Rendez-vous manqué

 Ce jour-là, j’avais joué de malchance. J’étais au mauvais endroit, au mauvais moment comme on dit. Je suis sortie de la boulangerie à l’instant même où deux voyous réglaient leurs comptes. J’ai pris une balle en plein cœur. J’ai à peine eu le temps d’éprouver le regret de n’avoir pas pu goûter à cet appétissant croissant qui sentait bon le beurre frais que je me suis sentie aspirée hors de mon corps. Tout est allé très vite : Je me suis vue allongée au sol tandis que mes assassins se carapataient et que les clients de la boulangerie poussaient des cris horrifiés en se gardant bien de me porter secours (bon, à quoi bon ? me direz-vous, il était déjà trop tard… mais tout de même, eux n’en savaient encore rien !), puis soudain, une cabine d’ascenseur s’est matérialisée derrière moi. Jamais je ne serais montée de moi-même dans un truc aussi louche, si une force invisible ne m’avait propulsée à l’intérieur… Enfin, pour être honnête, la force invisible m’avait collé un coup de pied dans le postérieur et la seconde d’après, je m’étais élevée vers d’autres cieux.

     Quelle déception arrivée en haut ! Pas de jardin idyllique, ni de limbes mystérieuses où me perdre pour l’éternité : je me retrouvai dans une longue file d’attente en compagnie d’autres moribonds qui ne pipaient mot, trop abasourdis pour réagir. Tout au bout de la file, je vis celle qui devait recevoir chacun d’entre nous. Avec ses longs cheveux noirs, sa peau diaphane et son look gothique, je devinais que c’était la mort elle-même qui assurait l’accueil. Finalement, elle était plutôt jolie pour une créature redoutée par tant de gens. Comme quoi, tout est question d’image ! Avec un bon service de communication, elle aurait fait un tabac et attiré à elle des millions de fans… Oui, bon, finalement les choses étaient bien telles qu’elles étaient. 

     Comme je n’avais rien de mieux à faire, j’observais les lieux. Nous étions dans le hall d’une immense bâtisse. De hautes fenêtres laissaient entrer la lumière… Une lumière si vive, que la mort avait installé une ombrelle au-dessus de son (ridicule) fauteuil, afin de protéger sa peau. Elle aimait son petit confort. Le fauteuil semblait moelleux à défaut d’être à mon goût et il était même assorti d’un petit repose-pied. Je me serais presque attendue à voir une table basse avec un cocktail et un bol d’olives, mais il faut croire que la mort ne buvait jamais pendant le service. Une vraie professionnelle sérieuse et intègre !

     La file avançait lentement. Les morts qui me précédaient, après consultation de leur dossier, étaient orientés sur divers chemins : paradis, enfer, purgatoire ou réincarnation… Toutes ces directions étaient placardées sur un poteau indicateur avec une autre aussi inattendue qu’incongrue. Sur ce dernier panneau il était écrit « wc ». Je me demandais si nous étions encore soumis aux contraintes humaines telles que manger, dormir… aller aux toilettes. Puis je vis justement la mort faire une pause et prendre cette direction. Ce panneau était donc pour elle ! 

     Il ne restait qu’une poignée d’individus devant moi qui faisaient gentiment le pied de grue et il me vint une idée folle. Et si je tentais de fausser compagnie à tout ce beau monde ? Peut-être qu’il y avait moyen de faire marche arrière ? Au pire, je perdrais ma place dans la queue… Discrètement je m’extirpai de la longue colonne que je remontai en sens inverse. Dans le monde d’en bas, on n’aurait pas manqué de me dénoncer, mais ici, chacun était en proie à ses propres démons. Je ne soulevai pas un murmure. Je ne suis même pas sûre que quelqu’un me remarqua. La cabine d’ascenseur était là. Je me glissai dedans en me faisant aussi petite que possible.

