Journal de lecture d’avril 2022

Un mois où j’ai moins de temps. Je travaille beaucoup au jardin et ça me demande une énergie dont je manque un peu. Néanmoins, j’ai quand même quelques lectures à partager…

« Les cités des Anciens, tome 7 : le vol des dragons » de Robin Hobb : La fin est proche et c’est presque avec tristesse que j’ai refermé cet avant dernier volume. Les intrigues se dénouent, les souvenirs des dragons deviennent un peu plus précis à mesure que ceux-ci deviennent plus forts, plus grands. Les gardiens eux aussi sont en plein changement tant physiques que psychologiques. Sans spoiler, un grand moment de bonheur cette lecture. J’aime vraiment beaucoup cette série (je suis rarement déçue avec Robin Hobb).

« Le prince cruel tome 3 : la reine sans royaume » de Holly Black : Pour une trilogie que j’avais commencée sans grande conviction, celle-ci se laisse lire avec plaisir et se termine juste quand il faut, c’est à dire avant de devenir redondante et barbante. J’ai aimé ces personnages parfois cruels, parfois farfelus et cet univers un peu décadent. Une bonne lecture, divertissante et même surprenante par certains côtés. J’ai vraiment bien aimé !

« Les dossiers Cthulhu, tome 1 : Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell » de James Lovegrove : Le titre à lui seul annonce un sacré programme. J’étais un peu sceptique quant à ce curieux mélange, mais finalement, il fonctionne plutôt bien. Cependant, pour moi il lui manque le charme d’une véritable enquête du célèbre détective, tout comme l’indicible terreur des oeuvres de Lovecraft, mais la lecture est agréable et plutôt rapide. J’ai tout de même passé un bon moment.

« Caraval » de Stephanie Garber : J’ai un avis mitigé sur ce livre. Si les trois quarts du roman m’ont transportée, intriguée, divertie, la dernière partie m’a grandement déçue. Je l’ai trouvée brouillonne, comme si on s’était hâté de boucler l’intrigue vaille que vaille et du coup, je suis restée sur ma faim. J’attends d’avoir lu le second tome pour me faire vraiment une opinion sur l’ensemble. C’est néanmoins un bon livre, bien agréable à lire !

« Les impatientes » de Djaïli Amadou Amal : Un beau roman qui, en donnant la parole à ses trois héroïnes soumises au poids de la tradition et du patriarcat, ne peut que susciter l’émotion. Il va me hanter longtemps le destin de ses trois femmes auxquelles on ne cesse de répéter qu’elles doivent faire preuve de patience, ce mot signifiant « obéissance et soumission ». La belle et jeune Ramla arrachée à son amoureux auquel elle était pourtant promise, Hindou, mariée à son cousin alcoolique, drogué et violent et enfin Safira, qui vit mal la polygamie toute neuve de son époux et se débat pour ne pas avoir à le partager : leurs voix, leurs angoisses restent dans ma tête, me rappelant comme ce monde reste dur et injuste pour les femmes et à certains endroits plus qu’à d’autres. Un livre que je ferai sûrement lire à ma fille lorsqu’elle sera plus grande.

« Le Mec de la tombe d’à côté » de Katarina Mazetti : Il y avait une éternité que ce livre était dans ma PAL et je me demande pourquoi je ne l’ai pas lu plus tôt. Tout m’a plu dans ce roman : l’humour presque féroce, la tendresse de l’auteur pour ses personnages, les personnages principaux comme les personnages secondaires, la plume magistrale qui vous donne cette impression que tout est facile, alors que l’intrigue ne se laisse justement pas aller à la facilité. Je l’ai lu d’une traite, incapable de le lâcher avant de l’avoir terminé.

« L’élégance du hérisson » de Muriel Barbery : Un beau roman, émouvant, drôle aussi parfois, mais qui souffre peut-être de longueurs au démarrage. J’ai aimé la tendresse des personnages, leur manière de se dévoiler par petites touches et même ces réflexions philosophiques dont le récit est émaillé, moi qui ne suis pourtant pas férue de la chose. La fin m’a cueillie et un peu refroidie, mais elle sauve probablement l’histoire d’une mièvrerie à laquelle un happy end l’aurait immanquablement conduite.

« Les cavaliers de l’Apocalypse tome 1 : Guerre » de Larissa Ione : Romance paranormale, érotisme, urban fantasy… que d’étiquettes pour un seul livre ! Comme je n’ai jamais lu cet auteur et que je découvre son univers à travers ce titre, j’ai été un peu submergée par tous les personnages. Je mentirai en disant que j’adhère totalement (je ne suis vraiment pas fan de la vulgarité, surtout quand elle n’est pas indispensable), mais il y a quand même un univers solide et une multitude de protagonistes intéressants, assez en tout cas, pour m’avoir permis de ne pas lâcher ma lecture dès les premières pages. Attention, si vous n’êtes pas amateur du genre, les scènes de sexe sont assez présentes….

