Comme un rayon de soleil…

Une jolie carte de voeux, home made, est arrivée dans ma boîte ce matin et ça a illuminé ma journée ! Merci Marie pour cette si belle attention !

La reine des mers 24



Tamara ! Réveille-toi : nous sommes arrivés !
La jeune fille ouvrit les yeux. Le visage de Riad se découpait sur un fond de ciel étoilé. Il l’aida à se relever et la serra brièvement dans ses bras avant de la laisser découvrir le paysage. Derrière la plage, une forêt sombre se dressait. Le jeune homme respira à pleins poumons.
-Ah ! L’odeur de l’humus ! dit-il. Comme ça me manquait… Je n’ai pas remis les pieds dans une forêt depuis ma plus tendre enfance !
Tamara s’agrippa à son bras et posa la tête sur son épaule.
-Eh bien moi, j’ai peur, dit-elle. J’ai peur de ce que je vais découvrir.
-C’est toujours mieux que de ne rien savoir, tempéra son ami. En plus tu n’es pas seule. Je te soutiendrai quoi qu’il advienne… Tu le sais non ?
-Oui, je sais, répondit la jeune fille le visage soudain éclairé d’un beau sourire.
La forêt ne ressemblait en rien à celle qu’elle avait connu dans son village. Les arbres qui y poussaient étaient différents… tout comme les cris des oiseaux et des bêtes sauvages. Plusieurs fois, elle sursauta, surprise par un son insolite, sans jamais lâcher Riad. Lui était beaucoup plus à l’aise. Ses prunelles luisaient de contentement. Cette traversée était un peu comme un retour aux sources en ce qui le concernait…
Il s’immobilisa soudain, humant l’air. Une expression d’incrédulité envahit ses traits. Il prit Tamara par la taille et la plaqua contre lui, l’obligeant à ne pas bouger. Bientôt, le bruit de piétinements et de brindilles qu’on écrasait leur parvint. Les buissons autour d’eux s’animèrent.
Quelques formes humaines apparurent. Des yeux orangés les regardaient avec curiosité. La jeune fille se tordit le cou pour mieux voir. Il y avait aussi des animaux de toutes sortes : renards, cerfs, lapins, oiseaux… mais tous avaient les mêmes prunelles, celles qui caractérisaient l’espèce des mégamorphes.
-Des parents à toi ? demanda-t-elle à Riad.
Celui-ci était tendu, elle sentait son coeur palpiter d’affolement sous ses doigts.
-Non, répondit-il… Je ne savais même pas qu’il y avait des mégamorphes ailleurs que dans la forêt où je suis né.
Une des créatures s’avança. C’était une femme. Tout en elle, recelait un aspect félin. Elle s’approcha tranquillement, les paumes tournées vers eux pour leur montrer qu’elle ne leur voulait aucun mal. Lorsqu’elle fut suffisamment près d’eux pour les toucher, elle s’arrêta.
-Vous venir du Océan ? articula-t-elle avec peine.
Elle avait un curieux accent rocailleux, mais semblait pacifique. Riad se détendit.
-Oui, fit-il. Nous cherchons la cité des mages.
-Marcher… par là ! montra-t-elle en pointant son doigt derrière elle. Mais faire prudence : il y a beaucoup méchants hommes dans cité. Eux pas aimer les Yérendis !
-Les Yérendis ? interrogea Tamara.
Ce fut son ami qui lui répondit :
-C’est ainsi que nous nous nommons, nous les mégamorphes…