     Hélas, à l’intérieur, pas le moindre bouton pour faire redescendre l’engin ! Je commençais à désespérer, lorsqu’il se mit en mouvement de lui-même. Ce fut aussi fulgurant que lorsque j’étais montée. Quand la porte s’ouvrit et qu’un homme monta dedans, je compris que c’était son décès qui avait mis l’ascenseur en route. Je ne perdis pas une seconde et je me glissai à l’extérieur, fière et heureuse d’avoir faussé compagnie à la mort ! Le désenchantement me saisit presque aussitôt. Je constatai d’abord que j’étais loin de chez moi. L’homme était mort dans ce qui me sembla être une petite ville des États-Unis. Puis, je pris conscience d’autre chose : j’étais toujours une trépassée et revenir sur Terre n’y changeait rien. 

     Depuis, voilà où j’en suis. J’erre dans les rues de ce bled que je ne connais pas et dont je ne comprends même pas la langue… Ils sont bien loin les cours d’anglais du lycée ! J’observe par-dessus l’épaule des gens ce qu’ils font pour tuer le temps. Je passe mes nuits chez les uns ou chez les autres à les regarder dormir. Triste fantôme, je ne suis animée que par un seul espoir : que quelqu’un meure vite dans les parages, afin que je puisse profiter de son ascenseur pour reprendre place dans la file. Cette fois-ci, même si la mort fait une pause pipi, je patienterai sagement !

Le NaNoWriMo

Le NaNoWriMo qu’est-ce que c’est ? Voici la définition donnée sur Wikipédia : NaNoWriMo pour National Novel Writing Month, est un projet d’écriture créative dans lequel chaque participant tente d’écrire un roman de 50 000 mots – soit environ 175 pages – en un seul mois. Le projet a débuté aux États-Unis en juillet 1999 avec 21 participants, se tient chaque année en novembre depuis 2000.

Cette année, pour la première fois, j’ai décidé de me lancer dans ce défi, histoire de prendre de bonnes habitude et surtout de voir si je suis ou non capable de tenir un certain rythme. Si l’essai est concluant, j’envisage de l’appliquer à mon roman qui patine depuis des années.

J’ai découvert avec plaisir, que passé les premiers jours, vraiment difficiles, le pli a été vite pris d’écrire mes 1667 mots quotidiens (qui devraient me permettre d’atteindre les 50 000 mots requis pour boucler le défi d’ici fin novembre). J’espère parvenir à écrire une fin à ce récit, puis je me donnerai un mois pour le retravailler, toujours pour tester mon aptitude à adopter un rythme de travail.

Est-ce qu’il y a parmi vous des gens qui ont tenté le NaNoWriMo cette année (ou les années précédentes) ? N’hésitez pas à partager votre expérience en commentaire…

Vérité (léna 20)

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia, des mots une histoire récolte 51

Les mots récoltés étaient : fleurir – capharnaüm – ouverture – salaire – vénération – sécheresse – manque – retard

Propre et reposée, Léna déambulait dans la cité en compagnie de Della. Elle fut un peu étonnée de la vénération dont sa tante faisait l’objet. À chaque coin de rue, on s’inclinait avec un respect un brin ostentatoire, devant elle. La ville était un véritable capharnaüm de rues enchevêtrées, de ponts entre deux bâtisses, de souterrains mystérieux, d’ouvertures inattendues. Des plantes en tous genres, des plus communes aux plus exotiques, ne manquaient pas de fleurir à chaque fenêtre.

C’était un bel endroit, mais la jeune fille sentait comme un malaise. Elle n’arrivait pas à savoir ce qui lui donnait cette sensation, mais elle comptait le découvrir sans retard. Puis soudain, elle comprit. Cela ne venait pas de la cité mais de sa tante. Sous des dehors souriants et aimables, elle percevait en elle un manque de sincérité et une certaine sécheresse de cœur qui ne lui avaient pas sauté aux yeux de prime abord.

À cet instant, Della tourna la tête vers elle et Léna eut l’impression que le regard de la magicienne plongeait au plus profond d’elle-même.