« Le protectorat de l’ombrelle tome 5 : Sans âge » de Gail Carriger : Ce dernier tome n’était franchement pas indispensable. L’humour de l’auteur que j’avais tant apprécié jusque là, sombre dans le grand guignolesque et c’est dommage. Dommage aussi toutes ces facilités narratives qu’elle emprunte et auxquelles elle ne nous avait pas habitués. Un roman bâclé au regard des précédents tomes qui étaient plutôt bien ficelés. Une déception pour moi : heureusement, l’histoire s’arrête là.

« Caraval tome 2 : legendary » de Stéphanie Garber : Le premier tome ne m’avait pas complètement séduite, mais j’ai trouvé celui-ci beaucoup plus addictif. J’ai été incapable de le lâcher avant la fin… fin qui me laisse sur ma faim ! Heureusement, le tome 3 sort bientôt, très bientôt et j’ai hâte de le découvrir, tant il reste de questions en suspens. Un bon moment de lecture, malgré une galerie de personnages masculins qui m’a parfois fait grincer des dents (ils sont tous très beaux, avec une tendance à se balader torse nu pour que l’héroïne se rince l’œil et des comportements dont l’ambigüité n’est pas toujours justifiable).

« A la pointe de l’épée «  d’Ellen Kushner : Le problème, quand on lit des commentaires enthousiastes sur un livre, c’est qu’on risque d’être déçue. L’intrigue (pour le roman, comme pour les courtes nouvelles qui n’en méritent pas vraiment le nom d’ailleurs) ne m’a pas captivée. Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages que j’ai trouvé insipides. La seule chose qui sauve l’ensemble, c’est le style de l’auteur qui est fluide et se lit facilement (autant finir sur quelque chose de positif). Ce n’est pas une lecture que je recommande aux amateurs de fantasy dans la mesure où celle-ci ne sert que de vague décor. J’ai dû me forcer un peu pour finir ma lecture et je n’aime pas ça.

« Les cavaliers de l’Apocalypse tome 2 : Famine » de Larissa Ione : L’auteur nous plonge une fois de plus dans une histoire érotico-romantique où son univers foisonnant vous happe et vous perd parfois un peu. La romance est un peu facile, l’action pas toujours bien maîtrisée (même si ce n’est pas le cœur du récit, je trouve ça dommage) et le trop grand nombre de personnages rend parfois la lecture laborieuse (« mais c’est qui lui/elle/ ce truc ? « )Malgré tout, ce roman répond aux attentes du genre.

« La loi du sanctuaire » d’Elodie Bouchet : Voilà un roman dont j’avais beaucoup entendu parler sur différents blogs et qu’il me tardait de découvrir. L’univers m’a beaucoup plu car je suis fan de fantasy, j’ai trouvé les personnages attachants, la plume agréable à lire et cependant, il y a un je ne sais quoi qui m’a empêchée d’être totalement emballée. Peut-être est-ce l’intrigue elle-même ? Peut-être la manière dont les héros s’entichent l’un de l’autre de manière presque mécanique ? Enfin, ne boudons pas notre plaisir : c’est une lecture sympathique.

« Demain ce sera vide » de Hugo Lindenberg : Difficile de parler de ce livre qui, si on le résumait, pourrait sembler inintéressant, alors que le talent de l’auteur rend justement tous les petits faits et gestes de la vie de ce petit garçon émouvants, troublants, car on devine une histoire de famille compliquée et tragique. J’ai moins adhéré à la fin du roman que j’ai trouvée floue et avec un goût d’inachevé qui m’a laissée sur ma faim. C’est néanmoins une belle lecture et un beau voyage dans le monde de l’enfance avec ce qu’elle a de naïf, mais aussi de cruel.

« Caraval tome 3 : Finale » de Stephanie Garber : J’attendais ce dernier tome en VF un peu fébrilement et je l’ai littéralement dévoré. Cependant, la place donnée dans le récit à la romance des deux sœurs et à leurs atermoiements sans fin, m’a un peu gâché le plaisir. La traduction n’est pas d’une très grande qualité et j’ai plus d’une fois grincé des dents, surtout en ce qui concerne la concordance des temps. L’univers particulier de l’auteur sauve le tout, mais il est certain que j’aurais hésité à lire un quatrième tome s’il y en avait eu un.

Une petite pause

Je vais faire une pause de quelques jours sur mon blog. L’envie n’est pas là, le moral non plus et je me sens débordée entre mon boulot de maman, mon jardin aux multiples travaux (sans compter les tâches quotidiennes à assumer). Je ne peux pas être sur tous les fronts. Je suis bien trop lasse pour ça. Je reviendrai quand j’aurai un peu plus de temps à consacrer à mon blog, plutôt que de persister et de produire du contenu médiocre. Je vous souhaite une belle et douce journée à tous et je vous dis à bientôt !