La reine des mers 23



Mon père était le seigneur d’un paisible domaine et pour l’amour de ma mère qui adorait les arts, notre château accueillait peintres, sculpteurs et musiciens… Les poètes et les philosophes étaient les bienvenus et parce que notre famille était riche, notre table était ouverte à tous. Je me souviens de grands dîners joyeux avec des dizaines de convives… Notre vie était une fête permanente. Je m’enivrais des meilleurs vins, je dansais au bras des plus belles jeune filles et je n’avais pas d’autre souci que celui de trouver comment assortir bijoux et habits…
Puis il est arrivé… C’était un soir d’orage. La pluie tombait torrentielle. Quand il s’est présenté à l’entrée du château, les lois de l’hospitalité ont joué en sa faveur et mon père l’a accueilli à sa table. L’homme était âgé et assez misérablement vêtu. Sottement, il nous a inspiré de la pitié. ma mère faisait preuve d’une grande sollicitude à son égard… elle prenait toujours soin des gens plus faibles et sa bonté était connue de tous.
L’homme me parut étrange. Il ne souriait pas et nul n’entendit le son de sa voix. Il se contentait d’observer ce qui se passait autour de lui et c’est à peine s’il daignait faire un signe de tête pour remercier lorsqu’on lui présentait un plat ou qu’on lui resservait à boire. Hélas, je ne m’y intéressai pas davantage… Je me lançai avec mes amis, dans un ballet improvisé sans plus penser à notre drôle d’invité.
J’avais toujours eu le sommeil lourd, mais cette nuit-là, je me suis réveillé en sursaut. Je sentais des picotements partout sur ma peau… une sensation terriblement désagréable. Je me suis levé et j’ai cherché d’où ça venait. Je ne me sentais pas malade, je n’avais pas bu… et pourtant, la tête me tournait et une faiblesse anormale m’envahissait. Je suis sorti de ma chambre et là, j’ai entendu un bruit bizarre.
C’était une sorte de grésillement, un son que je n’arrivais pas à identifier. Je l’ai suivi. Il était de plus en plus fort et moi, j’avais l’impression d’être de plus en plus faible. Mon coeur s’est mis à battre follement lorsque j’ai compris que cela venait de la chambre de mes parents. Je pressentais qu’un malheur était arrivé… les derniers pas me furent pénibles, mais bien plus pénible était le spectacle qui m’attendait quand je poussai la porte.
L’homme était là, penché sur le corps sans vie de mes parents. Un flux lumineux allait de leurs cadavres jusqu’à lui. Il avait puisé jusqu’à la dernière goutte de leur essence pour nourrir sa magie… car c’était un mage, vil, sans scrupule, assoiffé de pouvoir. Tel un parasite, il avait pompé l’énergie spirituelle de tous les habitants du château… J’étais le seul survivant, comme je le découvrirais plus tard. Sans doute aurais-je partagé le sort des miens si la Providence n’était intervenue pour me sauver.
Elle avait pris les traits d’un homme fin et nerveux. Sans peur, il s’était jeté sur le mage et l’avait décapité d’un seul coup de sabre. Une attaque si vive que l’autre n’avait pas pu esquisser le moindre geste de défense. L’étranger s’était approché de moi. Il m’avait expliqué ce qui s’était passé. Comment ce magicien approchait les elfes pour leur voler leur essence. Puis après m’avoir révélé que j’étais à présent seul au monde, il m’avait proposé d’entrer au service du roi afin d’empêcher les mages de nuire et de telles tragédies, de se produire à nouveau… C’est ainsi que j’ai débuté ma carrière d’assassin…

