Comme un rayon de soleil…

Une jolie carte de voeux, home made, est arrivée dans ma boîte ce matin et ça a illuminé ma journée ! Merci Marie pour cette si belle attention !

L’antre de la bête

 

  Hier, quand les gens du village m’ont attachée au grand mât, près de l’autel de la bête, j’ai cru ma dernière heure arrivée. Cette chose, crainte par le pays tout entier, allait me dévorer. J’étais son tribu, la proie qu’on lui livrait pour le détourner des richesses de notre peuple. On me sacrifiait pour sauver les vaches et les moutons. Je ne pesais guère lourd dans la balance : orpheline avec un nom tombé dans l’oubli sitôt que mon malheureux père avait quitté ce monde.

Personne n’avait protesté, personne n’avait eu l’air choqué lorsque j’avais été désignée, comme par hasard, par le conseil des anciens pour servir de repas au monstre. J’avais même lu du soulagement dans les regards. Leurs mères, leurs sœurs, leurs filles ou leurs amantes étaient sauvées. Avec quel empressement m’avait-on lavée, coiffée et habillée ! Il fallait que la bête me trouve à son goût. Aucune parole de réconfort ne me fut adressée. On m’avait promptement ligotée au poteau en serrant bien mes liens, puis tout le monde s’était enfui.

Je suis restée là longtemps à transpirer sous le soleil, engoncée dans ma jolie robe. Mille pensées macabres tournaient dans ma tête. L’attente, entre inconfort et angoisse fut longue. Ce n’est qu’à la nuit tombée que j’ai entendu du bruit derrière moi. Des hommes étranges sont sortis des buissons. Ils avaient la peau brune, les cheveux étonnamment clairs et des yeux dorés qui luisaient dans l’obscurité comme ceux des chats. Les serviteurs de la bête…. Ils m’ont emmenée à travers la forêt, jusqu’à une haute falaise percée de grottes.

Un vent frais s’était levé qui me fit frissonner. Eux, bien que torse nu, ne semblaient pas souffrir du froid. On me poussa doucement en avant vers une trouée dans la roche. Terrifiée, j’avançais vers ma mort. Je fus surprise de trouver de la lumière, là où j’attendais de l’obscurité. De grandes lampes en verre jetaient leurs feux dans les moindres recoins. La pierre n’était pas brute comme je l’aurais cru, mais taillée, travaillée, polie. De grands couloirs partaient dans tous les sens, des escaliers menaient à des niveaux supérieurs, il ne manquait que des fenêtres pour faire de ce lieu un palais.

On me fit prendre un couloir latéral, grimper deux escaliers, puis on me laissa seule dans une alcôve faiblement éclairée. Un repas était posé à mon intention. C’était donc qu’on n’envisageait pas de me jeter tout de suite à la bête. Prudente, je choisis de n’y point toucher par peur d’être droguée. En revanche, je m’étendis sur la confortable couche qui paraissait n’attendre que moi.

C’est son haleine qui me réveilla, un souffle chaud sur ma joue tandis que la bête était penchée sur moi. La peur me noua les entrailles, mais je m’obligeai à rester immobile. Qui sait ce qu’un geste malheureux aurait pu entraîner comme réaction ? La créature se redressa et arpenta de son pas lourd la pièce. J’entrouvris un œil et je distinguai dans la pénombre une paire de cornes immenses. On aurait dit un de ces démons dont les conteurs émaillent leurs récits, le soir au coin du feu.

Si ces contes avaient un jour fait mon délice, à cet instant, ils me glaçaient le sang. Je me crus discrète, mais j’avais tort. La bête poussa une écuelle dans ma direction, parfaitement consciente de mon état de veille. Elle voulait que je mange mais je ne pouvais pas m’empêcher de penser que c’était pour m’engraisser. Je m’assis à demi, lentement sans quitter sa silhouette des yeux. Saisissant l’assiette, je humai le parfum de la nourriture : épices et légumes.

Je ne savais que faire. Manger, au risque d’ingérer un poison ou une quelconque potion à mon insu, ou refuser et potentiellement voir la fureur du monstre se déchaîner ? Je choisis la fureur en secouant négativement la tête et en repoussant l’écuelle aussi loin que je l’osais vers la bête. Un grognement me répondit et je m’empressai de me recoucher, espérant me faire oublier. La chose se jeta sur la nourriture, sans toucher à mon écuelle, puis elle se dirigea vers une petite niche que je n’avais pas remarquée, pataugeant de toute évidence dans un récipient plein d’eau. Elle farfouilla encore un peu. Des bruits métalliques, des froissements d’étoffe me parvinrent avant qu’elle ne finisse par s’étendre sur ma couche, juste derrière mon dos.