-Ah, dit simplement celle-ci dont le visage se ferma instantanément. On dirait bien que ton pouvoir est à l’œuvre… Je le sens qui tâtonne dans toutes les directions. Je vais être franche avec toi : je n’ai pas l’intention de te laisser repartir d’ici avant que tu ne sois en mesure de’utiliser ta magie. Entre de mauvaises mains, elle serait trop dangereuse. Tu vas rester ici, apprendre à dompter ton don et pour salaire de ton labeur, j’autoriserai peut-être ton fiancé à te tenir compagnie.

Bon anniversaire Loki !

Premier avril…. C’était l’effervescence au paradis. Loki, l’angelot le plus farceur de la création fêtait son anniversaire. En dépit des mauvais tours qu’il leur jouait à longueur de temps, tous les saints avaient tenu à participer. Saint Pierre lui-même avait mis la main à la pâte (certes, en bougonnant). Tout le monde s’affairait lorsque Saint Honoré, le patron des pâtissiers, arriva rouge de colère, l’auréole tremblotante et les ailes hérissées.

-Ce démon, ce démon…. balbutia-t-il. Il ne respecte rien !

Nul besoin de dire de qui il s’agissait : seul Loki pouvait être affublé d’un tel nom dans les jardins d’Eden ! Sainte Geneviève, qui comme chacun le sait, est la sainte patronne des gendarmes, s’avança pour prendre la parole:

-Allons, allons ! dit-elle. Pas d’accusation prématurée ! Assurons- nous d’abord que Loki soit bien coupable. Que s’est-il passé mon bon ami ?

-Tous les gâteaux que j’avais laissé refroidir ont disparu. Il n’en reste pas une miette ! gémit le divin pâtissier.

-Ce n’est pas si grave ! fit Saint Nicolas, toujours prêts à défendre les plus jeunes.

Saint Honoré lui jeta un regard noir qui le fit taire aussitôt.

-Allons porter l’affaire devant le Seigneur, suggéra Saint Pierre.

Comme le Seigneur était occupé, ce fut son fils Jésus, qui les reçut, ce qui revenait presque au même.

-Bonjour mes amis ! s’écria-t-il tout joyeux. Les préparatifs avancent bien ?

-Pas vraiment mon Christ, dit Saint Pierre. Nous avons un problème, toujours le même : Loki.

-Loki ? Mais qu’Est-ce que notre petit farceur a encore fait ?

-Il a mangé tous mes gâteaux, répondit Saint Honoré indigné. Il mérite une punition.

-Une punition ? fit Jésus en souriant. Je ne pense pas que ce soit nécessaire… Après tout, ces gâteaux lui étaient destinés. Et puis, je crois qu’il s’est puni tout seul.

-Comment ça ? dirent les saints estomaqués de le voir prendre les choses avec tant de légèreté. Il s’agissait quand même de gourmandise, un des sept péchés capitaux !

-Suivez-moi ! Je vais vous montrer…

La sainte troupe sur les talons, il traversa les jardins d’Eden et se rendit près des portes du paradis. Loki gisait là, gémissant misérablement. Sa main posée sur son estomac, on ne pouvait se méprendre : sa gourmandise lui valait une indigestion carabinée. Le Seigneur l’avait donc déjà puni !

le pacte

Voici ma participation au défi de Marie avec la consigne suivante :

     Pour la semaine prochaine, je vous invite à écrire un texte à partir de la citation suivante de Christian Bobin: « Je m’allongerai sous tes paupières. Lorsque tu les baisseras pour t’endormir, je lancerai de l’or dans ton sommeil. De l’or et des songes pareils à des nuages », en utilisant TOUS les mots suivants: sacre, sensualité, sucré, sensible, sublimation, solitude, saltimbanque, sagesse, sourires, secondes.

