Journal de lecture de juillet 2022

« La romance de ténébreuse : la belle fauconnière » de Marion Zimmer Bradley : Romilly est destinée à devenir une épouse, une dame servant son seigneur et sa maison, mais parce qu’elle a le don de communiquer avec oiseaux et chevaux, et de les apprivoiser, elle préfère fuguer et s’émanciper, quitte à se faire passer pour un garçon. J’ai toujours aimé la plume de cet auteur avec laquelle j’ai découvert une certaine littérature, il y a fort, fort longtemps. Il m’en reste une tendresse pour ses écrits qui ne me rend pas forcément objective. J’ai bien sûr adoré ce récit, même si le schéma narratif n’échappe pas à quelques facilités. Un bon moment de lecture qui m’a replongé dans ma jeunesse (ça n’a pas de prix !).

« La geste du sixième royaume » d’Adrien Tomas : de la bonne fantasy, des personnages qu’on suit avec plaisir, un univers solide et plein de surprises… Un vrai plaisir cette lecture ! Je l’ai savourée et j’en redemande. Les batailles étaient épiques, les rebondissements multiples et les nombreuses créatures qui peuplaient ce sixième royaume, intrigantes (à défaut d’être attachantes). J’ai aussi apprécié le final. Voilà une belle plume et une imagination fertile qui feront les délices de nombreux lecteurs…

« La vie des elfes » de Muriel Barbery : Au risque de me répéter, j’aime la fantasy, le fantastique, le folklore, la mythologie et le titre me promettait une balade dans l’un ou l’autre de ces genres…. Et puis, comme j’avais aimé l’élégance du hérisson, je pensais que je ne pourrais pas être déçue. Regrettable erreur ! Oui, la plume est belle, mais le texte est abscons, source d’ennui, même lorsqu’il y a de « l’action » (je mets entre guillemets pour n’induire personne en erreur). J’aurais mieux fait de passer ma route. J’ai poussé un soupir de soulagement en tournant la dernière page !

« Les cités des Anciens tome 8 : le puits d’argent » de Robin Hobb : Voici un livre dont j’ai retardé la lecture par peur de clore trop vite la saga… Peine perdue, c’est toujours trop tôt avec Robin Hobb et j’aurais aimé poursuivre encore longtemps en compagnie des dragons et de leurs gardiens. Je regrette un peu la fin vite expédiée des quelques méchants de l’histoire tels que Hest, le duc de Chalcède et ses comparses. Ils auraient mérité de souffrir un peu plus. Je reste un peu sur ma faim, mais c’est parce que j’en voudrais toujours plus. Une excellente saga bien écrite, vivante, avec des personnages inoubliables.

« L’enfant du Cheikh » de Susan Stephens : Toutes les romances ne se valent pas… Celle-ci commençait sur les chapeaux de roues. En quelques pages, les personnages avaient déjà couché ensemble. Un climax trop vite atteint dans le récit qui n’a ensuite cessé de retomber comme un soufflé raté. Je ne parle même pas de la conclusion hâtive, sans relief et qui n’a d’autre intérêt que de libérer enfin le lecteur d’une histoire qui tournait un peu en rond. Un grand bof pour moi !

« Chantefables et Chantefleurs » de Robert Desnos : Un poète dont j’ai, comme beaucoup, croisé la route pendant ma scolarité. Une belle redécouverte et un moment de partage avec mes enfants qui découvrent à peine la poésie (et la fantaisie de cette plume) et qui ont apprécié les poèmes lus au coucher. Nous avons tous beaucoup aimé !

« Le Manoir tome : Liam et la carte d’éternité » d’Evelyne Brisou-Pellen : Je n’ai pas été immédiatement séduite par ce roman. J’avais le sentiment de lire une histoire maintes fois réchauffée… Puis au fil des pages, j’ai finalement été intriguée, surprise et happée. Ce premier tome est vite lu, d’autant qu’on a hâte de passer au chapitre suivant pour avoir le fin mot de l’histoire. Maintenant qu’un des plus grands mystères du Manoir a été résolu, j’attends de lire les prochains tomes pour voir si l’auteur saura encore me tenir en haleine. Une belle lecture jeunesse !

« American Gods » de Neil Gaiman : Je me suis fait plaisir avec ce roman où se croisent les dieux de diverses mythologie sous un aspect pas forcément glorieux. Le personnage principal est complètement paumé et le lecteur se paume avec lui dans un joyeux bazar… J’ai moins aimé la fin à rallonge qui finalement tombe un peu à plat, mais dans l’ensemble, ça reste un roman très sympa à découvrir.

« Les dossiers Cthulhu tome 3 :Sherlock Holmes et les démons marins » de James Lovegrove : J’ai adoré les deux précédents tomes et celui-ci ne m’a pas déçue. Le mélange des deux univers Sherlock Holmes/Cthulhu, fonctionne toujours aussi bien. J’ai vraiment éprouvé une grande tristesse en arrivant (trop vite) à la dernière page. Une trilogie que je recommande chaudement. Ce fut pour moi une belle découverte et une lecture aussi stimulante que divertissante.

« King of Scars, tome 1 » de Leigh Bardugo : Un roman qui fait plus ou moins suite aux évènements de « Grisha » et de « Six of crows ». J’ai retrouvé certains personnages avec beaucoup de plaisir et la plume de Leigh Bardugo est toujours aussi addictive. Un univers que je recommande à ceux qui n’y ont pas encore goûté (commencez par Grisha ou Six of crows, mon préféré, vous allez vous régaler). Je vais attaquer le second tome avec bonheur !