J’étais tétanisée. Mon voisin s’endormit très rapidement tandis que je commençais pour ma part à sentir les affres de la faim. L’écuelle était toujours là intacte, à portée de ma main. En silence, je la tirai vers moi. Je plongeai mes doigts dans la préparation froide et je tentai de prendre une bouchée. Hélas, j’étais trop nouée pour avaler quoi que ce soit. Un spasme violent m’obligea à tout recracher. La peur me dominait. Une peur primaire, animale qui me mettait hors de moi. Je ne pouvais pas rester là. Il fallait que je parte. Qui savait ce qu’on me réserverait demain ? Hélas, la fatigue eut raison de moi et le sommeil m’emporta soudain, dans une nuit fiévreuse, peuplée de cauchemars.

Depuis, les jours s’égrènent de la même manière. Je me réveille seule. Une nouvelle assiette a été posée près de moi pendant la nuit avec de l’eau fraîche. Légumes, fruits, poisson et même viande, dont je ne veux même pas imaginer l’origine, me sont proposés dans l’espoir d’attiser mon appétit. Mais comment pourrais-je avoir faim alors que chaque jour est peut-être le dernier ? Le soir me trouve étendue à la même place, en chien de fusil. La bête fait son entrée. Parfois elle s’approche de moi pour me regarder dormir, parfois elle s’étend directement sans un bruit près de moi.

Le résultat est toujours le même. Je suis incapable de bouger ou de parler. C’est à peine si j’arrive à retenir mes larmes. Je sens que je m’affaiblis. C’est normal puisque je n’arrive ni à manger, ni à dormir, ni à empêcher mes mains de trembler. Dès que le soleil se lèvera je quitterai cet endroit. Ma décision est prise. J’entends le souffle de mon geôlier dans l’obscurité, je sens son odeur bestiale, sueur, sang et suie. Son corps dégage une chaleur inconfortable. Peut-être qu’attendre le lever du soleil n’est pas si judicieux ? C’est maintenant, pendant que tout le monde dort, que je dois tenter ma chance.

Un peu chancelante, je me lève. Un soupir échappe à la bête et je me fige. Lorsque sa respiration redevient régulière, je me remets en mouvement. La tête me tourne un peu. Je dois m’appuyer contre les murs pour ne pas tomber. Sortie de l’alcôve, j’essaie de retracer l’itinéraire qu’on m’a fait emprunter pour arriver jusqu’ici. Je me trompe de couloirs deux fois, mais je finis par déboucher à l’air libre sans avoir croisé âme qui vive. C’est une évasion presque trop facile. Je retrouve sans peine l’autel de la bête, puis le chemin qui mène au village. Ils vont être surpris de me voir revenir là-bas !Jamais, de mémoire d’homme, aucune sacrifiée ne s’est enfuie de l’antre de la bête.

Je ne suis pas peu fière de mon exploit et c’est presque joyeusement que j’entre dans mon ancien village. Je ne prends conscience de ma naïveté que lorsque l’homme qui est de garde ce soir-là se met à hurler à pleins poumons pour rameuter les habitants encore endormis. En quelques instants, la place déserte grouille de monde. Les visages sont hostiles, les regards accusateurs.

–Folle ! Maudite ! me crie-t-on. Veux-tu donc attirer le malheur sur nous ? Retourne-t’en d’où tu viens. Tu n’es plus des nôtres. Tu appartiens à la bête désormais ! Les anciens en ont ainsi décidé. Tu dois te plier à la règle. Il n’y a plus rien pour toi ici.

–Pitié ! Laissez-moi revenir, tenté-je pitoyablement, mais quelqu’un dans la foule, me jette une pierre qui me touche à l’épaule. Je protège instinctivement mon visage et bien m’en prend, car d’autres projectiles commencent à pleuvoir : cailloux, morceaux de bois, débris en tous genres. Je recule, trébuche et tombe à la renverse.

Néanmoins, j’en suis la première surprise, je ne heurte pas le sol. Une poigne solide me retient. La bête est là, à mes côtés, immense avec ses cornes sur la tête, sa peau brune et sa crinière étincelante. La lumière des torches projette des reflets rougeoyants dans ses prunelles et cette vision panique les villageois qui disparaissent aussi vite qu’ils sont venus. Les portes sont barricadées à la hâte, quelques volets claquent, puis le silence retombe. Les serviteurs qui sont venus me chercher à l’autel nous entourent. Dressés autour de leur chef, ils sont impressionnants. Je tremble à nouveau. Quel châtiment vont-ils m’infliger pour leur avoir faussé compagnie ? La bête me prend par le bras. Sa voix gronde, grave et profonde. Je suis certaine qu’on l’entend à l’autre bout du village.

–Cette femme est ma proie. Vous me l’avez offerte en tribu. Sa vie m’appartient. C’est un pacte entre nous. Tuez-la, blessez-la et je me vengerai sur vos misérables demeures, vos champs et votre bétail. Vos enfants, vos épouses ne pourront jamais plus se promener en paix et en sécurité. M’avez-vous entendu ?