Chroniques de mon petit bureau 3

Madeleine

La porte s’entrouvre, comme poussée par le vent. Discrète et silencieuse, Madeleine entre dans mon bureau. Petite, menue, elle a tout de la  souris, jusqu’à sa manière de trottiner sur le bord des routes. En dépit de son grand âge, c’est une infatigable marcheuse. Je suis toujours stupéfaite de la croiser à des kilomètres de chez elle, quand d’autres, plus jeunes et plus alertes, prennent leur voiture pour ne parcourir que quelques mètres…
Elle prend soin de se présenter à chaque fois qu’elle pénètre ici : « Bonjour, je suis Madeleine… » Elle semble craindre que je ne l’ai oubliée d’un jour sur l’autre. Puis elle me demande des nouvelles de ma famille, de nos chiens. J’aime son sourire si doux qui plisse tout son visage. Les rides l’ont gravé sur ses traits, à croire qu’elle a souri toute sa vie.
Pourtant, je me suis laissée dire que son existence n’avait pas été facile. Elle fait partie de ceux qui ont travaillé dès l’enfance, qui ont connu l’inconfort d’un quotidien sans eau ni électricité, qui n’avaient pas peur de briser la glace en hiver pour faire leur toilette et qui devaient courir au fond du jardin pour se soulager…
Sa vie besogneuse l’a marquée, abîmée. Elle a connu la guerre, les périodes de restrictions, toutes ces choses dont ma génération espère être à l’abri. Elle aurait pu en sortir amoindrie, mais rien ne semble pouvoir mettre à bas sa vaillance. Le temps n’a eu de prise ni sur sa formidable énergie, ni sur sa bonne humeur.
A l’approche des beaux jours, elle redevient coquette, se pare de petits chapeaux ornés de rubans et de jolies robes à fleurs. De loin, on dirait une jeune fille. De près, c’est son regard clair et malicieux qui la rajeunit encore. Elle me tend une liasse de papiers et des enveloppes. Ce sont ses factures du mois. Elle n’aime pas les tracasseries, Madeleine. Autrefois, on payait les gens de la main à la main. Aujourd’hui on lui demande des TIP, des RIB et compagnie… Elle n’y comprend rien et avec ce fichu euro qui complique tout, elle a peur de s’embrouiller.
Me voici donc promue secrétaire particulière. Je vérifie les comptes, je les traduis en francs. Puis je remplis pour elle les formulaires, j’écris les adresses… Ensuite, je dois me fâcher pour l’empêcher de me payer pour ce service que je trouve naturel de lui rendre. Elle marmonne en rangeant son argent dans son porte-monnaie « que toute peine mérite salaire »… et gare à moi si je lui fais remarquer que je suis payée pour être là !
Un peu têtue Madeleine… Elle revient deux jours plus tard avec du chocolat puisque je n’ai pas voulu de sa monnaie. Quand j’essaie de lui rendre ou de partager avec elle, elle s’écrie : « Mais vous voulez donc me faire mourir, malheureuse ? Le chocolat m’est interdit… Mon diabète, vous comprenez ! »
Quand je ne la vois pas pendant plusieurs jours d’affilée, je m’inquiète. Je ralentis devant sa fenêtre. Les volets sont ouverts, l’aide ménagère s’affaire : tout va bien. Je repars soulagée. Je ne sais pas grand chose sur elle, nos relations sont limitées à nos rencontres dans la rue et dans mon bureau, à nos conversations sur la météo… et pourtant, j’ai de l’affection pour elle !