« Noces orientales » de Lynne Graham : Le moins qu’on puisse dire, c’est que la collection Harlequin offre une déclinaison infinie du thème du beau sultan/ Cheikh ténébreux qui préfère une occidentale à toute prétendante de son pays… Celle-ci n’est pas particulièrement réussie. Le style laisse à désirer (à moins que ce ne soit la traduction) et l’intrigue bien entendu, est sans surprise. Quant aux personnages, ils souffrent de leur côté caricatural et on peine à s’attacher à eux…

« Le livre du désert » de Mo Hayder : Un premier opus très bien ficelé…. On suit à la fois les aventures des Sensitives dans le désert et celles de la jeune McKenzy, jeune fille « perturbée » passionnée de météorologie et en proie à d’étranges visions. Peu à peu, les évènements s’emboîtent et l’auteur nous mène où elle veut, à petites touches, dessinant une réalité qu’on n’avait pas soupçonnée et dont, même à la fin de cette première partie, nous ne connaissons pas l’issue. Un très bon roman que je recommande vivement !

« Les Dames du lac, tome 1 » de Marion Zimmer-Bradley : Ce livre, c’est ma madeleine de Proust. Je le relis et mon adolescence me revient par bouffées nostalgiques. Une belle relecture qui conserve son charme malgré le temps qui passe. J’ai retrouvé avec plaisir Vivianne, Morgane, Merlin, Arthur, Lancelot et tous les autres. Ils prennent de belles couleurs sous la plume de Marion Zimmer-Bradley, un régal !

« Vaisseau d’Arcane, tome 1 : les Hurleuses » d’Adrien Tomas : J’ai découvert Adrien Tomas récemment et je me régale. Son écriture est d’une redoutable efficacité. Je suis vite entrée dans l’intrigue et je n’ai pas pu lâcher le livre avant la fin de ce premier tome (fin qui me pousse inexorablement à aller lire le suivant). Et quelle imagination ! Aussi foisonnante que celle d’un Mathieu Gaborit : un vrai bonheur !

« Le grand jeu » de Benjamin Lupu : Un peu de steampunk, ça fait toujours plaisir, même si ce roman peine au démarrage et j’ai bien failli baisser les bras au bout de quelques pages. Au final, même si les personnages ne m’ont pas convaincue (trop ternes, trop plats, trop attendus), il y a malgré tout de beaux passages qui font (presque) oublier les défauts d’un récit mal rythmé. L’imagination de l’auteur, notamment pour tout ce qui est engins et autres créations mécanique est merveilleuse, hélas, c’est moins vrai pour les ressorts de l’intrigue ou les personnages …

« Le monde des premiers, tome 1 » de Lucie Thomassen : Voici un petit roman qui m’a bien plu et dont j’attends la suite avec impatience. L’univers est intéressant, même si on a quand même l’impression d’évoluer en huis clos la plupart du temps et les personnages possèdent chacun une voix bien à eux, ce que j’ai particulièrement apprécié. L’intrigue n’est pas très originale, mais elle est bien menée. On entrevoit un monde d’intrigues et de complots qui je l’espère prendra encore plus d’importance par la suite. Encore une belle découverte pour moi !

« Le manoir tome 2 : Cléa et la Porte des fantômes » de Evelyne Brisou-Pellen ; Un second tome passionnant centré sur Cléa et ce passé qui lui échappe. Les révélations et les nouveaux personnages, plein de couleurs, ne manquent pas. Un récit intelligent qui emmène le lecteur à la suite de Liam, le jeune enquêteur fantôme qui se révèle plein de ressources. Une belle série jeunesse qui pour le moment n’accuse pas l’essoufflement que je craignais. Je vais m’atteler prochainement au tome suivant.

« Le messager du chevalier noir  » de Tonke Dragt : Un livre qui a son charme, mais à réserver aux plus jeunes tant il est simpliste et linéaire. Pas de surprise ici, pas de personnages complexes ni d’intrigues tordues, aussi me suis-je ennuyée. Certes c’est un livre déjà ancien, mais ce n’est en rien une excuse pour la platitude du style. Ce n’est pas un roman que je ferai lire à mes enfants, à moins qu’ils n’en émettent le souhait. Vrais amateurs de fantasy, passez votre chemin : vous seriez déçus !

Journal de lecture de juin 2022

« Les cavaliers de l’Apocalypse tome 4 : pestilence » de Larissa Ione : Une lecture divertissante, mais dont je suis heureuse d’avoir vu le bout… Pas mon style tout simplement ! Ceci dit, l’auteur maîtrise parfaitement les scènes érotiques et déborde d’imagination. On n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer dans cette saga. Ce qui m’a déplu, c’est le côté mécanique et répétitif visant à caser chacun des cavaliers avec un/une partenaire. J’ai aussi été un peu dépitée face à ce foisonnement de personnages, mais bon, c’est affaire de goût j’imagine.

« Les Dossiers Cthulhu, tome 2 : les monstruosités du Miskatonic » de James Lovegrove : Cet auteur est un virtuose. Je ne me lasse pas de ce mélange très réussi entre les univers de Conan Doyle et de HP Lovecraft ! Le parcours est tortueux, légèrement horrifique et totalement savoureux. Un vrai bon moment de lecture : je suis fan de cette plume et de cet univers.

« Kafka sur le rivage » de Haruki Murakami : Un roman étrange qui mêle chemin initiatique, mythologie et onirisme. Un mélange déroutant parfois, mais la magie de l’auteur happe le lecteur et l’oblige à cheminer avec lui, même lorsqu’il se sent perdu. Une expérience que cette lecture qui continue de me hanter…

« Les frères Bendetti, tome 1 : Salvatore » de Natasha Knight : Une romance érotique sans grand intérêt. Certes, les scènes de sexe sont maîtrisées, bien rythmées, mais le reste de l’histoire laisse à désirer aussi bien du point de vue de la vraisemblance que de celui de la psychologie des personnages que j’ai trouvée plutôt bancale. Je sais bien que les lecteurs de ce genre de romans sont bien plus intéressés par le côté érotique, mais une histoire bien ficelée, avec des personnages un peu plus profonds, seraient un vrai plus…

« La délicatesse du homard » de Laure Manel : Les deux héros sont maladroits, blessés par la vie et leurs histoires respectives se dessinent peu à peu tandis que se tisse leur histoire commune. Un joli roman, léger, bien écrit qui m’a fait passer un bon moment. Peut-être pas indispensable, mais bien plaisant !