***

« Je m’allongerai sous tes paupières. Lorsque tu les baisseras pour t’endormir, je lancerai de l’or dans ton sommeil. De l’or et des songes pareils à des nuages »

Sa voix résonne encore à mon oreille. C’est le sacre du cynisme, l’ode à l’hypocrisie la plus totale. Sa langue sait jouer la carte de la sensualité, chacun de ses baisers est comme un bonbon, doux, sucré, mais addictif aussi et il en a pleinement conscience.  Il profite de ma faiblesse de femme sensible pour s’insinuer jusque dans mes rêves. Toutes les nuits, enferrée dans mes songes, je vis la sublimation des corps qui se cherchent en l’amour le plus pur.

Hélas, en vérité, je vis dans la plus grande solitude, prisonnière d’un démon qui joue au saltimbanque, jonglant avec mes sentiments. J’ai fait fi de toute sagesse en signant avec lui ce pacte qui m’enchaîne à chacun de ses sourires. Je résiste de toute mon âme à son charme, à ses mots, mais la chair est faible. Un jour ou l’autre, je lui abandonnerai mon corps et mon cœur… À vrai dire, ce n’est peut-être même pas une question de jours, mais plutôt d’heures, de minutes, voire même de secondes…

Je m’embrase, je m’enfièvre, je me perds…

Une aventure de Loki

Le ciel était d’un gris intense tirant presque sur le noir. Après plusieurs jours de chaleur intense sur la terre, un bel orage avait été programmé. Seulement voilà, rien ne se produisait. Pas une goutte d’eau, pas un éclair… l’air restait lourd, mais désespérément calme. En bas, les hommes dans l’attente levaient les yeux vers les nuages, soupirant après cette pluie qui viendrait sauver leurs cultures.

Saint Pierre ne se creusa pas les méninges bien longtemps. Il connaissait le coupable : ça ne pouvait être que Loki, cet angelot insupportable dont même l’enfer n’avait pas voulu. Il retroussa ses manches et traversa à grands pas le paradis, sans cesser de fulminer. Pour retrouver ce sacripant, ce n’était pas difficile. Il suffisait de remonter la piste des sottises qu’il avait faites dans les dernières heures !

Ce fut d’abord Saint Jean Baptiste qui croisa sa route. Il n’était que cris et fureur. Ce matin, des scandales avaient éclatés dans les églises aux quatre coins du monde : les fidèles étaient sortis de la messe passablement éméchés. Pensez donc, quelqu’un (ça ne pouvait être que Loki) avait rempli les baptistères avec du vin. Les braves gens, s’interrogeant sur ce miracle, y avaient tous goûté…

Bien entendu, Saint Vincent, le saint patron des vignerons, ayant trouvé de l’eau dans ses cuves et ses tonneaux à la place du vin, avait crié à l’assassin. A quoi bon faire trimer les hommes sur les vignes du Seigneur, si c’était pour les récompenser de cette manière ? Saint Pierre l’envoya trouver le Christ : si quelqu’un pouvait changer toute cette eau en vin, c’était bien lui !

Saint Mathurin, le protecteur des marins, était blême de colère. L’étoile polaire avait été décrochée de son emplacement habituel et les bateaux erraient sans but sur l’océan, complètement perdus. Il allait devoir descendre en personne pour les guider et l’ampleur de la tâche le mettait de très mauvaise humeur. Ah, s’il tenait le gredin qui avait fait ça ! Saint Pierre se promit de lui amener Loki aussitôt qu’il aurait réussi à le trouver…

Il n’osa pas déranger Saint-Georges qui poussait des jurons terribles, en faisant rentrer dans leur cage, tous les dragons qu’une main criminelle avait libérés. Il ne fallait pas être devin pour comprendre que ça n’avait pas été une partie de plaisir pour les retrouver tous, les attraper et leur faire reprendre la route du paradis…

Devant les portes du temps, Saint Eloi, le plus grand des horlogers, lui jeta un regard noir, sans cesser de remettre à l’heure toutes les pendules qui avaient été mystérieusement déréglées. A certains endroits sur terre, le soleil ne s’était pas couché depuis plus de vingt-quatre heures, tandis que d’autres contrées se trouvaient plongées dans une nuit sans fin, qu’aucune éclipse ne venait expliquer.