Chroniques de mon petit bureau 2

Le soûlot

Dès que j’aperçois sa tête derrière la vitre, mon sang se fige… et pas seulement mon sang : tout mon être ! Je prends une grande bouffée d’air frais avant qu’il n’entre. L’odeur me saisit aussitôt que la porte s’ouvre, ça sent la vinasse, l’alcool frelaté. C’est infâme. Il a une hésitation en entrant, il titube. Il est à peine dix heures et il est déjà ivre. Il émet un bruit que je préfère ne pas identifier et arbore ce qui doit être son plus beau sourire (un rictus effrayant).
Je me remémore les consignes données par la direction à propos de l’accueil des clients et je souris aussi. Un sourire coincé, tandis que de nauséabondes effluves me parviennent. Je m’efforce de le regarder en face, bien que cela me déplaise fortement. A la manière qu’il a de s’accouder à mon comptoir, on jurerait qu’il se croit encore au café dont il vient tout juste de sortir !
-Bonjour ! me fait-il d’une voix qui se veut charmeuse, mais qui traîne un peu trop sur les mots pour y parvenir. Comment ça va ?
-Ca va, ça va… Vous désirez ?
A peine ai-je formulé la question que je vois une lueur malsaine clignoter dans son oeil. S’il ose me répondre « vous ! », je lui balance l’agrafeuse au milieu du visage ! Il semble se tâter… à moins qu’il n’ait pas les idées claires, tout simplement. Enfin, il a un éclair de génie… ou de lucidité et il me dit :
-Des sous !
Après quoi, il sort la carte de son livret et me la tend. Elle est assez crasseuse. Je la prends du bout des doigts, sans lui laisser le temps de m’effleurer la main. Je commence à composer son numéro de compte sur le clavier et le voilà qui me déballe son boniment habituel :
-Vous êtes bien charmante…
-Pas toi ! lui répond ma voix intérieure.
-Vous avez de jolis yeux…
-Ah oui ? Et comment tu le sais ? D’ici, je jurerais que c’est ma poitrine que tu regardes depuis tout à l’heure !
-On est bien ici, vous ne trouvez pas ?
-Ce sera encore mieux quand tu seras parti !
-Voici votre argent monsieur…
J’insiste bien sur le « monsieur », histoire de mettre de la distance entre nous. Puis je lui donne ses billets rapidement pour qu’il puisse partir au plus vite… mais il n’a pas l’air de vouloir lever le camp.
Je suis bien forcée de respirer de temps en temps et à chaque inspiration, mon estomac se soulève. C’est atroce ! Qu’est-ce qu’il attend pour s’en aller ?
-Je resterais bien là toute la journée, me dit-il. En si bonne compagnie…
-Ah non alors ! proteste ma voix intérieure. Vas voir ailleurs si j’y suis !
D’ailleurs, ma voix intérieure et moi, sommes en si parfait accord qu’une réponse fuse, plutôt sèche :
-Au revoir, monsieur ! J’ai du travail.
Envolé le sourire (tant pis pour les consignes), je sens la moutarde qui me monte au nez. S’il insiste encore, je le fiche à la porte, même s’il me faut lui casser une chaise sur la tête pour y arriver… Il a dû lire mes intentions sur mon visage car le voilà qui sort, tant bien que mal, en se cognant contre le mur.
J’attends quelques instants après son départ, puis n’y tenant plus, je vais ouvrir la porte en grand pour aérer et chasser l’odeur insupportable qu’il a laissée dans mon bureau. Et là… je m’aperçois qu’il est toujours là, assis sur sa mobylette, sur la place de l’église. Il me fait un signe de la main que j’ignore en lui tournant carrément le dos.
Les heures passent, c’est la fermeture. Il m’épie de loin, suivant chacun de mes gestes… pas de si loin finalement car je l’entends soudain dans mon dos qui me propose :
-Je vous raccompagne chez vous ?
-Et puis quoi encore ? gronde ma voix intérieure. Même si tu étais beau comme un dieu, avec la cuite que tu tiens, je ne risquerais pas ma vie de cette manière… mais là, même sobre, ce serait non !
-Non merci, lui dis-je laconique.
-Vous êtes sûre ? fait-il tout surpris de mon refus.
-Tout à fait sûre !
Je m’éloigne à toutes jambes, mais je l’entends qui démarre et qui me suit. Alors je marque une pause et pour éviter de laisser exploser ma colère, j’entre dans la boulangerie. Du coup, il passe tout droit. J’attends qu’il disparaisse pour retourner dans la rue sous le regard éberlué de la boulangère et de ses clients… Dire que c’est le même cirque chaque mois ! Heureusement que les gendarmes ont eu la grande bonté de lui retirer son permis de conduire ! Sans quoi je le verrais tous les jours !

Chroniques de mon petit bureau 1

Quand je tenais le bureau de poste de mon petit village, je voyais passer de drôles de spécimens dont j’ai gardé une trace à travers de petits textes :

Le timide

Les premiers jours, je l’ai à peine remarqué. Il passait très vite, me jeter son courrier sans dire un mot. Pour moi, c’était juste un de ces clients très pressés qui venaient en coup de vent me déposer leurs lettres. Puis j’ai remarqué son manège. Il restait planté près d’un quart d’heure sur la place de l’église, avant de venir pousser ma porte… et après son passage, il demeurait un quart d’heure de plus à regarder vers mon bureau d’un air de regret.
Les jours suivants, j’ai commencé à l’observer. J’ai noté qu’il ne se glissait dans mon bureau que lorsqu’un client s’y trouvait déjà, comme s’il craignait d’attirer mon attention en ouvrant la porte le premier. Il entrait en murmurant un « bonjour » étouffé, à peine audible si on ne tendait pas l’oreille. Et il tournait la tête sur le côté pour éviter de croiser le regard de qui que ce soit.
Quand venait son tour, toujours sans me regarder, il poussait ses lettres vers moi du bout des doigts. Je m’aperçus avec stupéfaction qu’il rougissait. Ce n’était pourtant pas un gamin ! Il devait être proche de la quarantaine. Pas vilain garçon en plus : il avait de beaux yeux bleus (même s’il m’avait fallu de la patience pour les entrevoir), une abondante chevelure brune et bouclée qui adoucissait la ligne un peu dure de sa mâchoire. J’étais fascinée par ses mains, larges, fortes, de vraies mains de besogneux et sans doute la partie de sa personne qu’il cherchait le moins à cacher.
Je ne sais pas par quel miracle, mais je parvins un matin à saisir son regard et comme je lui souriais, il ne put faire autrement que de me sourire en retour : un pauvre sourire tremblé, un peu fuyant, mais enfin, c’était un début. Dès lors, il ne s’en départit plus et revint chaque jour le sourire aux lèvres. Il commençait même à me regarder en face… sans me fixer bien sûr. Ses yeux passaient rapidement sur moi, m’effleuraient puis retournaient bien vite se cacher derrière le voile de ses paupières.
Peu à peu, je l’apprivoisais. Ses bonjours se firent plus francs. Il risquait quelques mots sur la météo, sur la circulation… et je sentais bien qu’il faisait un effort. Même dans sa tenue vestimentaire ! Bon, ce n’était pas très réussi ce mélange entre la veste en velours côtelé étriquée et le polo bleu informe qui cherchait à s’enfuir à travers les boutonnières… Quant à sa façon de dompter ses cheveux en les séparant en une raie bien droite qui zébrait son crâne comme une balafre : on aurait dit que c’était sa maman qui le coiffait !
Tout bien réfléchi, c’était peut-être le cas. Je l’imaginais sans peine, essayant de rendre son fiston présentable pour mieux le caser, lui donnant un coup de peigne, tout en le noyant sous des flots de conseils pour augmenter son pouvoir de séduction. Enfin surtout, j’entendais la mienne de mère, me disant en secouant la tête que je resterais vieille fille et qu’elle n’aurait jamais de petits-enfants… Là, j’ai eu comme un grand élan de solidarité ! Depuis, je l’accueille toujours chaleureusement. Peut-être croit-il qu’il a une touche ? Ben peu importe… Après tout, il n’est pas désagréable à regarder !