La voix du chef du village, faible et tremblotante répond :

–Oui seigneur, nous t’entendons. Nous ne voulions pas t’offenser, mais juste châtier cette ingrate…

Me châtier ? Quel était mon crime ? Vouloir survivre ? Chercher la liberté ? La bête me tire à elle et me serre contre son corps, possessive.

–Elle est mienne. Ayez pour elle le respect que vous avez pour moi.

J’avale péniblement ma salive. Qu’entend-il par-là ? L’idée me vient brusquement que s’il convoite ma chair, ce n’est pas du tout de la manière que j’imaginais. Je ne suis pas certaine de préférer ce sort là. C’est l’instant qu’il choisit pour baisser les yeux vers moi. Je n’aime pas du tout le sourire carnassier qu’il m’adresse avant de me traîner derechef vers son repaire.

L’alcôve pourtant confortable et chaleureuse me semble plus sinistre que jamais. Ne craignant plus pour ma vie, je me décide à manger à la plus grande satisfaction de la bête qui m’observe.

–Chiron… murmure-t-il.

–Pardon ? dis-je en reposant mon assiette.

–Je m’appelle Chiron et toi ?

–Lilwen, soufflé-je.

Il sourit et tout à coup ses traits s’adoucissent.

–C’est joli, dit-il. Tu peux faire tes ablutions derrière ce rideau, ajoute-t-il en m’indiquant la niche que j’avais déjà remarquée.

Je n’ai aucune envie de partager son intimité, mais j’ai grand besoin de me laver. Ma propre odeur me dérange. En comparaison la bête… Chiron sent très bon. Je ne me fais donc pas prier et je disparais derrière l’étoffe qui me cache à son regard. Je m’attarde, je traîne, reculant l’instant où je devrais me coucher. Va-t-il se jeter sur moi, réclamant son dû puisque je lui appartiens ? Je le trouve déjà allongé et endormi. Soulagée, je regagne ma place sur la pointe des pieds.

Encore une fois, je peine à trouver le sommeil. Sa voix alors s’élève :

–Endors-toi paisiblement Lilwen, chuchote-t-il. Ta journée a été épuisante, tu as besoin de repos. Ici, nul ne viendra te faire de mal.

Mes yeux consentent à se fermer. En effet je suis très fatiguée. Lorsque je me réveille, Chiron est déjà parti. Je ne sais rien de ses activités, mais je me réjouis de me retrouver un peu seule .Je profite de nouveau de l’eau puis je dévore à pleines dents les fruits et le pain laissés pour moi. S’il n’y avait pas cette intolérable contrepartie, je pourrais apprécier cette vie-là. Au village, je ne mangeais pas tous les jours à ma faim et le moindre quignon pain me valait des heures de travail éreintant.

Je me demande comment je vais pouvoir supporter que cette créature me touche. S’attend-il à ce que je m’étende docilement pour le laisser faire ses petites affaires ? Si je résiste, va-t-il me contraindre par la force ?Je ne l’entends pas revenir et je sursaute en le découvrant sur le pas de porte, m’observant en silence.

–Bonjour Lilwen, dit-il. Tu sembles en meilleure forme ce matin. Souhaites-tu faire une promenade en ma compagnie ?

Sa proposition me surprend, mais je m’empresse d’accepter, désireuse de m’éloigner de cette chambre qui pourrait lui inspirer des idées. Nous prenons la direction opposée au village, derrière la falaise. Je découvre l’océan dont je ne me suis jamais approchée. Aucun villageois ne s’est jamais risqué à traverser la forêt de la bête ! Chiron rit en me voyant patauger dans les vagues comme une petite fille.

Il me rejoint et me prend par la main. Je tremble soudain. Et si la balade prenait un autre tour ? Ma pensée doit se lire sur mon visage car il rit de plus belle.

–Ne crains rien. Je te l’ai dit : nul ne viendra te faire de mal ici et surtout pas moi !

Ses doigts sont chauds et sa peau très douce. À mon grand désarroi, je me sens rougir. Il ne dit rien pendant un moment et me guide entre les rochers jusqu’à une petite grotte à fleur d’eau. Je crains un instant que ce ne soit une autre alcôve, mais il n’en est rien. La paroi opposée s’ouvre sur un paysage magnifique. Je n’ai jamais rien vu de plus beau que ces arbres en fleurs qui se reflètent sur l’onde

.–C’est l’embouchure du fleuve, me révèle Chiron qui tient toujours ma main. L’eau de ce côté-ci est une eau douce. Je viens souvent m’y baigner. Sais-tu nager ?

–Non…

Je recule, effrayée à l’idée de glisser dans les flots.

–Je t’apprendrai, murmure-t-il à mon oreille.