« La Trilogie de la Lune : Intégrale (comprenant les romans : « La lune seule le sait », « La lune n’est pas pour nous » et « La lune vous salue bien ») de Johan Héliot : Je m’étais promis de ne plus aborder un auteur que je ne connaissais pas en commençant par une intégrale… mais je m’y suis encore laissée prendre ! Si j’ai beaucoup aimé le premier roman pour son utilisation de personnages historiques dans une intrigue steampunk, la sauce n’a pas pris pour les deux seconds romans qui ne jouent pas tout à fait dans le même registre surtout le troisième que j’ai trouvé plutôt médiocre. Dommage, car il y a de belles choses dans ces pages, mais les intrigues sont trop bancales.

« Sous les cendres de la passion » de Rosanne Bittner : Une romance dans le Far West, pas forcément très originale, mais pas trop mal écrite. Un bouquin pour passer un moment sans prise de tête, mais clairement, il ne révolutionne pas le genre. On y trouve les méchants, la rivale et le beau ténébreux qui vient sauver sa belle. Vite lu et vite oublié…

« Engrenages et sortilèges » d’Adrien Tomas : J’aime les surprises, surtout quand elles sont bonnes. Voici un excellent petit roman de fantasy (avec un brin de steampunk). Les personnages, adolescents, se révèlent plein de ressources et le récit, bien rythmé, se suit avec plaisir. Je n’ai qu’un seul reproche à faire : c’est trop court ! L’univers abordé et les personnages se dévoilent à peine que le roman s’achève déjà. J’ai vu qu’un autre roman de l’auteur était sorti, dont l’action se déroule dans le même univers. Je vais aller découvrir ça !

« La promise du cheikh » de Annie West : Elles sont terribles ces romances car elles pointent du doigt ton évident manque de bol… Ben oui quoi, moi je me suis souvent baladée en rase campagne sous la pluie (et il m’est même arrivé de pleurer), mais jamais un beau cheikh ne s’est arrêté sur la route pour m’emmener vivre une torride histoire d’amour. C’est mal foutu la vie ! Bref, une petite romance sympathique à lire, mais qui ne brille pas par son réalisme (était-il besoin de le préciser ?).

« La promise du sultan » de Kim Lawrence : Pas de surprise avec cette romance, son beau ténébreux, sa jolie rousse et des péripéties vite envoyées pour arriver au happy end convenu. Je sais bien que c’est du Harlequin, mais tout de même, un peu d’originalité aurait été bienvenue. La bonne nouvelle, c’est que ça se lit vite, très vite. Les soirs de grande fatigue, c’est parfait, une lecture parfaite avant d’aller se coucher !

« Séduite par le cheikh » d’Annie West : La classique histoire du chasseur qui se fait prendre à son propre piège. Une recette éculée, mais qui fonctionne encore, pour peu qu’on veuille seulement une lecture légère. Un roman court, qui se lit vite… mais qui s’oubliera sûrement tout aussi vite.

« Passion dans le désert » de Carol Marinelli : Une romance qui a un gros défaut : les héros ne sont pas du tout sympathiques… Cette Georgie m’a exaspérée avec ses petits malheurs et son nombrilisme, quant à son pendant masculin, Ibrahim, il m’a fait l’effet d’être une tête à claques ! Ceci dit, ils sont parfaitement assortis l’un à l’autre. Je n’ai pas été séduite.

« Pour quelques nuits avec le Cheikh » d’Annie West : La belle captive, enlevée dans le désert… et qui tombe amoureuse de celui à qui on l’a offerte. Un joli cliché qui se rit de la vraisemblance. Bien sûr, c’est une lecture destinée à divertir, mais quel dommage tout de même de construire une histoire sur des bases aussi bancales. Ce qui sauve l’ensemble, c’est que l’auteur, qui connait bien son affaire, écrit agréablement à défaut d’être originale.

« Princesse d’une nuit » de Lynne Graham : Une romance vieillotte avec des valeurs d’un autre temps, où l’homme est juge et maître quelle que soit la force de caractère qui est prêtée à l’héroïne. J’avoue que ça m’a un peu heurtée. Sinon, pas grand chose à dire de cette histoire sans surprise et sans relief.

Journal de lecture de mai 2022

« Les loups du X-Clan tome 3 : le trône de l’Alpha » de Lexi C. Foss : Voilà, j’ai les quatre tomes dans ma Pal et je déteste abandonner une série en cours. Ce tome souffre des mêmes défauts que les deux précédents : une condition féminine épouvantable, des scènes de sexes à gogo, mais répétitive (surtout au bout de trois tomes), une vulgarité vraiment inutile, un style discutable. Allez, plus qu’un tome et je dis ciao à cet auteur !

« Les loups du X-Clan tome 4 : La revanche de l’alpha » de Lexi C. Foss : J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai enfin fini cette série. La bonne surprise, c’est que ce dernier tome est un peu moins mauvais que les précédents. L’auteur aurait-elle enfin compris que soumission et respect n’étaient pas forcément incompatibles ? Ceci dit, le propos reste puant et ce n’est pas parce qu’on écrit un roman érotique qu’on doit piétiner les femmes au passage. Je fuirai ses autres bouquins comme la peste.

« Les cavaliers de l’Apocalypse tome 3 : Mort » de Larissa Ione : Un troisième tome qui s’attache au personnage de Thanatos. Cette lecture ne me laissera pas un souvenir impérissable, mais elle se laisse lire (plutôt rapidement). La psychologie des personnages manque toujours autant de finesse, mais ce n’est visiblement pas cet aspect là qui intéresse le plus cet auteur. Tout passe (et se résout) toujours par le sexe. Ah, si tout dans la vie était aussi simple, le monde ne s’en porterait pas plus mal ! Encore un tome et j’en aurai fini avec cette série.