La reine des mers 22



-Et alors ? Vous dormez ? brailla Spark à ses malheureux matelots qui tentaient de réparer les dégâts en remettant les voiles à leur place.
Le capitaine tournait sur le pont comme un lion en cage. Aucun membre de son équipage ne lui avait jamais vu une mine aussi terrible. personne n’osait s’approcher de lui ni lui adresser la parole, pas même Piwie qui avait choisi de se faire oublier en restant sagement dans son coin. A vrai dire, lui aussi ruminait sa colère.
Jamais il n’aurait cru pensable que Tamara les attaquerait. Or, elle n’avait pas hésité une seule seconde… Il serra les poings de rage. Qu’avait-il donc espéré ? Ce n’était rien d’autre qu’une magicienne ! Comme ceux de son espèce, elle serait toujours plus avide de puissance, prête à tout pour en obtenir davantage, même à tuer père et mère. Dire qu’il avait nourri ce serpent dans son sein !
Mais soudain, il revit son visage souriant, son regard qui s’illuminait de joie en le voyant et il sut que rien de tout cela n’était feint. C’est avec sincérité qu’elle s’était attachée à lui, à Spark et à Riad… et si elle avait tant changé, c’était à cause de cette fichue magie ! Il se promit de trouver un moyen de l’en débarrasser… mais avant ça, déjà fallait-il la rattraper ! Il ôta son élégante veste et sous l’oeil éberlué des matelots, grimpa au mat pour les aider.
Les réparations prirent de longues heures et les menaces du capitaine n’y purent rien changer. Riad et Tamara étaient Dieu sait où, hors d’atteinte… dans l’immédiat. Penchés sur une carte, Spark et Piwie étudièrent les possibilités qui avaient pu s’offrir aux jeunes gens. Le marin était convaincu que Riad avait su se repérer sur l’océan, non seulement parce qu’il l’avait formé, mais aussi parce que ses instruments de mesure avaient disparu.
Les possibilités étaient nombreuses. Il y avait beaucoup d’archipels dans les parages, mais l’elfe prétendait savoir où les fuyards s’étaient rendus. D’un ton péremptoire, il avait déclaré que seule l’île du Chat pouvait attirer une magicienne et Spark s’était rangé à son avis. La plupart du temps, les intuitions de Piwie s’avéraient juste… doublement lorsqu’il s’agissait de magie.
De tous les gens qu’il connaissait, l’elfe était celui qui vouait la haine la plus féroce aux sorciers, jeteurs de sorts et mages de tous poils. Spark en ignorait la cause, mais il ne pensait pas que c’était uniquement pour servir le roi. Piwie prenait plaisir à exterminer les magiciens, alors que d’ordinaire, il avait plutôt à coeur de protéger toute forme de vie, quelle qu’elle fût. Cela ressemblait fort à une vengeance personnelle.
Il connaissait l’elfe depuis de longues années et n’avait jamais songé à l’interroger sur son passé… Mais aujourd’hui, tout était différent. Le mage qu’il poursuivait était Tamara et Spark n’avait pas l’intention de laisser Piwie porter la main sur elle. Il avait besoin de connaître ses desseins à l’égard de la jeune fille et savoir ce qui l’avait amené à détester la magie…
En entendant sa question, Piwie eut un drôle de sourire, plein d’amertume.
a remonte à loin, répondit-il. A une époque où je ne fréquentais pas encore les humains… Tu n’étais même pas né mon pauvre Spark ! Et moi, j’étais tout jeune : un enfant à peine, comme notre Riad. Un enfant rêveur et ignorant la laideur du monde. Parce que j’étais heureux, je croyais que ça durerait toujours…

