture… elle est terrifiée. Mon dieu ! Il a une arme ! Ses joues ruisselaient de larmes, elle paniquait. Je la pris dans mes bras et voici que moi aussi, je fus projeté dans l’esprit de sa soeur. Un homme chauve la menaçait. Je vis la folie dans son regard. -Garde ton calme, dis-je en m’adressant à mon tour directement à Emma. Ne le contrarie pas, fais ce qu’il te demande et tout ira bien. Je ne lui avais jamais parlé auparavant, je ne l’avais jamais rencontrée, mais nos âmes se connaissaient et elle m’obéit. Paty s’accrochait à ma main. Elle s’en remettait à moi. -As-tu une voiture ? demandai-je à Gaël. Il acquiesça et nous courûmes tous les trois jusqu’au garage. Le temps pressait. Pas seulement parce qu’un dément détenait Emma, mais aussi parce que le jour finirait par se lever. Il fallait absolument que nous les rattrapions avant. L’esprit d’Emma s’engourdissait. Je tâchais de la garder éveillée, tandis que Paty donnait à Gaël, les indications que nous arrivions à glaner pour suivre la route du ravisseur. Elle m’impressionnait cette jeune fille. Certes, c’était la soeur de Paty et je n’aurais pas dû m’étonner davantage, mais elle faisait montre d’un très grand sang froid. Elle notait les panneaux, les hameaux… tous les détails qui pouvaient nous aider, sans s’appesantir sur son sort. Les routes tortueuses que son kidnappeur empruntait, étaient de nature à nous égarer, mais vaille que vaille, nous gardions le cap. Je vis la rivière, le moulin, la maison. Nous touchions au but. « Crâne chauve s’arrête ! » nous signala Emma. C’était inutile. Nous voyions ce qu’elle même voyait. Il l’extirpa de la voiture et la regarda dans les yeux… Non, c’est moi qu’il regardait. D’ailleurs, il s’adressa directement à moi… Depuis le début, il savait que je le suivais. Toute cette mascarade pour en arriver là ! Emma lui avait servi d’appât. Pour bien me montrer que c’était lui qui menait le jeu, il l’assomma, nous privant ainsi de notre guide. Lorsque nous arrivâmes devant la vieille maison, sa voiture était là, mais elle était vide. Les bois, la grange, la remise, tout ce qui nous entourait pouvait servir de cachette. S’il avait choisi cet endroit, c’est qu’il le connaissait comme sa poche et avec un otage entre les mains, il avait tous les atouts. Nos esprits étaient si étroitement liés que je ne pus cacher à Paty que notre adversaire avait clairement l’avantage…

 

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