Le con (œuvre de jeunesse : pardon les gens !)

Le con

Description : L’animal est commun. On le trouve absolument partout. Pour autant, il n’est pas toujours facile à déceler, car rien n’est plus différent d’un con qu’un autre con… Il y en a des grands, pour lesquels curieusement, on a une certaine indulgence. Les gros cons suscitent notre haine tandis que nous supportons difficilement les petits cons qui ont pourtant l’excuse de manquer d’expérience. Le sale con a l’âme crasseuse, le pauvre con souffre d’un manque de sentimentalité… Il n’y a pas d’âge pour être con, ni de sexe, ni de nationalité, ni même de religion. La connerie n’a pas de frontière et elle ratisse large ! A noter que contrairement aux apparences, la conne n’est pas la femelle du con, mais une espèce à part entière, comme peut l’être le connard (qui est lui, un lointain cousin du con… enfin, pas si lointain). Pour finir, sachez que les cons sont fidèles à leur espèce (ne dit-on pas que quand on est con, c’est pour la vie ?)

Mode de vie : Le con aime la vie en troupeau, mais il n’est pas rare de trouver des cons solitaires.

Alimentation : Le con mange de tout, on peut même lui faire avaler des couleuvres.

Reproduction : Massive et à grande échelle

Habitat : divers et varié…

longévité : il n’est pas rare de trouver des cons centenaires, mais le comportement du con nuit souvent gravement à sa santé….

 

Le clan des dragons 9

Nous arrivâmes au palais en fin d’après midi. Notre apparition provoqua un très grand émoi, tant parmi les domestiques que parmi les membres de la cour. Mon père et mon futur époux furent les premiers à se précipiter à la porte. Dussé-je vivre encore 100 ans que je n’oublierais jamais cette scène. Un père et un mari aimant se serait réjoui du retour de ses filles et de son épouse, mais lui ne voyait qu’une chose : mon absence (il ne pouvait pas me reconnaître sous ma forme de dragon) et l’argent que cela allait lui faire perdre. Fait extraordinaire, la présence d’un dragon semblait tout à fait secondaire à ses yeux. Cela ne dura pas très longtemps, bien entendu. Je me mis à gronder pour attirer son attention, la main de ma mère posée sur mon cou…
-Madame, que signifie ceci ? demanda-t-il avec une courtoisie trompeuse. Que faîtes-vous en compagnie de cet animal et qu’avez-vous fait de la promise de notre hôte ?
Mon prétendant hocha la tête comme si mon sort le préoccupait vraiment, mais je vis bien à son sourire narquois que la situation l’amusait et qu’il escomptait en tirer un joli bénéfice.
-Silence ! criai-je si fort que ma mère sursauta et que mon père
demeura bouche bée face à nous.

-Ce misérable avorton est un traître, affirmai-je en plantant mon regard dans celui de mon fiancé. Il a fait attaquer le temple par une troupe de mercenaires car il voulais vous soutirer de l’argent sans avoir à honorer sa part du marché.
-Mensonge ! protesta l’intéressé.
-Silence vous dis-je ! répétai-je en m’avançant vers lui. Vous vous expliquerez quand je vous y autoriserai. Vous là, fis-je à l’adresse de mes prisonniers, venez par ici. Est-ce lui l’homme qui vous a employés ?
-Oui, c’est lui noble dragon, me répondit l’un d’eux.
-Quelle était votre mission ?
-Enlever les femmes, les vendre au loin et tuer tous les témoins qui se trouvaient dans le temple ou sur notre route, déclara-t-il.
Mon père tourna un regard courroucé vers celui qui avait failli devenir son gendre.
-Disparaissez ! lui dit-il. Hors de ma vue !
– Il suffit ! grondai-je. Je n’en ai pas fini avec vous deux !