La reine des mers 21


-Ils nous ont repérés… Ils nous suivent, annonça Riad, l’oeil rivé sur le bateau qui prenait de la vitesse, toutes voiles dehors.
-Plus pour longtemps, rétorqua Tamara.
Elle tendit la main vers le ciel et un vent contraire se leva. Il passa en tourbillonnant sur la Reine des mers, malmenant ses voiles et ses cordages. En quelques secondes, il déshabilla les mâts. Puis le calme revint… ou presque. Les jurons de Spark parvenaient jusqu’à eux. Il était véritablement furieux. La jeune fille se sentait un peu triste d’avoir dû s’en prendre à son cher bateau, mais il était ami avec Piwie. Elle ne pouvait pas lui faire confiance.
La distance entre eux et leurs poursuivants s’accrut rapidement. Quand la Reine des mers disparut de leur vue, ils eurent l’impression d’être soudain seuls au monde. Riad s’assit dans le canot et déploya une carte sur ses genoux. Il l’avait dérobée à Spark en même temps que la boussole et le compas. Grâce à l’enseignement que lui avait donné son capitaine, il était en mesure de tracer leur itinéraire et de les amener là où Tamara désirait aller… une île nommée « l’île du chat ».
Selon elle, ils trouveraient là-bas de nombreux magiciens et des réponses à leurs questions… Elle voulait connaître ses origines et savoir par-dessus tout pourquoi le roi s’employait aussi activement à éradiquer ceux qui pratiquaient la magie. Riad soupira. Il avait dû choisir entre son amie et son capitaine… Avoir trahi ce dernier le rendait malheureux. Il cachait sa peine tant bien que mal, mais la jeune fille la perçut.
-Je suis désolée, dit-elle. Désolée de t’avoir embarqué dans une histoire pareille. Tout est de ma faute…
-Ne raconte pas n’importe quoi, répondit-il. Je suis ici de mon plein gré… et tu n’es pas plus responsable des évènements que moi.
-Je sais, mais Spark… Enfin, ça me fait mal au coeur de lui avoir tourné le dos.
-Nous n’avions pas le choix, répliqua le jeune homme. Le capitaine se remettra de notre départ. Il en a vu d’autres ! Concentrons-nous sur notre voyage… L’île du chat n’est plus très loin. Tu as froid ? demanda-t-il en la voyant trembler.
-Un peu, avoua-t-elle. Dans ma précipitation, je me suis habillée trop légèrement.
-Je vais te réchauffer…
Riad vint s’installer près d’elle, précautionneusement, pour ne pas les faire chavirer. Il entoura Tamara de ses bras. Elle cessa aussitôt de frissonner. Une douce chaleur émanait de son corps ainsi qu’une odeur boisée, son odeur, reconnaissable entre toutes. La jeune fille ferma les yeux pour la savourer et appuya sa tête contre la poitrine du jeune homme. Il hésita un peu et caressa légèrement ses cheveux. Ils étaient comme de la soie sous ses doigts, fluides et brillants. Il se pencha un peu pour humer son parfum.
Son souffle balaya la nuque de la jeune fille et ses lèvres vinrent se poser sur le haut de sa joue. Elle se tourna vers lui, les yeux grands ouverts. puis saisissant son visage entre ses mains, elle l’embrassa à pleine bouche.
-Je t’aime, dit-elle en reprenant son souffle.
Riad sourit et reprit la bouche qu’elle lui offrait. le coeur gonflé de bonheur, il la serra à l’étouffer. Certes, il avait dû laisser derrière lui son ancienne vie… mais Tamara était à ses côté et rien d’autre n’avait d’importance !