« All our hidden gifts tome 1 : la gouvernante » de Caroline O’Donoghue : Une adolescente qui se découvre des pouvoirs de médium, tout en se débattant avec ses histoires d’amour et d’amitiés et en tentant de retrouver son ex-meilleure amie disparue. La magie, le fantastique sont de la partie et l’histoire est plutôt sympathique, même si j’ai eu du mal à entrer dedans lors des premiers chapitres. J’attends d’avoir lu la suite pour me faire une opinion un peu plus définitive, mais ce premier tome est prometteur.

« La forêt comestible » de Damien Dekarz : Grâce aux vidéos de Damien Dekarz, j’améliore peu à peu un jardin au terrain un peu difficile (beaucoup de pierres et très argileux). Son livre fait la somme de plusieurs de ces connaissances qu’il partage si généreusement sur sa chaîne. Il donne aussi une note d’espoir. Chacun, à son échelle, peut améliorer son environnement (notamment en plantant des arbres, mais pas seulement). Un ouvrage que j’ai dévoré et que je vais garder à portée de main…

« Ravens-Intégrale (comprenant les romans : Aubemort, NoirZénith, Ombremage, Sylvelarme, CendreCœur, OrageDémon et ÂmeRaven) » de James Barclay : Une belle série épique à souhait, mais je regrette un peu d’avoir commencé par une intégrale pour découvrir cet auteur. Je suis arrivée au bout du dernier roman avec un sentiment de saturation. D’ailleurs, cet ultime roman était-il bien nécessaire ? Je n’en suis pas sûre. Ce n’en est pas moins une saga qui plaira à la plupart des amateurs de fantasy.

« Souveraines, tome 1 » de Laura Sebastian : Un bon roman, bien écrit dont j’ai apprécié la trame et les personnages. Trois sœurs, trois caractères, trois destinées, toutes dans l’ombre de leur terrible mère, l’impératrice. On arrive rapidement au bout de ce premier tome et on en redemande. Je suis impatiente de découvrir jusqu’où le machiavélisme de l’impératrice la mènera et si ses filles parviendront à se défaire de son joug. Un titre que je recommande chaudement !

Journal de lecture d’avril 2022

Un mois où j’ai moins de temps. Je travaille beaucoup au jardin et ça me demande une énergie dont je manque un peu. Néanmoins, j’ai quand même quelques lectures à partager…

« Les cités des Anciens, tome 7 : le vol des dragons » de Robin Hobb : La fin est proche et c’est presque avec tristesse que j’ai refermé cet avant dernier volume. Les intrigues se dénouent, les souvenirs des dragons deviennent un peu plus précis à mesure que ceux-ci deviennent plus forts, plus grands. Les gardiens eux aussi sont en plein changement tant physiques que psychologiques. Sans spoiler, un grand moment de bonheur cette lecture. J’aime vraiment beaucoup cette série (je suis rarement déçue avec Robin Hobb).

« Le prince cruel tome 3 : la reine sans royaume » de Holly Black : Pour une trilogie que j’avais commencée sans grande conviction, celle-ci se laisse lire avec plaisir et se termine juste quand il faut, c’est à dire avant de devenir redondante et barbante. J’ai aimé ces personnages parfois cruels, parfois farfelus et cet univers un peu décadent. Une bonne lecture, divertissante et même surprenante par certains côtés. J’ai vraiment bien aimé !

« Les dossiers Cthulhu, tome 1 : Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell » de James Lovegrove : Le titre à lui seul annonce un sacré programme. J’étais un peu sceptique quant à ce curieux mélange, mais finalement, il fonctionne plutôt bien. Cependant, pour moi il lui manque le charme d’une véritable enquête du célèbre détective, tout comme l’indicible terreur des oeuvres de Lovecraft, mais la lecture est agréable et plutôt rapide. J’ai tout de même passé un bon moment.

« Caraval » de Stephanie Garber : J’ai un avis mitigé sur ce livre. Si les trois quarts du roman m’ont transportée, intriguée, divertie, la dernière partie m’a grandement déçue. Je l’ai trouvée brouillonne, comme si on s’était hâté de boucler l’intrigue vaille que vaille et du coup, je suis restée sur ma faim. J’attends d’avoir lu le second tome pour me faire vraiment une opinion sur l’ensemble. C’est néanmoins un bon livre, bien agréable à lire !

« Les impatientes » de Djaïli Amadou Amal : Un beau roman qui, en donnant la parole à ses trois héroïnes soumises au poids de la tradition et du patriarcat, ne peut que susciter l’émotion. Il va me hanter longtemps le destin de ses trois femmes auxquelles on ne cesse de répéter qu’elles doivent faire preuve de patience, ce mot signifiant « obéissance et soumission ». La belle et jeune Ramla arrachée à son amoureux auquel elle était pourtant promise, Hindou, mariée à son cousin alcoolique, drogué et violent et enfin Safira, qui vit mal la polygamie toute neuve de son époux et se débat pour ne pas avoir à le partager : leurs voix, leurs angoisses restent dans ma tête, me rappelant comme ce monde reste dur et injuste pour les femmes et à certains endroits plus qu’à d’autres. Un livre que je ferai sûrement lire à ma fille lorsqu’elle sera plus grande.

« Le Mec de la tombe d’à côté » de Katarina Mazetti : Il y avait une éternité que ce livre était dans ma PAL et je me demande pourquoi je ne l’ai pas lu plus tôt. Tout m’a plu dans ce roman : l’humour presque féroce, la tendresse de l’auteur pour ses personnages, les personnages principaux comme les personnages secondaires, la plume magistrale qui vous donne cette impression que tout est facile, alors que l’intrigue ne se laisse justement pas aller à la facilité. Je l’ai lu d’une traite, incapable de le lâcher avant de l’avoir terminé.