Je fixai un oeil terrible sur mon ex fiancé et sous le regard médusé de tous les gens du palais, je repris ma forme humaine.

-Vous avez osé me traiter comme une marchandise, un morceau de viande que des chiens se disputeraient. C’est terminé ! Plus jamais vous ne me traiterez de la sorte… Mais ce n’est pas fini ! Plus jamais vous ne traiterez aucune femme de cette manière…

-Comment oses-tu t’adresser à ton père de cette façon ? balbutia mon géniteur sidéré.

-Comment osez-vous vous prendre pour son père, vous qui n’avez jamais rien fait pour elle, lui rétorqua ma mère.

Elle me prit par la taille, les yeux brillants de fierté.

-Tout va changer, dit-elle. Je suis autant reine que mon époux est roi. Et je vous le déclare à présent : aucune femme en ce royaume ne sera plus inférieure à un homme. Désormais, nous aurons les mêmes droits.

-Cessez vos inepties ! cria mon père.

Mais je me transformai de nouveau en dragon en poussant force grondements et il se tut aussitôt.

-Je ferai appliquer la volonté de la reine, ma mère, annonçai-je. Si vous vous mettez en travers de ma route, je n’hésiterai pas à sévir. Quant à vous, ajoutai-je pour mon prétendant, vous allez quitter les lieux et ne jamais y revenir… mais avant ça, vous vous rendrez dans le petit village où vos hommes ont causé tant de dégâts et vous réparerez tous les torts subis par les villageois. Souvenez vous tous qu’à dater d’aujourd’hui, les hommes ne seront plus les seuls à diriger.

Les années ont passé. Les changements ont été difficiles, mais mon peuple accepte à présent de voir des femmes diriger des commerces ou même devenir soldats. Elles ne sont plus cantonnées à leurs foyers et lors des conseils, leurs voix comptent autant que celles de leurs homologues masculins. Les royaumes voisins nous envient, car nous connaissons une prospérité sans précédent.  Pour le reste du monde, nous sommes devenus maintenant, le clan des dragons…

Le clan des dragons 8

Dire que les villageois m’accueillirent avec joie relèverait de l’euphémisme. Plus que jamais, ils me considéraient comme un dieu vengeur. Je renonçai à les détromper, peu désireuse de perdre encore
davantage de temps en explications inutiles. Je repris la route seule, avec mes prisonniers que j’avais eu le plus grand mal à sauver de la vindicte villageoise (mais comment les blâmer ? Les mercenaires leur avaient fait tant de mal !), ainsi bien sûr, que mes sœurs et ma mère. Je ruminais toutes sortes de noires pensées, aussi ne fus-je pas peu surprise, lorsque ma mère vint m’aborder :
-Je tenais à vous remercier, dit-elle avec une humilité qui lui ressemblait bien peu. Non seulement vous nous avez sauvées, mes filles et moi, mais vous avez également fait preuve dune grande bonté envers ces pauvres gens… J’ai honte de m’être montrée si agressive avec vous.
-Ne vous en faîtes pas, c’est déjà oublié ! lui dis-je avec toute la
douceur dont j’étais capable.
-J’ai quelques circonstances atténuantes, plaida-t-elle avec un pauvre sourire.
-Oui, j’imagine… Ce n’est pas drôle de se faire enlever… commençai-je.
-Je ne parlais pas de ça, me coupa-t-elle. Il y a bien pire. On m’a meurtrie dans mon cœur de mère, car voyez-vous, une de mes enfants a disparu. Je ne sais pas ce qu’il est advenu d’elle. L’ont-ils tuée ? L’ont-ils emmenée ? Ou peut-être a-t-elle réussi à se sauver… C’est une forte tête, vous savez ! Dragon, si j’osais, je vous demanderais une faveur… Après nous avoir déposées mes filles et moi en sécurité
au palais, accepteriez-vous de m’accompagner au temple pour voir s’il n’y a pas de traces de mon enfant perdue ?
J’en restai sans voix. Elle était réellement bouleversée, ses yeux brillaient de larmes contenues.
-Elle attend ta réponse, me fit remarquer le dragon.
Je me repris.
-Tout à l’heure… à la nuit tombée, je vous montrerai quelque chose,
lui dis-je. Alors, tout deviendra limpide…

Ma mère ne s’était pas défilée. Lorsque les premières étoiles apparurent dans le ciel, elle vint à moi. Son inquiétude pour mon sort m’avait émue malgré moi, mais je n’en oubliais pas pour autant qu’elle avait été d’accord avec mon père pour me marier contre mon gré. Aussi sans la prévenir, je repris ma forme humaine sous ses yeux. Elle hoqueta, puis chancela comme si elle avait reçu un coup. La rancœur en moi ressurgit.

-Voyez ce que vous avez fait de moi mère en voulant me contraindre à ce destin dont je ne voulais pas ! Voyez ce que j’ai dû faire pour survivre…

-Quel prodige est-ce là ma fille ? balbutia-t-elle.

-J’ai fui dans la montagne et j’y ai rencontré l’esprit d’un dragon. Lui m’a protégé, contrairement à vous !