Je ne l’ai pas senti se rapprocher. Je sursaute violemment sans oser aller vers le bord pour lui échapper. Il est derrière moi, son torse contre mon dos. Sa main tient toujours la mienne.

–Tu trembles, constate-t-il avec un soupir. Tu as encore peur de moi ?Il recule doucement, hésitant à lâcher mes doigts.

Je me prends à regretter sa chaleur contre moi et le regardant droit dans les yeux je lui déclare :

–Non, ce n’est pas de toi que j’ai peur. C’est de l’eau !

Il sourit et m’offre son appui pour sortir de la grotte.

Nous poursuivons la promenade. Il m’indique les endroits où il vient pêcher, chasser, faire sa cueillette… Il est intarissable sur les espèces animales qui peuplent les environs, sur les plantes et l’usage qu’on peut en faire, mais par-dessus tout, il vénère les arbres. Il en parle comme s’il s’agissait de personnes, différentes, uniques, irremplaçables. La vie auprès de Chiron et des siens s’avère agréable. La seule chose qui me chiffonne, c’est l’absence de femmes parmi eux. La curiosité me pousse à poser la question directement à celui que je ne considère désormais plus comme une bête.

–Elles sont parties, me dit-il en baissant les yeux, comme saisi de honte.

–Parties ? Mais pourquoi ?

–Parce que nous, les hommes, nous étions pires que des bêtes…

J’ai dû mal à y croire et face à mon air perplexe, il m’explique :

–Comme tu as pu le constater, nous sommes plus forts et plus grands que les autres hommes. Notre aspect suffit à effrayer ceux qui pourraient être tentés de nous affronter. Du temps de mon père, je n’étais alors qu’un enfant, nous avons abusé de cet atout. Nous ne produisions pas notre nourriture, nous nous faisions nourrir par nos voisins en les contraignant et en les menaçant. Un hiver, il y a eu une famine et mon père a quand même ordonné une razzia sur les villages alentour. Ma mère s’est opposée à lui, arguant que nous ferions mourir femmes et enfants. Elle n’a pas réussi à le faire changer d’avis. Il pensait que ces êtres nous étaient inférieurs et ne méritaient pas tant d’égards. Alors, il a emmené avec lui tous ses hommes, ainsi que les jeunes garçons qu’il voulait initier à la guerre et dont je faisais partie.

–Quel âge avais-tu ?

Il se racle la gorge, visiblement ému d’évoquer ces souvenirs.

–Dix ans… Je n’avais jamais été confronté à tant de violence auparavant. La guerre est une chose terrible Lilwen. Prendre des vies, c’est perdre son âme. Nous sommes rentrés victorieux, ployant sous le poids de notre butin. Les femmes ne pourraient que convenir que le jeu en valait la chandelle. Sauf qu’elles avaient disparu à notre retour. Elles avaient emporté leurs effets, des vivres et tous les enfants qui étaient restés avec elles. C’était la seule manière qu’elles avaient trouvé de condamner nos actes. Bien sûr, nous les avons cherchées. Mon père a mis ses meilleurs pisteurs sur leurs traces, mais ils ont échoué. Elles n’étaient pas parties par voie terrestre, mais probablement en voguant sur le fleuve. Nous ne nous sommes aperçus de la disparition de nos barques que plusieurs jours plus tard. Jamais nous ne les avons retrouvées et jamais elles ne sont revenues. Ont-elles seulement survécu ?

–Je suis désolée, lui dis-je. Tu as dû avoir beaucoup de chagrin en perdant ta mère…

–Non, me coupe-t-il. J’étais furieux. Longtemps, j’ai suivi la voie tracée par mon père. J’ai terrorisé et violenté ces hommes si faibles pendant des années. J’ai blessé, j’ai tué, j’ai pillé…. C’est ainsi que nous sommes devenu des démons à leurs yeux. Puis mon père est mort, emporté par la maladie. Oui Lilwen, nous pouvons tomber malades et mourir. J’ai pris conscience des atrocités que j’avais commises. Je me suis assagi. Toutes ces femmes qu’on m’a livrées en pâture pour apaiser ma « colère », je leur ai donné le choix : vivre parmi nous ou aller vivre dans d’autres pays.

–Elles sont toujours en vie ?

Les mots m’ont échappé et je le regrette en voyant son visage s’assombrir.

–Tu as cru que j’allais te tuer ? comprend-il soudain. Je n’ai jamais fait de mal à une femme de toute mon existence ! Ces dames sont toutes parties vers d’autres latitudes. Je n’en sais pas plus sur ce qu’elles sont devenues ensuite.