La reine des mers 20



Piwie comprit que quelque chose avait changé rien qu’au regard que lui jeta Tamara. Ce n’était pas seulement un coup d’oeil interrogateur : il y lisait aussi de la colère, du ressentiment, du dégoût et de la peur. Riad se tenait près de la jeune fille dans une attitude protectrice. Ses prunelles ambrées n’étaient que froideur. L’elfe soupira. il avait toujours su que ce jour finirait par arriver.
-Vous m’avez suivi ? demanda-t-il aux jeunes gens.
Ils eurent le bon goût de ne pas le nier.
-Et vous avez vu le corps… soupira-t-il.
-Pourquoi avez-vous fait ça ? demanda Tamara, des larmes dans la voix. Ce n’était qu’une vieille femme…
-Un mage ! rétorqua Piwie… C’était un mage, puissant et dangereux. Une criminelle qui complotait et qui menaçait la sécurité du royaume. Les magiciens sont tous les mêmes : avides de pouvoir, ils voudraient tout diriger. On ne peut pas les laisser agir à leur guise. Il s’approcha de la jeune fille et voulut poser une main apaisante sur son bras, mais elle s’écarta vivement. Il en éprouva une peine aiguë.
-Je ne m’en prends qu’aux ennemis du roi, dit-il pour la rassurer. Les magiciens se sont ligués pour le renverser. je dois le protéger. Ils sont nocifs, tu sais. Tous autant qu’ils sont !
-Si vous le dîtes, répondit Tamara les dents serrées.
Elle se leva et se dirigea vers sa cabine, suivie par Riad.
-J’ai loupé quelque chose ? demanda Spark qui arrivait.
-Les gamins m’ont suivi…
-Ah ! … C’est embêtant en effet, mais d’un autre côté, il vaut mieux qu’ils sachent. Ca t’évitera d’avoir à te cacher en permanence… Seulement, tu devras te montrer prudent avec Tamara.
-Pourquoi ?
-Parce que c’est une magicienne…
-Tu plaisantes, j’espère ? s’écria l’elfe.
-Non, elle l’a découvert il y a quelques années et elle est venue se confier à moi. C’était un secret entre nous, c’est pour ça que je ne t’en ai pas parlé avant… Mais il vaut mieux que tu sois au courant. Je connais ton aversion pour la magie, il ne faudrait pas que tu la heurtes avec des paroles malheureuses.
-C’est trop tard, marmonna Piwie. C’est ce que je viens de faire ! Je vais aller m’excuser…
-Capitaine ! cria le vieux Todd. On nous a volé un canot de sauvetage !
Spark et l’elfe bondirent sur leurs pieds à l’unisson. Du canot ne subsistaient que les cordages qui le retenaient. Le vol avait été orchestré de main de maître, à la fois rapide et discret.
-Je me demande qui a fait ça, dit Spark. Que le diable l’emporte !
-C’est Riad, mon capitaine… reprit Todd.
-Comment ça ? aboya le marin.
Son matelot pointa le doigt vers le large. on le distinguait à peine car il s’était déjà bien éloigné, mais le canot voguait à vive allure. La silhouette immense de Riad s’y détachait et, éclairée par le flux dont elle se servait pour propulser leur embarcation, Tamara était près de lui.
-Tout le monde sur le pont ! ordonna le capitaine. Rattrapez-moi ces sales mioches et en vitesse, ou vous aurez de mes nouvelles !

La reine des mers 19



-Ne bouge pas, répéta Riad. Il y a eu un combat ici. Les agresseurs sont peut-être encore là. Laisse-moi sentir si c’est le cas…
-Mais… et Piwie ? dit Tamara affolée.
-Ne t’inquiète pas… ce sang n’est pas le sien ! fit le jeune homme en reprenant à demi sa forme de loup.
-La jeune fille intriguée observa le spectacle étrange de son ami qui, transformé en créature hybride, humait l’air en quête de réponses.
-Nous pouvons entrer, lui déclara-t-il ensuite… mais si tu préfères, tu peux m’attendre dehors.
-Non, je viens avec toi, dit-elle avec une fermeté démentie par la pâleur de ses traits.
Riad prit sa main dans la sienne et l’entraîna sur le seuil. A mesure qu’ils s’habituaient à l’obscurité, ils distinguèrent plus de détails. la porte avait été fracturée et pendait sur un seul gond. Des trace brunâtres, de sang séché, maculaient l’entrée et s’enfonçaient dans un couloir. A l’intérieur, tout gisait sans dessus-dessous.
Enjambant des meubles brisés et retournés, les jeunes gens suivirent la piste. Sur le mur, à plusieurs endroits, se dessinait l’empreinte d’une paume ensanglantée. Une sinistre ligne, vaguement rouge, traversait la maison. Celui ou celle qui l’avait laissée devait s’être vidé d’un grande quantité de sang. Riad jeta un oeil vers Tamara avant de poursuivre. Elle avait pincé les lèvres et respirait avec difficulté, mais elle ne semblait pas prête à s’évanouir.
Il resserra l’emprise de ses doigts sur ceux de la jeune fille et entra dans la dernière pièce, celle où menaient toutes les traces. Une autre porte donnait sur l’extérieur de ce côté-ci et c’était probablement elle que la misérable forme humaine, gisant sur le sol, avait voulu atteindre. Son meurtrier l’avait rattrapée avant, puis s’était éclipsé par cette sortie. Riad sentit que son amie lâchait sa main.
Mortellement pâle, elle avait le regard fixé sur la victime.
-Tu… tu vois sa robe ? demanda-t-elle au jeune homme. Elle est pourpre… Il faut que je vois son visage, ajouta-t-elle.
Elle laissa sa magie illuminer la pièce. Ainsi éclairée, l’horreur de la scène prenait toute sa dimension. Avec une inconcevable cruauté, on avait tué cette personne à petit feu, comme en témoignait les nombreuses blessures sur son corps. C’était une femme assez âgée, mais cela ne semblait pas avoir éveillé de compassion chez celui qui l’avait attaquée. Tamara s’agenouilla près d’elle et la poussa doucement pour mieux voir son visage, mais ce qu’elle avait soupçonné se confirma… Elle connaissait cette femme : c’était Madja. Derrière elle, Riad jura. Lui aussi l’avait reconnue.
Il se plaça dans le dos de la jeune fille et la serra contre lui en murmurant :
-Je suis désolé, je ne sais pas quoi te dire…
-Ce… ce n’est rien. Je vais m’en remettre. Je ne la connaissais pas si bien…
-Ce n’est pas de ça dont je parle… Tu ne comprends donc pas ? Il n’y avait ici que deux personnes…
-Tu veux dire que… ?
-Oui : c’est Piwie qui a assassiné cette malheureuse…