-Ne me juge pas trop hâtivement, me dit-elle en se reprenant. Crois-tu que j’ai fait cela de gaieté de coeur ? Non… J’ai soigneusement pesé le pour et le contre. Autrefois, comme toi je me suis révoltée. Je ne voulais pas épouser ton père, cet homme si dur et insensible. Mais je n’ai croisé nul dragon sur ma route et quand je me suis enfuie, on m’a rattrapée…

Sous mes yeux ébahis, elle entreprit d’ôter son manteau et sa tunique de voyage. Puis elle se tourna et me montra son dos. De vilaines zébrures brunes le parcouraient.

-Voilà le châtiment que mon propre père m’a infligé pour avoir voulu échapper à la tradition. J’ai cru mourir. En vérité, sans les soins de ta grand-mère, c’est ce qui serait arrivé. Mais j’ai survécu et mon fiancé a accepté de m’épouser malgré ces marques. Bien sûr, il a obtenu des compensations financières en échange. Tu le connais : il ne fait rien gratuitement.

-Si vous avez vécu tout cela, vous devez me comprendre ! m’écriai-je. Pourquoi avoir voulu me faire subir le même sort ?

-Tu n’as donc rien écouté de ce que je te disais ? fit-elle excédée.  Tu as hérité de mon maudit caractère ma fille. Lorsque tu as commencé à te rebeller, j’ai tremblé pour toi. Si je t’ai obligée à obéir, c’était pour t’éviter les sévices dont j’ai été victime. Ton père est bien plus cruel que ne l’était le mien, ajouta-t-elle en tremblant soudain.

-Tout cela va changer, lui affirmai-je. Ni vous, ni mes soeurs, ni aucune femme de notre peuple n’aura plus jamais à craindre un homme, qu’il soit son père ou son époux… Je vais leur apprendre à nous respecter.

Ma mère ne répondit rien, mais elle me serra dans ses bras à m’étouffer. Je sentis quelques larmes couler dans mon cou, même si ses yeux me parurent secs quand elle se redressa.

-Je suis fière de toi, mon enfant ! Dis-nous ce que nous devons faire et nous te suivrons !

Le clan des dragons 7

A mesure que nous nous rapprochions de chez elles, les prisonnières devenaient plus amicales… du moins, celles d’entre elles qui venaient du petit village. Ma mère, elle, demeurait froide. Aussi puéril que cela puisse sembler pour une personne de son âge et de son rang, elle boudait. Mes sœurs, comme les villageoises, commençaient à montrer de la reconnaissance à mon égard. La plus jeune, Tacha, vint même risquer une petite caresse sur mon flanc tandis que ma mère regardait ailleurs… et soudain, j’éprouvai de la honte. J’avais perdu beaucoup de temps et d’énergie à me révolter, mais jamais, je n’avais pris une
minute pour m’occuper de mes sœurs. J’avais déduit qu’elles étaient obéissantes par manque de caractère, or, leur attitude digne et sereine malgré la situation, montrait au contraire une certaine force
d’âme.
-Eh bien, fit tout à coup le dragon, il était temps que tu ouvres un
peu les yeux… Peut-être même que tu pourrais aussi regarder ta mère
autrement !
-… ça jamais ! rétorquai-je les dents serrées. Pas après ce qu’elle m’a fait.
-Ah ? Elle est à ce point monstrueuse ? me railla le dragon. Et que
t’a-t-elle donc fait ? demanda-t-il en fouillant dans mes souvenirs.
Aussitôt, je revis la rencontre avec mon futur époux, celui que mes
parents avaient choisi pour moi. Mon dégoût, ma colère et un profond
sentiment d’injustice remontèrent à la surface.
-Je vois… reprit le dragon. Mais peut-être que comme toi, on ne lui
a pas laissé le choix. Tu devrais en discuter avec elle, tu ne crois
pas ?
– A quoi bon ? m’écriai-je pleine de hargne.
-Cela ne changera peut-être rien pour toi, je te le concède… mais
tes sœurs en tireraient probablement quelques avantages, tu ne penses
pas ?
Je fulminais. Je me sentais bête et égoïste, mais en même temps, je
n’avais aucune envie de céder.
-Telle mère, telle fille ! se moqua le dragon. Voilà que tu boudes toi aussi !