« L’élégance du hérisson » de Muriel Barbery : Un beau roman, émouvant, drôle aussi parfois, mais qui souffre peut-être de longueurs au démarrage. J’ai aimé la tendresse des personnages, leur manière de se dévoiler par petites touches et même ces réflexions philosophiques dont le récit est émaillé, moi qui ne suis pourtant pas férue de la chose. La fin m’a cueillie et un peu refroidie, mais elle sauve probablement l’histoire d’une mièvrerie à laquelle un happy end l’aurait immanquablement conduite.

« Les cavaliers de l’Apocalypse tome 1 : Guerre » de Larissa Ione : Romance paranormale, érotisme, urban fantasy… que d’étiquettes pour un seul livre ! Comme je n’ai jamais lu cet auteur et que je découvre son univers à travers ce titre, j’ai été un peu submergée par tous les personnages. Je mentirai en disant que j’adhère totalement (je ne suis vraiment pas fan de la vulgarité, surtout quand elle n’est pas indispensable), mais il y a quand même un univers solide et une multitude de protagonistes intéressants, assez en tout cas, pour m’avoir permis de ne pas lâcher ma lecture dès les premières pages. Attention, si vous n’êtes pas amateur du genre, les scènes de sexe sont assez présentes….

« Le protectorat de l’ombrelle tome 5 : Sans âge » de Gail Carriger : Ce dernier tome n’était franchement pas indispensable. L’humour de l’auteur que j’avais tant apprécié jusque là, sombre dans le grand guignolesque et c’est dommage. Dommage aussi toutes ces facilités narratives qu’elle emprunte et auxquelles elle ne nous avait pas habitués. Un roman bâclé au regard des précédents tomes qui étaient plutôt bien ficelés. Une déception pour moi : heureusement, l’histoire s’arrête là.

« Caraval tome 2 : legendary » de Stéphanie Garber : Le premier tome ne m’avait pas complètement séduite, mais j’ai trouvé celui-ci beaucoup plus addictif. J’ai été incapable de le lâcher avant la fin… fin qui me laisse sur ma faim ! Heureusement, le tome 3 sort bientôt, très bientôt et j’ai hâte de le découvrir, tant il reste de questions en suspens. Un bon moment de lecture, malgré une galerie de personnages masculins qui m’a parfois fait grincer des dents (ils sont tous très beaux, avec une tendance à se balader torse nu pour que l’héroïne se rince l’œil et des comportements dont l’ambigüité n’est pas toujours justifiable).

« A la pointe de l’épée «  d’Ellen Kushner : Le problème, quand on lit des commentaires enthousiastes sur un livre, c’est qu’on risque d’être déçue. L’intrigue (pour le roman, comme pour les courtes nouvelles qui n’en méritent pas vraiment le nom d’ailleurs) ne m’a pas captivée. Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages que j’ai trouvé insipides. La seule chose qui sauve l’ensemble, c’est le style de l’auteur qui est fluide et se lit facilement (autant finir sur quelque chose de positif). Ce n’est pas une lecture que je recommande aux amateurs de fantasy dans la mesure où celle-ci ne sert que de vague décor. J’ai dû me forcer un peu pour finir ma lecture et je n’aime pas ça.

« Les cavaliers de l’Apocalypse tome 2 : Famine » de Larissa Ione : L’auteur nous plonge une fois de plus dans une histoire érotico-romantique où son univers foisonnant vous happe et vous perd parfois un peu. La romance est un peu facile, l’action pas toujours bien maîtrisée (même si ce n’est pas le cœur du récit, je trouve ça dommage) et le trop grand nombre de personnages rend parfois la lecture laborieuse (« mais c’est qui lui/elle/ ce truc ? « )Malgré tout, ce roman répond aux attentes du genre.

« La loi du sanctuaire » d’Elodie Bouchet : Voilà un roman dont j’avais beaucoup entendu parler sur différents blogs et qu’il me tardait de découvrir. L’univers m’a beaucoup plu car je suis fan de fantasy, j’ai trouvé les personnages attachants, la plume agréable à lire et cependant, il y a un je ne sais quoi qui m’a empêchée d’être totalement emballée. Peut-être est-ce l’intrigue elle-même ? Peut-être la manière dont les héros s’entichent l’un de l’autre de manière presque mécanique ? Enfin, ne boudons pas notre plaisir : c’est une lecture sympathique.

« Demain ce sera vide » de Hugo Lindenberg : Difficile de parler de ce livre qui, si on le résumait, pourrait sembler inintéressant, alors que le talent de l’auteur rend justement tous les petits faits et gestes de la vie de ce petit garçon émouvants, troublants, car on devine une histoire de famille compliquée et tragique. J’ai moins adhéré à la fin du roman que j’ai trouvée floue et avec un goût d’inachevé qui m’a laissée sur ma faim. C’est néanmoins une belle lecture et un beau voyage dans le monde de l’enfance avec ce qu’elle a de naïf, mais aussi de cruel.

« Caraval tome 3 : Finale » de Stephanie Garber : J’attendais ce dernier tome en VF un peu fébrilement et je l’ai littéralement dévoré. Cependant, la place donnée dans le récit à la romance des deux sœurs et à leurs atermoiements sans fin, m’a un peu gâché le plaisir. La traduction n’est pas d’une très grande qualité et j’ai plus d’une fois grincé des dents, surtout en ce qui concerne la concordance des temps. L’univers particulier de l’auteur sauve le tout, mais il est certain que j’aurais hésité à lire un quatrième tome s’il y en avait eu un.