La reine des mers 18


Tamara prit une profonde inspiration… Elle avait peur de la réaction de Riad quand il apprendrait que ses pouvoirs pouvaient le transformer en monstre et mettre en dangers les gens qui lui étaient chers. Il la laissa parler sans l’interrompre une seule fois. Lorsqu’elle eut fini son récit, elle vit qu’il souriait.
-Je l’ai toujours su… dit-il. Et le capitaine Spark aussi, depuis le premier jour ! Tous les mégamorphes savent à quoi s’en tenir à propos de leur vraie nature. Cette Madja, elle a voulu te faire peur. Il faut une grande colère ou une émotion très forte pour nous changer en créature incontrôlable. Je crois que cette magicienne cherchait à mettre le grappin sur tes pouvoirs…
-Mais j’ai vu ta magie t’envahir, protesta Tamara, elle prenait le dessus !
-Est-ce que ça ressemblait à ça ? demanda le jeune homme en tendant la main vers elle, paume ouverte.
Elle vit une lueur rouge danser comme une flamme au creux de ses doigts.
-C’était tout à fait ça, murmura-t-elle.
-As-tu l’impression que je vais me transformer en monstre, là, tout de suite ?
-Non… mais la dernière fois, ton corps tout entier était entouré de cette lumière.
-Tamara, ne t’inquiète pas… Il ne va rien m’arriver. Cette femme t’a menti. Je ne sais pas dans quel but, mais elle voulait sûrement te manipuler ou obtenir quelque chose de toi… Et pardonne-moi de te dire ça, mais je n’ai pas non plus pleinement confiance en Piwie.
-Il m’a sauvé la vie et m’a donné un avenir, sans jamais rien me demander en échange.
-Mais en restant distant et en ne te révélant rien de sa vie… Sais-tu d’où il vient ? Qui sont ses parents ? Non ! Il ne t’a rien dit, n’est-ce pas ?
-Ce n’est pas pour autant qu’il a des projets maléfiques !
-Continuons à suivre sa piste et nous serons fixés… mais si tu préfères, nous pouvons retourner à bord du bateau ! Qu’est-ce que tu choisis ?
-Je veux savoir… Et puis, ce serait bête d’être venus jusqu’ici pour renoncer ! Tu sens toujours son odeur ?
Rias reprit sa forme de loup et flaira le sol. La piste de Piwie était encore fraîche. Il était probablement tout proche. Nez à terre, la jeune fille sur ses talons, il louvoya entre les ruelles. L’itinéraire pris par l’elfe était des plus curieux. A plusieurs reprises, ils durent escalader des murs ou se faufiler dans des brèches. Ils se trouvaient à présent dans les quartiers pauvres.
Ici, pas de fêtards, ni de lumière… Un silence pesant régnait sur toutes les maisons comme si leurs occupants s’efforçaient de se faire oublier. Le flair de Riad les mena à une demeure à l’écart, un peu plus cossue que celles qui l’entouraient. Le jeune homme se transforma brusquement et retint Tamara qui allait s’avancer.
-Attends un instant ! N’entre pas là-dedans, dit-il.
-Mais pourquoi ? C’est pourtant pour ça que nous sommes venus, non ?
-Je sens une odeur particulière…
-Quoi ? Quelle odeur ?
-Celle du sang…