Vais-je moi aussi avoir le choix ? Pour le moment, Chiron ne m’a rien proposé. Nous sommes rentrés à la grotte aussi silencieux l’un que l’autre. La nuit nous a apporté l’orage. Je pensais que l’épaisseur des parois nous préserverait du bruit, mais par un étrange effet de résonance, chaque coup de tonnerre est amplifié. Je suis allongée, les yeux grands ouverts, incapable de dormir. J’ai beau me savoir à l’abri, ce temps m’épouvante. Un éclat plus bruyant que les autres m’arrache un gémissement. C’est plus fort que moi. Puis le bras de Chiron m’enlace et je me retrouve contre sa poitrine à écouter les battements de son cœur.

–Tout va bien Lilwen, ces grottes sont solides.

Je lève la tête et dans la demi-pénombre, je vois ses yeux luire. Ils sont braqués sur moi, attentifs au moindre de mes gestes. Je pose ma main sur sa joue. Il tressaille. Il semble retenir son souffle. J’ignore quelle mouche me pique, mais ce sont bien mes lèvres qui viennent épouser les siennes. L’instant de surprise passé, il répond à mon baiser avec une passion qui nous laisse tous les deux pantelants. Il ne risque aucune autre caresse, comme s’il craignait de m’effaroucher.

Je guide ses doigts vers ma poitrine et il ose enfin me toucher comme il l’entend. Par peur de l’orage, c’est un cyclone que je viens de réveiller. Mes vêtements s’envolent aux quatre coins de la pièce. Il referme ses bras sur moi et je chavire. Le matin arrive, je suis toujours prisonnière de son étreinte. Il est cramponné à moi et pourtant il me pose enfin la question que j’attendais :

–Lilwen, veux-tu rester ici avec moi ou commencer une nouvelle vie ailleurs ?

La réponse ne me demande pas la moindre réflexion :

–Je veux commencer une nouvelle vie ailleurs…Ses bras se relâchent à contrecœur. Avant que la déception ne le submerge j’ajoute :

–Ailleurs… mais avec toi. Que dirais-tu de chercher les femmes et les enfants de ton peuple ?

Il sourit et frémissant se serre de nouveau contre moi.

-J’irai où tu iras, dit-il.

Rendez-vous manqué

 Ce jour-là, j’avais joué de malchance. J’étais au mauvais endroit, au mauvais moment comme on dit. Je suis sortie de la boulangerie à l’instant même où deux voyous réglaient leurs comptes. J’ai pris une balle en plein cœur. J’ai à peine eu le temps d’éprouver le regret de n’avoir pas pu goûter à cet appétissant croissant qui sentait bon le beurre frais que je me suis sentie aspirée hors de mon corps. Tout est allé très vite : Je me suis vue allongée au sol tandis que mes assassins se carapataient et que les clients de la boulangerie poussaient des cris horrifiés en se gardant bien de me porter secours (bon, à quoi bon ? me direz-vous, il était déjà trop tard… mais tout de même, eux n’en savaient encore rien !), puis soudain, une cabine d’ascenseur s’est matérialisée derrière moi. Jamais je ne serais montée de moi-même dans un truc aussi louche, si une force invisible ne m’avait propulsée à l’intérieur… Enfin, pour être honnête, la force invisible m’avait collé un coup de pied dans le postérieur et la seconde d’après, je m’étais élevée vers d’autres cieux.

     Quelle déception arrivée en haut ! Pas de jardin idyllique, ni de limbes mystérieuses où me perdre pour l’éternité : je me retrouvai dans une longue file d’attente en compagnie d’autres moribonds qui ne pipaient mot, trop abasourdis pour réagir. Tout au bout de la file, je vis celle qui devait recevoir chacun d’entre nous. Avec ses longs cheveux noirs, sa peau diaphane et son look gothique, je devinais que c’était la mort elle-même qui assurait l’accueil. Finalement, elle était plutôt jolie pour une créature redoutée par tant de gens. Comme quoi, tout est question d’image ! Avec un bon service de communication, elle aurait fait un tabac et attiré à elle des millions de fans… Oui, bon, finalement les choses étaient bien telles qu’elles étaient. 

     Comme je n’avais rien de mieux à faire, j’observais les lieux. Nous étions dans le hall d’une immense bâtisse. De hautes fenêtres laissaient entrer la lumière… Une lumière si vive, que la mort avait installé une ombrelle au-dessus de son (ridicule) fauteuil, afin de protéger sa peau. Elle aimait son petit confort. Le fauteuil semblait moelleux à défaut d’être à mon goût et il était même assorti d’un petit repose-pied. Je me serais presque attendue à voir une table basse avec un cocktail et un bol d’olives, mais il faut croire que la mort ne buvait jamais pendant le service. Une vraie professionnelle sérieuse et intègre !

     La file avançait lentement. Les morts qui me précédaient, après consultation de leur dossier, étaient orientés sur divers chemins : paradis, enfer, purgatoire ou réincarnation… Toutes ces directions étaient placardées sur un poteau indicateur avec une autre aussi inattendue qu’incongrue. Sur ce dernier panneau il était écrit « wc ». Je me demandais si nous étions encore soumis aux contraintes humaines telles que manger, dormir… aller aux toilettes. Puis je vis justement la mort faire une pause et prendre cette direction. Ce panneau était donc pour elle ! 

