Le compagnon

Ce texte a été écrit dans le cadre du challenge d’écriture du Blog « l’atmosphérique de Marie Kléber ». Le thème du tout premier challenge est le suivant :

“Il vivait dans l’extra, il vivait dans l’extrême. Il était un collègue. Il était un ami. Un pointillé de sagesse dans un bouillon de générosité, de folie douce et d’empathie”. Cet extrait est tiré du recueil de Sophie Selliez – Du merveilleux dans l’ordinaire

Écrire un texte à partir de cette citation. La contrainte: le texte ne doit contenir aucun des mots suivants – extra, extrême, collègue, ami, sagesse, bouillon, générosité, folie douce, empathie.

****

Il aurait pu avoir un foyer à lui, une maison, une famille… avec tout le confort et la sécurité que ça implique, mais il avait choisi la rue. À cet égard, nous faisions le même métier, serrés l’un contre l’autre comme des frères siamois, espérant des largesses de la part des passants indifférents. Parfois, une piécette tombait, toujours pour moi, car il m’avait cédé la tête de notre binôme. Je gérais nos finances, décidais de ce que nous mangions et où nous dormions. Lui s’occupait du reste.

Il était le maître de nos jeux, le guide avisé de nos pas. Je le suivais aveuglément, car j’avais pleinement confiance en lui. Et puis, son attachement pour moi ne faisait aucun doute. Il faut dire qu’il m’avait sauvé la vie plusieurs fois, comme ce soir où j’avais voulu en finir avec l’existence et qu’il avait sauté à l’eau pour me repêcher. Je lui devais tant ! Il était mon ancre dans ce misérable quotidien. Que serais-je sans sa gaieté exubérante, son regard brillant d’intelligence qui seul se posait sur moi, là où tous les autres détournaient les yeux ?

Alors ce jour-là, quand il s’est soudain couché, incapable d’aller plus loin, fatigué par les ans, par le froid des hivers, l’implacable chaleur des étés et par ces trop nombreux jeûnes forcés, apanage de ceux qui n’ont pas le sou, j’ai senti la panique monter. Je l’ai pris dans mes bras, ce presque frère, dont le regard peu à peu se voilait. J’ai appelé au secours de toute ma voix… mais les passants ont continué à avancer avec la même indifférence. Pas un ne s’est arrêté.

Mon sort de moins que rien ne les intéressait déjà pas, alors celui de mon chien, ne pouvait que les laisser froid. Ils se fichaient de savoir ce qu’il était pour moi : ma famille, la meilleure part de moi et mon unique bonheur en ce monde. Je n’ai pu que le regarder crever, serré contre mon cœur pour qu’il emporte en partant tout l’amour que j’avais pour lui.

 

7 commentaires sur “Le compagnon

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  1. Les larmes diantre j’en ai assez versées!!! mais que j’y vois plus pour taper heureusement que mes doigts connaissent le clavier… Bonjour tite mam tu vas devenir un sacré écrivain je te le souhaite, dès le début… hop! en plein dans l’aventure quelle qu’elle soit…
    Belle journée ♥

    Aimé par 1 personne

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