La reine des mers 17



Bien qu’il fasse nuit noire, beaucoup de gens se pressaient dans les rues. certes, ce n’étaient pas ceux qu’on croisait le jour… Les visages étaient soit plus joviaux, égayés par l’alcool, soit très inquiétants, de ceux qu’on n’avait nullement envie de rencontrer dans un coin désert… Tamara avait posé sa main sur le dos de Riad. De cette manière, elle semblait le promener et la taille impressionnante du loup, maintenait les opportuns à distance.
Ils arrivèrent dans une partie de la ville qui n’étaient plus du tout éclairée. Les ruelles étroites qui s’engouffraient dans l’obscurité n’étaient pas du tout attirantes, mais l’odeur de Piwie en émanait avec force. Les deux jeunes gens s’y engagèrent donc. Riad, dont la vision nocturne était meilleure, guidait sa compagne, tout en continuant de pister l’elfe…
Sans doute était-il trop concentré sur ces deux tâches, car lorsqu’il prit conscience de la présence de bandits, ceux-ci leur barraient déjà le chemin. Ignorant Riad qu’ils prenaient pour un vulgaire animal, ils s’adressèrent à Tamara :
-Alors mignonne, ricana l’un d’eux. Tu t’es perdue ? Tu as l’air transie de froid, approche, je vais te réchauffer.
Riad gronda en découvrant une rangée de crocs acérés.
-Dis à ta bestiole de se tenir tranquille ! s’écria le bandit en brandissant une vieille rapière. Sinon, je la découpe en tranches !
Tamara caressa la tête du loup et sourit.
-Vous devriez partir tant que vous le pouvez encore, dit-elle d’un ton suave.
Tandis que les bandits riaient, Riad sentit des fourmillements parcourir tout le long de son échine. Il ne savait pas ce que son amie préparait ni comment, mais il était certain que cela venait d’elle. Un des hommes voulut s’approcher, mais à peine esquissa-t-il un pas dans leur direction qu’un éclair blanc le frappa en pleine poitrine et l’envoya au tapis. Riad vit que des flammèches crépitaient autour de la main droite de la jeune fille.
-C’est une sorcière ! cria un brigand épouvanté. Désolé mignonne… on ne pouvait pas savoir…
Un éclair le frappa lui aussi et Tamara regarda le reste de la bande d’un air menaçant.
-Emportez vos amis et fichez le camp ! dit-elle. Ou je serai moins clémente. Quand la bande eut décampé, Riad reprit brièvement sa forme humaine.
-Depuis quand pratiques-tu la magie ? demanda-t-il éberlué. Où l’as-tu apprise ?
-Je ne l’ai pas apprise, dit-elle embarrassée… Ecoute, c’est un peu comme ton propre pouvoir. Cela me vient naturellement.
-Tu le sais depuis longtemps ? Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? Je ne t’ai jamais caché moi, que j’étais un mégamorphe !
-Riad, tu dois me croire… Quand je suis arrivée à bord de la Reine des mers, j’ignorais que j’avais ce pouvoir. Tu te souviens de cette magicienne, cette Madja que le capitaine avais sauvée des pirates ? C’est elle qui me l’a révélé… Et elle m’a aussi dit autre chose… à ton propos.
-Raconte-moi tout, je t’écoute… dit le jeune homme d’un ton calme.

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