     Il ne restait qu’une poignée d’individus devant moi qui faisaient gentiment le pied de grue et il me vint une idée folle. Et si je tentais de fausser compagnie à tout ce beau monde ? Peut-être qu’il y avait moyen de faire marche arrière ? Au pire, je perdrais ma place dans la queue… Discrètement je m’extirpai de la longue colonne que je remontai en sens inverse. Dans le monde d’en bas, on n’aurait pas manqué de me dénoncer, mais ici, chacun était en proie à ses propres démons. Je ne soulevai pas un murmure. Je ne suis même pas sûre que quelqu’un me remarqua. La cabine d’ascenseur était là. Je me glissai dedans en me faisant aussi petite que possible.

     Hélas, à l’intérieur, pas le moindre bouton pour faire redescendre l’engin ! Je commençais à désespérer, lorsqu’il se mit en mouvement de lui-même. Ce fut aussi fulgurant que lorsque j’étais montée. Quand la porte s’ouvrit et qu’un homme monta dedans, je compris que c’était son décès qui avait mis l’ascenseur en route. Je ne perdis pas une seconde et je me glissai à l’extérieur, fière et heureuse d’avoir faussé compagnie à la mort ! Le désenchantement me saisit presque aussitôt. Je constatai d’abord que j’étais loin de chez moi. L’homme était mort dans ce qui me sembla être une petite ville des États-Unis. Puis, je pris conscience d’autre chose : j’étais toujours une trépassée et revenir sur Terre n’y changeait rien. 

     Depuis, voilà où j’en suis. J’erre dans les rues de ce bled que je ne connais pas et dont je ne comprends même pas la langue… Ils sont bien loin les cours d’anglais du lycée ! J’observe par-dessus l’épaule des gens ce qu’ils font pour tuer le temps. Je passe mes nuits chez les uns ou chez les autres à les regarder dormir. Triste fantôme, je ne suis animée que par un seul espoir : que quelqu’un meure vite dans les parages, afin que je puisse profiter de son ascenseur pour reprendre place dans la file. Cette fois-ci, même si la mort fait une pause pipi, je patienterai sagement !

Le NaNoWriMo

Le NaNoWriMo qu’est-ce que c’est ? Voici la définition donnée sur Wikipédia : NaNoWriMo pour National Novel Writing Month, est un projet d’écriture créative dans lequel chaque participant tente d’écrire un roman de 50 000 mots – soit environ 175 pages – en un seul mois. Le projet a débuté aux États-Unis en juillet 1999 avec 21 participants, se tient chaque année en novembre depuis 2000.

Cette année, pour la première fois, j’ai décidé de me lancer dans ce défi, histoire de prendre de bonnes habitude et surtout de voir si je suis ou non capable de tenir un certain rythme. Si l’essai est concluant, j’envisage de l’appliquer à mon roman qui patine depuis des années.

J’ai découvert avec plaisir, que passé les premiers jours, vraiment difficiles, le pli a été vite pris d’écrire mes 1667 mots quotidiens (qui devraient me permettre d’atteindre les 50 000 mots requis pour boucler le défi d’ici fin novembre). J’espère parvenir à écrire une fin à ce récit, puis je me donnerai un mois pour le retravailler, toujours pour tester mon aptitude à adopter un rythme de travail.

Est-ce qu’il y a parmi vous des gens qui ont tenté le NaNoWriMo cette année (ou les années précédentes) ? N’hésitez pas à partager votre expérience en commentaire…

Vérité (léna 20)

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia, des mots une histoire récolte 51

Les mots récoltés étaient : fleurir – capharnaüm – ouverture – salaire – vénération – sécheresse – manque – retard

Propre et reposée, Léna déambulait dans la cité en compagnie de Della. Elle fut un peu étonnée de la vénération dont sa tante faisait l’objet. À chaque coin de rue, on s’inclinait avec un respect un brin ostentatoire, devant elle. La ville était un véritable capharnaüm de rues enchevêtrées, de ponts entre deux bâtisses, de souterrains mystérieux, d’ouvertures inattendues. Des plantes en tous genres, des plus communes aux plus exotiques, ne manquaient pas de fleurir à chaque fenêtre.

C’était un bel endroit, mais la jeune fille sentait comme un malaise. Elle n’arrivait pas à savoir ce qui lui donnait cette sensation, mais elle comptait le découvrir sans retard. Puis soudain, elle comprit. Cela ne venait pas de la cité mais de sa tante. Sous des dehors souriants et aimables, elle percevait en elle un manque de sincérité et une certaine sécheresse de cœur qui ne lui avaient pas sauté aux yeux de prime abord.