Il finit par atteindre une partie des jardins célestes où un calme absolu régnait, signe qu’aucun méfait n’y avait été encore commis. Loki n’était donc pas là. Saint Pierre dépité, s’apprêtait à faire demi tour pour chercher sa trace ailleurs, lorsqu’un gémissement étouffé lui parvint. Il suivit le bruit et arriva aux abords d’une trouée dans les nuages. La plainte venait de là.

Saint Pierre se pencha pour regarder et partit dans un éclat de rire si fort, qu’il attira tous les saints du paradis. En hoquetant, il leur montra du doigt le trou et les saints, y jetant un coup d’oeil à leur tour, lui firent écho. Difficile de savoir quel mauvais tour l’angelot avait préparé, mais pour une fois, cela s’était retourné contre lui. Il pendait la tête en bas, empêtré dans l’échelle de Jacob dans laquelle, chargé de seaux de pluie et de brassées d’éclairs, il s’était emmêlé et dont il n’avait pu se défaire…

Concours Webtoon2020

Un talent à découvrir et à partager… beaucoup d’humour, souvent décalé. Je suis vraiment fan !

Camille Ruzé

Mon webcomic Temps Mort participe au #concoursWebtoon2020 ! Il s’est pour l’occasion offert un léger lifting ainsi qu’un passage au Technicolor ; je vous invite à découvrir cette nouvelle version sur le site de Webtoon et si elle vous plait, à montrer votre soutien en la partageant et en la likant, avec ma reconnaissance éternelle ❤

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Loki et les Saints de glace

Loki l’angelot s’ennuie et quand il s’ennuie, son esprit tourne à pleine vitesse. La semaine passée, il a inventé une des plus belles sottises de sa carrière. Il s’est emparé des couleurs dont le Seigneur se sert pour créer ses couchers de soleil et les a jeté dans un fleuve qui a viré au rouge sang. Sur terre, les hommes affolés se sont répandus en lamentations. Saint Pierre en colère, a dû envoyer Gabriel sur place pour calmer le jeu.

L’angelot a été traîné par l’oreille jusqu’au Seigneur qui, une fois de plus, a bien ri… avant de l’envoyer se confesser auprès de la Sainte Vierge. Malgré sa bonté et sa miséricorde, celle-ci l’a regardé avec sévérité et lui a déclaré qu’à la prochaine incartade, il serait déchu de son rang. Loki connait les risques, mais c’est plus fort que lui. Il se laisse entraîner par sa nature et prépare un nouveau tour.

Ses victimes : les Saints de glace. Ils ont rempli des cuves entières de givre et les déverseront pendant trois jours pour empêcher les plantations de démarrer trop vite. Loki transvide le contenu qu’il remplace par un épais brouillard. Dès le lendemain, un nuage poisseux se pose sur le paysage. A deux mètres, on n’y voit goutte ! Les accidents se multiplient, les gens et les bêtes se perdent, il règne bientôt une cacophonie si grande que le Seigneur lui même s’en trouve dérangé.

Le coupable est rapidement désigné. Saint Pierre a pris les devants. Il le mène directement à la Sainte Vierge qui pose sur l’angelot un oeil terrible.

-Très bien, dit-elle. Je t’envoie en bas !

-Sur terre ? demande Loki avec espoir.

-Non pas sur terre ! Plus bas encore… Selon moi, tu as toutes les qualités requises pour devenir un vilain démon.

Il a beau pleurer, il a beau implorer, La Sainte Mère est inflexible. Saint Michel et Saint George l’escortent jusque chez Satan qui les attend en se frottant les mains. Ce n’est pas tous les jours qu’il peut soustraire un ange aux troupes du paradis !