Une petite pause

Je vais faire une pause de quelques jours sur mon blog. L’envie n’est pas là, le moral non plus et je me sens débordée entre mon boulot de maman, mon jardin aux multiples travaux (sans compter les tâches quotidiennes à assumer). Je ne peux pas être sur tous les fronts. Je suis bien trop lasse pour ça. Je reviendrai quand j’aurai un peu plus de temps à consacrer à mon blog, plutôt que de persister et de produire du contenu médiocre. Je vous souhaite une belle et douce journée à tous et je vous dis à bientôt !

Chroniques de mon petit bureau 3

Madeleine

La porte s’entrouvre, comme poussée par le vent. Discrète et silencieuse, Madeleine entre dans mon bureau. Petite, menue, elle a tout de la  souris, jusqu’à sa manière de trottiner sur le bord des routes. En dépit de son grand âge, c’est une infatigable marcheuse. Je suis toujours stupéfaite de la croiser à des kilomètres de chez elle, quand d’autres, plus jeunes et plus alertes, prennent leur voiture pour ne parcourir que quelques mètres…
Elle prend soin de se présenter à chaque fois qu’elle pénètre ici : « Bonjour, je suis Madeleine… » Elle semble craindre que je ne l’ai oubliée d’un jour sur l’autre. Puis elle me demande des nouvelles de ma famille, de nos chiens. J’aime son sourire si doux qui plisse tout son visage. Les rides l’ont gravé sur ses traits, à croire qu’elle a souri toute sa vie.
Pourtant, je me suis laissée dire que son existence n’avait pas été facile. Elle fait partie de ceux qui ont travaillé dès l’enfance, qui ont connu l’inconfort d’un quotidien sans eau ni électricité, qui n’avaient pas peur de briser la glace en hiver pour faire leur toilette et qui devaient courir au fond du jardin pour se soulager…
Sa vie besogneuse l’a marquée, abîmée. Elle a connu la guerre, les périodes de restrictions, toutes ces choses dont ma génération espère être à l’abri. Elle aurait pu en sortir amoindrie, mais rien ne semble pouvoir mettre à bas sa vaillance. Le temps n’a eu de prise ni sur sa formidable énergie, ni sur sa bonne humeur.
A l’approche des beaux jours, elle redevient coquette, se pare de petits chapeaux ornés de rubans et de jolies robes à fleurs. De loin, on dirait une jeune fille. De près, c’est son regard clair et malicieux qui la rajeunit encore. Elle me tend une liasse de papiers et des enveloppes. Ce sont ses factures du mois. Elle n’aime pas les tracasseries, Madeleine. Autrefois, on payait les gens de la main à la main. Aujourd’hui on lui demande des TIP, des RIB et compagnie… Elle n’y comprend rien et avec ce fichu euro qui complique tout, elle a peur de s’embrouiller.
Me voici donc promue secrétaire particulière. Je vérifie les comptes, je les traduis en francs. Puis je remplis pour elle les formulaires, j’écris les adresses… Ensuite, je dois me fâcher pour l’empêcher de me payer pour ce service que je trouve naturel de lui rendre. Elle marmonne en rangeant son argent dans son porte-monnaie « que toute peine mérite salaire »… et gare à moi si je lui fais remarquer que je suis payée pour être là !
Un peu têtue Madeleine… Elle revient deux jours plus tard avec du chocolat puisque je n’ai pas voulu de sa monnaie. Quand j’essaie de lui rendre ou de partager avec elle, elle s’écrie : « Mais vous voulez donc me faire mourir, malheureuse ? Le chocolat m’est interdit… Mon diabète, vous comprenez ! »
Quand je ne la vois pas pendant plusieurs jours d’affilée, je m’inquiète. Je ralentis devant sa fenêtre. Les volets sont ouverts, l’aide ménagère s’affaire : tout va bien. Je repars soulagée. Je ne sais pas grand chose sur elle, nos relations sont limitées à nos rencontres dans la rue et dans mon bureau, à nos conversations sur la météo… et pourtant, j’ai de l’affection pour elle !