À cet instant, Della tourna la tête vers elle et Léna eut l’impression que le regard de la magicienne plongeait au plus profond d’elle-même.

-Ah, dit simplement celle-ci dont le visage se ferma instantanément. On dirait bien que ton pouvoir est à l’œuvre… Je le sens qui tâtonne dans toutes les directions. Je vais être franche avec toi : je n’ai pas l’intention de te laisser repartir d’ici avant que tu ne sois en mesure de’utiliser ta magie. Entre de mauvaises mains, elle serait trop dangereuse. Tu vas rester ici, apprendre à dompter ton don et pour salaire de ton labeur, j’autoriserai peut-être ton fiancé à te tenir compagnie.

Bon anniversaire Loki !

Premier avril…. C’était l’effervescence au paradis. Loki, l’angelot le plus farceur de la création fêtait son anniversaire. En dépit des mauvais tours qu’il leur jouait à longueur de temps, tous les saints avaient tenu à participer. Saint Pierre lui-même avait mis la main à la pâte (certes, en bougonnant). Tout le monde s’affairait lorsque Saint Honoré, le patron des pâtissiers, arriva rouge de colère, l’auréole tremblotante et les ailes hérissées.

-Ce démon, ce démon…. balbutia-t-il. Il ne respecte rien !

Nul besoin de dire de qui il s’agissait : seul Loki pouvait être affublé d’un tel nom dans les jardins d’Eden ! Sainte Geneviève, qui comme chacun le sait, est la sainte patronne des gendarmes, s’avança pour prendre la parole:

-Allons, allons ! dit-elle. Pas d’accusation prématurée ! Assurons- nous d’abord que Loki soit bien coupable. Que s’est-il passé mon bon ami ?

-Tous les gâteaux que j’avais laissé refroidir ont disparu. Il n’en reste pas une miette ! gémit le divin pâtissier.

-Ce n’est pas si grave ! fit Saint Nicolas, toujours prêts à défendre les plus jeunes.

Saint Honoré lui jeta un regard noir qui le fit taire aussitôt.

-Allons porter l’affaire devant le Seigneur, suggéra Saint Pierre.

Comme le Seigneur était occupé, ce fut son fils Jésus, qui les reçut, ce qui revenait presque au même.

-Bonjour mes amis ! s’écria-t-il tout joyeux. Les préparatifs avancent bien ?

-Pas vraiment mon Christ, dit Saint Pierre. Nous avons un problème, toujours le même : Loki.

-Loki ? Mais qu’Est-ce que notre petit farceur a encore fait ?

-Il a mangé tous mes gâteaux, répondit Saint Honoré indigné. Il mérite une punition.

-Une punition ? fit Jésus en souriant. Je ne pense pas que ce soit nécessaire… Après tout, ces gâteaux lui étaient destinés. Et puis, je crois qu’il s’est puni tout seul.

-Comment ça ? dirent les saints estomaqués de le voir prendre les choses avec tant de légèreté. Il s’agissait quand même de gourmandise, un des sept péchés capitaux !

-Suivez-moi ! Je vais vous montrer…

La sainte troupe sur les talons, il traversa les jardins d’Eden et se rendit près des portes du paradis. Loki gisait là, gémissant misérablement. Sa main posée sur son estomac, on ne pouvait se méprendre : sa gourmandise lui valait une indigestion carabinée. Le Seigneur l’avait donc déjà puni !

le pacte

Voici ma participation au défi de Marie avec la consigne suivante :

     Pour la semaine prochaine, je vous invite à écrire un texte à partir de la citation suivante de Christian Bobin: « Je m’allongerai sous tes paupières. Lorsque tu les baisseras pour t’endormir, je lancerai de l’or dans ton sommeil. De l’or et des songes pareils à des nuages », en utilisant TOUS les mots suivants: sacre, sensualité, sucré, sensible, sublimation, solitude, saltimbanque, sagesse, sourires, secondes.

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« Je m’allongerai sous tes paupières. Lorsque tu les baisseras pour t’endormir, je lancerai de l’or dans ton sommeil. De l’or et des songes pareils à des nuages »

Sa voix résonne encore à mon oreille. C’est le sacre du cynisme, l’ode à l’hypocrisie la plus totale. Sa langue sait jouer la carte de la sensualité, chacun de ses baisers est comme un bonbon, doux, sucré, mais addictif aussi et il en a pleinement conscience.  Il profite de ma faiblesse de femme sensible pour s’insinuer jusque dans mes rêves. Toutes les nuits, enferrée dans mes songes, je vis la sublimation des corps qui se cherchent en l’amour le plus pur.