Au début, Loki est ravi de l’accueil. Il a une myriade de compagnons de jeu : diables, diablotins et démons qui rivalisent de malice et de méchanceté pour jouer des tours pendables. Seulement voilà, ils manquent d’imagination et d’ambition. Leurs victimes sont toujours les mêmes : les égoïstes, les avares, les cupides, les menteurs, les voleurs, les assassins… Loki se languit des gens simples, des âmes pures qui elles-mêmes dénuées de malice, ne le voyaient jamais venir. Ici, il y a toujours quelqu’un pour le devancer dans ses bêtises. Si bien qu’il semble bien sage et bien calme en comparaison.

C’est une situation qu’il ne peut tolérer. En fouillant dans ses poches, il trouve quelques cristaux de givres, reliquats de sa dernière plaisanterie à l’encontre des Saints de glace… Il les jette sous les chaudrons incandescents des suppliciés et des damnés de la Géhenne. Le résultat va au-delà de ses espérances car soudain, il gèle en enfer ! Ravi, il voit les démons des cercles inférieurs remonter paniqués : jamais ils n’ont eu aussi froid ! Les diablotins, les ailes ankylosées par le gel, ne peuvent plus voler, les diables pleurent à chaudes larmes et les feux infernaux un à un s’éteignent.

Satan surgit, drapé dans sa colère. Il s’empare de Loki et le remonte à tire d’aile jusqu’au paradis. Là, il demande à parler à Saint Pierre et s’enferme avec lui dans son bureau… seul à seul. Loki essaie de suivre la conversation à travers la porte, mais même en collant son oreille contre l’huis, il ne peut rien entendre. L’entrevue dure une bonne heure pendant laquelle, l’angelot ronge son frein.

Ils sortent enfin et en voyant Satan repartir, Loki comprend qu’il réintègre les rangs des bienheureux. Il risque un timide regard vers Saint Pierre, persuadé de lui voir un visage furieux, mais celui-ci sourit. Dame, il a tout lieu d’être satisfait le portier du paradis… même si la pensée n’a rien de charitable, il a eu le plaisir de voir Satan se mettre à genoux et le supplier de récupérer l’angelot farceur. Cela a suffi à lui rendre sa bonne humeur pour des siècles et des siècles !

Loki et les pécheurs

« Saint Pierre ! Saint Pierre ! Les vignerons sont devenus complètement fous ! Regardez-les rire comme des bossus : on les croirait complètement ivres… » Le portier du paradis soupira. Saint Vincent était le cinquième saint patron à s’inquiéter du comportement de ses fidèles aujourd’hui. Saint Christophe arriva à son tour, catastrophé par la conduite des voyageurs qui paraissaient avoir oublié tout itinéraire. « Loki ! » gronda-t-il soudain, persuadé de tenir la clé du mystère…

Sourcils froncés, l’allure martiale, il traversa les jardins d’Eden avec un air si contrarié que les chérubins s’envolèrent à son approche, pris de panique. Il regardait à gauche et à droite, cherchant une sottise, un mauvais coup tramé par l’angelot qui lui permettrait de remonter jusqu’à lui… en vain. Pour une fois, l’essentiel des catastrophes semblait s’être produit sur terre. Frappé par l’évidence, Saint Pierre s’arrêta : c’était donc ça ! Malgré l’interdiction formelle qui lui avait été faite, Loki était retourné parmi les hommes auxquels il enseignait ses tours pendables.

« J’en ai ras l’auréole ! s’écria-t-il furieux. » Il fit demi-tour et se dirigea vers le palais de la Sainte Vierge. Celle-ci savait faire preuve de sévérité et de fermeté quand il le fallait. Si quelqu’un pouvait remettre l’angelot sur le droit chemin c’était elle. il gravit les marches de son blanc palais, traversa le grand hall et la trouva dans sa salle du trône… en compagnie de loki avec lequel elle disputait une partie d’échecs. Saint Pierre en resta bouche bée.

-Que vous arrive-t-il mon bon ami ? demanda la Sainte Mère. Vous en faîtes une tête !