Chroniques de mon petit bureau 2

Le soûlot

Dès que j’aperçois sa tête derrière la vitre, mon sang se fige… et pas seulement mon sang : tout mon être ! Je prends une grande bouffée d’air frais avant qu’il n’entre. L’odeur me saisit aussitôt que la porte s’ouvre, ça sent la vinasse, l’alcool frelaté. C’est infâme. Il a une hésitation en entrant, il titube. Il est à peine dix heures et il est déjà ivre. Il émet un bruit que je préfère ne pas identifier et arbore ce qui doit être son plus beau sourire (un rictus effrayant).
Je me remémore les consignes données par la direction à propos de l’accueil des clients et je souris aussi. Un sourire coincé, tandis que de nauséabondes effluves me parviennent. Je m’efforce de le regarder en face, bien que cela me déplaise fortement. A la manière qu’il a de s’accouder à mon comptoir, on jurerait qu’il se croit encore au café dont il vient tout juste de sortir !
-Bonjour ! me fait-il d’une voix qui se veut charmeuse, mais qui traîne un peu trop sur les mots pour y parvenir. Comment ça va ?
-Ca va, ça va… Vous désirez ?
A peine ai-je formulé la question que je vois une lueur malsaine clignoter dans son oeil. S’il ose me répondre « vous ! », je lui balance l’agrafeuse au milieu du visage ! Il semble se tâter… à moins qu’il n’ait pas les idées claires, tout simplement. Enfin, il a un éclair de génie… ou de lucidité et il me dit :
-Des sous !
Après quoi, il sort la carte de son livret et me la tend. Elle est assez crasseuse. Je la prends du bout des doigts, sans lui laisser le temps de m’effleurer la main. Je commence à composer son numéro de compte sur le clavier et le voilà qui me déballe son boniment habituel :
-Vous êtes bien charmante…
-Pas toi ! lui répond ma voix intérieure.
-Vous avez de jolis yeux…
-Ah oui ? Et comment tu le sais ? D’ici, je jurerais que c’est ma poitrine que tu regardes depuis tout à l’heure !
-On est bien ici, vous ne trouvez pas ?
-Ce sera encore mieux quand tu seras parti !
-Voici votre argent monsieur…
J’insiste bien sur le « monsieur », histoire de mettre de la distance entre nous. Puis je lui donne ses billets rapidement pour qu’il puisse partir au plus vite… mais il n’a pas l’air de vouloir lever le camp.
Je suis bien forcée de respirer de temps en temps et à chaque inspiration, mon estomac se soulève. C’est atroce ! Qu’est-ce qu’il attend pour s’en aller ?
-Je resterais bien là toute la journée, me dit-il. En si bonne compagnie…
-Ah non alors ! proteste ma voix intérieure. Vas voir ailleurs si j’y suis !
D’ailleurs, ma voix intérieure et moi, sommes en si parfait accord qu’une réponse fuse, plutôt sèche :
-Au revoir, monsieur ! J’ai du travail.
Envolé le sourire (tant pis pour les consignes), je sens la moutarde qui me monte au nez. S’il insiste encore, je le fiche à la porte, même s’il me faut lui casser une chaise sur la tête pour y arriver… Il a dû lire mes intentions sur mon visage car le voilà qui sort, tant bien que mal, en se cognant contre le mur.
J’attends quelques instants après son départ, puis n’y tenant plus, je vais ouvrir la porte en grand pour aérer et chasser l’odeur insupportable qu’il a laissée dans mon bureau. Et là… je m’aperçois qu’il est toujours là, assis sur sa mobylette, sur la place de l’église. Il me fait un signe de la main que j’ignore en lui tournant carrément le dos.
Les heures passent, c’est la fermeture. Il m’épie de loin, suivant chacun de mes gestes… pas de si loin finalement car je l’entends soudain dans mon dos qui me propose :
-Je vous raccompagne chez vous ?
-Et puis quoi encore ? gronde ma voix intérieure. Même si tu étais beau comme un dieu, avec la cuite que tu tiens, je ne risquerais pas ma vie de cette manière… mais là, même sobre, ce serait non !
-Non merci, lui dis-je laconique.
-Vous êtes sûre ? fait-il tout surpris de mon refus.
-Tout à fait sûre !
Je m’éloigne à toutes jambes, mais je l’entends qui démarre et qui me suit. Alors je marque une pause et pour éviter de laisser exploser ma colère, j’entre dans la boulangerie. Du coup, il passe tout droit. J’attends qu’il disparaisse pour retourner dans la rue sous le regard éberlué de la boulangère et de ses clients… Dire que c’est le même cirque chaque mois ! Heureusement que les gendarmes ont eu la grande bonté de lui retirer son permis de conduire ! Sans quoi je le verrais tous les jours !

Chroniques de mon petit bureau 1

Quand je tenais le bureau de poste de mon petit village, je voyais passer de drôles de spécimens dont j’ai gardé une trace à travers de petits textes :

Le timide

Les premiers jours, je l’ai à peine remarqué. Il passait très vite, me jeter son courrier sans dire un mot. Pour moi, c’était juste un de ces clients très pressés qui venaient en coup de vent me déposer leurs lettres. Puis j’ai remarqué son manège. Il restait planté près d’un quart d’heure sur la place de l’église, avant de venir pousser ma porte… et après son passage, il demeurait un quart d’heure de plus à regarder vers mon bureau d’un air de regret.
Les jours suivants, j’ai commencé à l’observer. J’ai noté qu’il ne se glissait dans mon bureau que lorsqu’un client s’y trouvait déjà, comme s’il craignait d’attirer mon attention en ouvrant la porte le premier. Il entrait en murmurant un « bonjour » étouffé, à peine audible si on ne tendait pas l’oreille. Et il tournait la tête sur le côté pour éviter de croiser le regard de qui que ce soit.
Quand venait son tour, toujours sans me regarder, il poussait ses lettres vers moi du bout des doigts. Je m’aperçus avec stupéfaction qu’il rougissait. Ce n’était pourtant pas un gamin ! Il devait être proche de la quarantaine. Pas vilain garçon en plus : il avait de beaux yeux bleus (même s’il m’avait fallu de la patience pour les entrevoir), une abondante chevelure brune et bouclée qui adoucissait la ligne un peu dure de sa mâchoire. J’étais fascinée par ses mains, larges, fortes, de vraies mains de besogneux et sans doute la partie de sa personne qu’il cherchait le moins à cacher.
Je ne sais pas par quel miracle, mais je parvins un matin à saisir son regard et comme je lui souriais, il ne put faire autrement que de me sourire en retour : un pauvre sourire tremblé, un peu fuyant, mais enfin, c’était un début. Dès lors, il ne s’en départit plus et revint chaque jour le sourire aux lèvres. Il commençait même à me regarder en face… sans me fixer bien sûr. Ses yeux passaient rapidement sur moi, m’effleuraient puis retournaient bien vite se cacher derrière le voile de ses paupières.
Peu à peu, je l’apprivoisais. Ses bonjours se firent plus francs. Il risquait quelques mots sur la météo, sur la circulation… et je sentais bien qu’il faisait un effort. Même dans sa tenue vestimentaire ! Bon, ce n’était pas très réussi ce mélange entre la veste en velours côtelé étriquée et le polo bleu informe qui cherchait à s’enfuir à travers les boutonnières… Quant à sa façon de dompter ses cheveux en les séparant en une raie bien droite qui zébrait son crâne comme une balafre : on aurait dit que c’était sa maman qui le coiffait !
Tout bien réfléchi, c’était peut-être le cas. Je l’imaginais sans peine, essayant de rendre son fiston présentable pour mieux le caser, lui donnant un coup de peigne, tout en le noyant sous des flots de conseils pour augmenter son pouvoir de séduction. Enfin surtout, j’entendais la mienne de mère, me disant en secouant la tête que je resterais vieille fille et qu’elle n’aurait jamais de petits-enfants… Là, j’ai eu comme un grand élan de solidarité ! Depuis, je l’accueille toujours chaleureusement. Peut-être croit-il qu’il a une touche ? Ben peu importe… Après tout, il n’est pas désagréable à regarder !