Hélas, en vérité, je vis dans la plus grande solitude, prisonnière d’un démon qui joue au saltimbanque, jonglant avec mes sentiments. J’ai fait fi de toute sagesse en signant avec lui ce pacte qui m’enchaîne à chacun de ses sourires. Je résiste de toute mon âme à son charme, à ses mots, mais la chair est faible. Un jour ou l’autre, je lui abandonnerai mon corps et mon cœur… À vrai dire, ce n’est peut-être même pas une question de jours, mais plutôt d’heures, de minutes, voire même de secondes…

Je m’embrase, je m’enfièvre, je me perds…

Une aventure de Loki

Le ciel était d’un gris intense tirant presque sur le noir. Après plusieurs jours de chaleur intense sur la terre, un bel orage avait été programmé. Seulement voilà, rien ne se produisait. Pas une goutte d’eau, pas un éclair… l’air restait lourd, mais désespérément calme. En bas, les hommes dans l’attente levaient les yeux vers les nuages, soupirant après cette pluie qui viendrait sauver leurs cultures.

Saint Pierre ne se creusa pas les méninges bien longtemps. Il connaissait le coupable : ça ne pouvait être que Loki, cet angelot insupportable dont même l’enfer n’avait pas voulu. Il retroussa ses manches et traversa à grands pas le paradis, sans cesser de fulminer. Pour retrouver ce sacripant, ce n’était pas difficile. Il suffisait de remonter la piste des sottises qu’il avait faites dans les dernières heures !

Ce fut d’abord Saint Jean Baptiste qui croisa sa route. Il n’était que cris et fureur. Ce matin, des scandales avaient éclatés dans les églises aux quatre coins du monde : les fidèles étaient sortis de la messe passablement éméchés. Pensez donc, quelqu’un (ça ne pouvait être que Loki) avait rempli les baptistères avec du vin. Les braves gens, s’interrogeant sur ce miracle, y avaient tous goûté…

Bien entendu, Saint Vincent, le saint patron des vignerons, ayant trouvé de l’eau dans ses cuves et ses tonneaux à la place du vin, avait crié à l’assassin. A quoi bon faire trimer les hommes sur les vignes du Seigneur, si c’était pour les récompenser de cette manière ? Saint Pierre l’envoya trouver le Christ : si quelqu’un pouvait changer toute cette eau en vin, c’était bien lui !

Saint Mathurin, le protecteur des marins, était blême de colère. L’étoile polaire avait été décrochée de son emplacement habituel et les bateaux erraient sans but sur l’océan, complètement perdus. Il allait devoir descendre en personne pour les guider et l’ampleur de la tâche le mettait de très mauvaise humeur. Ah, s’il tenait le gredin qui avait fait ça ! Saint Pierre se promit de lui amener Loki aussitôt qu’il aurait réussi à le trouver…

Il n’osa pas déranger Saint-Georges qui poussait des jurons terribles, en faisant rentrer dans leur cage, tous les dragons qu’une main criminelle avait libérés. Il ne fallait pas être devin pour comprendre que ça n’avait pas été une partie de plaisir pour les retrouver tous, les attraper et leur faire reprendre la route du paradis…

Devant les portes du temps, Saint Eloi, le plus grand des horlogers, lui jeta un regard noir, sans cesser de remettre à l’heure toutes les pendules qui avaient été mystérieusement déréglées. A certains endroits sur terre, le soleil ne s’était pas couché depuis plus de vingt-quatre heures, tandis que d’autres contrées se trouvaient plongées dans une nuit sans fin, qu’aucune éclipse ne venait expliquer.

Il finit par atteindre une partie des jardins célestes où un calme absolu régnait, signe qu’aucun méfait n’y avait été encore commis. Loki n’était donc pas là. Saint Pierre dépité, s’apprêtait à faire demi tour pour chercher sa trace ailleurs, lorsqu’un gémissement étouffé lui parvint. Il suivit le bruit et arriva aux abords d’une trouée dans les nuages. La plainte venait de là.

Saint Pierre se pencha pour regarder et partit dans un éclat de rire si fort, qu’il attira tous les saints du paradis. En hoquetant, il leur montra du doigt le trou et les saints, y jetant un coup d’oeil à leur tour, lui firent écho. Difficile de savoir quel mauvais tour l’angelot avait préparé, mais pour une fois, cela s’était retourné contre lui. Il pendait la tête en bas, empêtré dans l’échelle de Jacob dans laquelle, chargé de seaux de pluie et de brassées d’éclairs, il s’était emmêlé et dont il n’avait pu se défaire…

Concours Webtoon2020

Un talent à découvrir et à partager… beaucoup d’humour, souvent décalé. Je suis vraiment fan !

Camille Ruzé

Mon webcomic Temps Mort participe au #concoursWebtoon2020 ! Il s’est pour l’occasion offert un léger lifting ainsi qu’un passage au Technicolor ; je vous invite à découvrir cette nouvelle version sur le site de Webtoon et si elle vous plait, à montrer votre soutien en la partageant et en la likant, avec ma reconnaissance éternelle ❤

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