-C’est que… balbutia-t-il confus… Je pensais… Je croyais…

-Oui ? Quoi ? l’encouragea-t-elle avec un doux sourire.

-Il me semblait que le désordre qui régnait sur terre était dû à ce jeune sacripant ! avoua-t-il en jetant un regard en biais à Loki.

Celui-ci se mit à rire bruyamment. Saint Pierre prit un air courroucé.

-Alors c’est bien toi ? Qu’as-tu fait ? Comment ?

Mais il ne put tirer aucun aveu au diabolique angelot et la Sainte Vierge elle-même se mit à rire.

-Mais enfin, dit-elle, quel étourdi vous faîtes ! C’est le premier avril aujourd’hui. Les hommes se font des farces : nul besoin pour Loki d’y mettre le bout de son nez. Assis ! gronda-t-elle à l’adresse de l’angelot qui tentait de s’éclipser discrètement. Cette partie d’échecs est loin d’être terminée…

Elle congédia Saint Pierre qui retourna aux portes du paradis en maugréant : maudit soit ce jour de folie ! Comme si les tours de Loki ne lui suffisaient pas ! Il fallait que les hommes, eux aussi, s’y mettent ! Tout absorbé par ses ruminations, il ne vit pas les anges et les bienheureux sourire sur son passage : profitant de son trouble, Loki lui avait accroché un poisson dans le dos…

Loki et la Saint Valentin

 

Le paradis tout entier se gausse : Loki, l’angelot, est amoureux ! Cela fait des jours qu’il tourne en rond et qu’il soupire en jetant des regards énamourés à Jeanne d’Arc qui ne sait que faire de ses hommages silencieux. Il la suit partout, ne regarde qu’elle et ne fait rien d’autre… Tous les saints se réjouissent : c’en est fini de ses blagues douteuses et de ses mauvais tours ! Accaparé par ses sentiments, Loki semble en avoir perdu le goût.

Le seul problème, c’est que Jeanne d’Arc commence à en avoir assez… et même, plus qu’assez ! Elle se plaint à Saint Pierre. Les soupirs de l’angelot l’empêchent d’entendre la voix divine parler à son oreille. Si ça continue comme ça, elle va mettre le feu au paradis ! Foi de Jeanne d’Arc ! Un bûcher ne l’a jamais effrayée…

Saint Pierre est ennuyé. Et pour cause : il est à l’origine de toute l’affaire. C’est lui qui a eu l’idée d’occuper l’esprit de Loki pour avoir la paix, lui qui est allé trouver Saint Valentin et qu’il a supplié de frapper l’angelot avec la flèche de l’amour. Il se sent penaud. Dans cette histoire, pas un instant il n’a pensé à la pauvre Jeanne d’Arc qui doit subir l’empressement d’un loki totalement épris.

Il décide, un peu à contre coeur, d’aller voir le Saint pour qu’il annule le sort. Seulement, celui-ci est introuvable. Il n’est ni parmi les amours, ces petits anges charmants qu’il affectionne, ni chez la Sainte Vierge, avec laquelle il aime tant bavarder. Dans les jardins d’Eden, personne ne l’a vu… pas même parmi les massifs de roses qu’il couve de soins jaloux.

Puis soudain, Saint Pierre l’aperçoit. Il est effondré derrière un buisson. Quelqu’un l’a forcé à absorber des tonnes de chocolats… et il git là, l’estomac gonflé en poussant de plaintifs geignements. En s’approchant davantage, le portier du paradis constate que ce n’est pas le seul outrage qu’on a infligé au malheureux Saint Valentin : son auguste derrière est lardé de « flèches d’amour ».

Un ricanement, suivi d’un piétinement, se fait entendre. Nul besoin pour Saint Pierre de se retourner : c’est sûrement ce diable de Loki qui a poussé le vice jusqu’à feindre le sentiment amoureux, avant de se venger, à sa façon, du mauvais tour qu’on a voulu lui jouer !

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