Je décidai de passer mes nerfs sur mes prisonniers. Après tout, il était plus que temps de les faire parler. Je m’en pris au plus jeune. J’avais remarqué qu’il se mettait à trembler et à pâlir à chaque fois
que je regardais dans sa direction. S’il y avait un maillon faible, c’était lui ! Malheureusement, il ne savait pas grand chose. Il s’était engagé par appât du gain et n’avait rien d’un chef. Pauvre de moi ! Il avait fallu que j’interroge le plus simplet de la bande ! La seule information un peu intéressante que je pus en tirer
fut que parmi les mercenaires épargnés, il y avait un capitaine. Certes, ce n’était pas un haut gradé, mais il avait peut-être plus de renseignements. Contrairement à son camarade, s’il avait peur de moi, il le cachait bien. C’était un vieux briscard et je me dis que la partie serait difficile.
Je ne me trompais pas… Il joua d’abord les demeurés. Non, il ne savait rien, n’avait rien vu ni entendu. Pour qui travaillait-il ? Aucune idée… Seuls les chefs étaient dans la confidence ! Mais il avait entrevu un drôle d’individu… Non, il n’espionnait pas ! Cependant, il n’y avait pas de mal à se tenir un peu au courant,
n’est-ce pas ? C’est donc presque par hasard qu’il avait écouté aux portes. Il en tirait une conclusion : l’individu en question était un noble. Sa façon de s’exprimer et ses habits ne laissaient aucun doute là-dessus. Ce qu’il voulait ? Eh bien… qu’on capture toutes les filles du roi Déon (autrement dit mon père) et qu’on les vende.
Mon mercenaire ignorait réellement qui était ce commanditaire, mais lorsqu’il me le décrivit, je sus aussitôt de qui il s’agissait : de mon fiancé ! Sans doute avait-il pensé pouvoir plumer mon père tout en
se débarrassant de moi. Il allait le regretter !

Le clan des dragons 6

Ils n’eurent pas le temps de réagir, encore moins celui de se défendre… Les flots de flammes déferlèrent sur eux. Ceux qui échappèrent au feu furent impitoyablement piétinés. Le dragon en moi, s’effara de ma sauvagerie. Je voulais que pas un n’en réchappe, mais mon hôte au contraire, m’obligea à épargner un petit groupe.

-Il faut les faire parler, me dit-il. Et ils  pourront nous être utiles pour ramener les prisonnières chez elles, tu ne crois pas ?

-Bien, je m’incline, lui dis-je. Mais si l’un de ces imbéciles tente un geste désespéré, je le tue sans hésiter.

-Tu deviens bien prompte à ôter la vie, répliqua sèchement le dragon. Je comprends ta colère, mais essaie de te souvenir que ces créatures sont tes frères…

Il n’avait pas tout à fait tort. Je m’étais laissée emporter. Néanmoins, de là à considérer ces ordures comme mes semblables, il y avait une marge ! Je m’adressai aux survivants pour qu’ils sachent bien à quoi s’en tenir.

« Vous avez vu de quoi je suis capable… Ne tentez aucun geste malheureux, répondez à mes questions, obéissez à mes ordres et vous aurez une chance de vous en sortir. Dans le cas contraire, préparez vous au pire. C’est compris ? »

Ils acquiescèrent, surpris de se voir épargnés… J’étais prête à parier qu’à ma place, aucun d’eux n’aurait gracié ses victimes…

Les prisonnières ne furent pas plus faciles à manier. Elles se mirent à crier, à pleurer et à gémir en me voyant approcher, convaincues que je voulais les dévorer.  Je m’adressai donc à la plus sensée d’entre elles : ma mère.

-Dîtes à ces stupides femelles que je ne toucherai pas un cheveu de leur tête,  lui déclarai-je. Et assurez vous qu’elles suivront mes instructions. En contrepartie, je vous garantis de vous ramener toutes saines et sauves jusque chez vous !

-Qui me dit que vous tiendrez parole ? objecta ma mère avec son sang froid coutumier. Et quel intérêt avez-vous à nous porter secours ?

-Soyez certaine que je poursuis des buts personnels… Nous en parlerons plus tard si vous le voulez bien, lui dis-je.

-J’y compte bien, fit ma mère sans se démonter face à l’immense dragon qui la toisait. Mesdemoiselles, ajouta-t-elle à l’adresse de ses compagnes, si vous vous calmiez un peu ? Cette  créature est notre sauveur : voyez comme elle a châtié nos geôliers ! Croyez-vous qu’elle aurait fait tant d’efforts juste pour venir nous dévorer ensuite ?

Les femmes se calmèrent et j’admirai sincèrement le courage dont ma mère faisait preuve ainsi que l’emprise qu’elle avait sur les autres malgré les circonstances.

-Alors, dragon, me demanda-t-elle, quels sont vos plans pour la suite des événements ?

-Nous allons d’abord ramener ces dames dans leur village, puis je vous reconduirai ensuite chez vous, lui répondis-je.

-Hors de question ! répliqua ma mère. Je ne suis pas une vulgaire paysanne. J’exige que vous me reconduisiez avec mes filles au palais et je m’occuperai de faire raccompagner ces malheureuses chez elles.

-Vous n’êtes pas encore dans votre beau palais où vous donnez les ordres… Ici, c’est moi qui décide ! Votre vie n’a pas plus de valeur que les leurs. Nous irons où je le dirai… Compris ?

Elle serra les poings avec rage, mais hocha la tête en signe d’assentiment. J’aurais dû sentir de la satisfaction, vu qu’elle m’avait brimée de nombreuses fois par le passé, mais seule l’amertume emplissait mon cœur.

-C’est peut-être parce qu’elle ignore que c’est toi ? fit la voix moqueuse du dragon dans ma tête. Tu parles d’une vengeance…

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