Le con (œuvre de jeunesse : pardon les gens !)

Le con

Description : L’animal est commun. On le trouve absolument partout. Pour autant, il n’est pas toujours facile à déceler, car rien n’est plus différent d’un con qu’un autre con… Il y en a des grands, pour lesquels curieusement, on a une certaine indulgence. Les gros cons suscitent notre haine tandis que nous supportons difficilement les petits cons qui ont pourtant l’excuse de manquer d’expérience. Le sale con a l’âme crasseuse, le pauvre con souffre d’un manque de sentimentalité… Il n’y a pas d’âge pour être con, ni de sexe, ni de nationalité, ni même de religion. La connerie n’a pas de frontière et elle ratisse large ! A noter que contrairement aux apparences, la conne n’est pas la femelle du con, mais une espèce à part entière, comme peut l’être le connard (qui est lui, un lointain cousin du con… enfin, pas si lointain). Pour finir, sachez que les cons sont fidèles à leur espèce (ne dit-on pas que quand on est con, c’est pour la vie ?)

Mode de vie : Le con aime la vie en troupeau, mais il n’est pas rare de trouver des cons solitaires.

Alimentation : Le con mange de tout, on peut même lui faire avaler des couleuvres.

Reproduction : Massive et à grande échelle

Habitat : divers et varié…

longévité : il n’est pas rare de trouver des cons centenaires, mais le comportement du con nuit souvent gravement à sa santé….

 

Le clan des dragons 9

Nous arrivâmes au palais en fin d’après midi. Notre apparition provoqua un très grand émoi, tant parmi les domestiques que parmi les membres de la cour. Mon père et mon futur époux furent les premiers à se précipiter à la porte. Dussé-je vivre encore 100 ans que je n’oublierais jamais cette scène. Un père et un mari aimant se serait réjoui du retour de ses filles et de son épouse, mais lui ne voyait qu’une chose : mon absence (il ne pouvait pas me reconnaître sous ma forme de dragon) et l’argent que cela allait lui faire perdre. Fait extraordinaire, la présence d’un dragon semblait tout à fait secondaire à ses yeux. Cela ne dura pas très longtemps, bien entendu. Je me mis à gronder pour attirer son attention, la main de ma mère posée sur mon cou…
-Madame, que signifie ceci ? demanda-t-il avec une courtoisie trompeuse. Que faîtes-vous en compagnie de cet animal et qu’avez-vous fait de la promise de notre hôte ?
Mon prétendant hocha la tête comme si mon sort le préoccupait vraiment, mais je vis bien à son sourire narquois que la situation l’amusait et qu’il escomptait en tirer un joli bénéfice.
-Silence ! criai-je si fort que ma mère sursauta et que mon père
demeura bouche bée face à nous.

-Ce misérable avorton est un traître, affirmai-je en plantant mon regard dans celui de mon fiancé. Il a fait attaquer le temple par une troupe de mercenaires car il voulais vous soutirer de l’argent sans avoir à honorer sa part du marché.
-Mensonge ! protesta l’intéressé.
-Silence vous dis-je ! répétai-je en m’avançant vers lui. Vous vous expliquerez quand je vous y autoriserai. Vous là, fis-je à l’adresse de mes prisonniers, venez par ici. Est-ce lui l’homme qui vous a employés ?
-Oui, c’est lui noble dragon, me répondit l’un d’eux.
-Quelle était votre mission ?
-Enlever les femmes, les vendre au loin et tuer tous les témoins qui se trouvaient dans le temple ou sur notre route, déclara-t-il.
Mon père tourna un regard courroucé vers celui qui avait failli devenir son gendre.
-Disparaissez ! lui dit-il. Hors de ma vue !
– Il suffit ! grondai-je. Je n’en ai pas fini avec vous deux !

Je fixai un oeil terrible sur mon ex fiancé et sous le regard médusé de tous les gens du palais, je repris ma forme humaine.

-Vous avez osé me traiter comme une marchandise, un morceau de viande que des chiens se disputeraient. C’est terminé ! Plus jamais vous ne me traiterez de la sorte… Mais ce n’est pas fini ! Plus jamais vous ne traiterez aucune femme de cette manière…

-Comment oses-tu t’adresser à ton père de cette façon ? balbutia mon géniteur sidéré.

-Comment osez-vous vous prendre pour son père, vous qui n’avez jamais rien fait pour elle, lui rétorqua ma mère.

Elle me prit par la taille, les yeux brillants de fierté.

-Tout va changer, dit-elle. Je suis autant reine que mon époux est roi. Et je vous le déclare à présent : aucune femme en ce royaume ne sera plus inférieure à un homme. Désormais, nous aurons les mêmes droits.

-Cessez vos inepties ! cria mon père.

Mais je me transformai de nouveau en dragon en poussant force grondements et il se tut aussitôt.

-Je ferai appliquer la volonté de la reine, ma mère, annonçai-je. Si vous vous mettez en travers de ma route, je n’hésiterai pas à sévir. Quant à vous, ajoutai-je pour mon prétendant, vous allez quitter les lieux et ne jamais y revenir… mais avant ça, vous vous rendrez dans le petit village où vos hommes ont causé tant de dégâts et vous réparerez tous les torts subis par les villageois. Souvenez vous tous qu’à dater d’aujourd’hui, les hommes ne seront plus les seuls à diriger.

Les années ont passé. Les changements ont été difficiles, mais mon peuple accepte à présent de voir des femmes diriger des commerces ou même devenir soldats. Elles ne sont plus cantonnées à leurs foyers et lors des conseils, leurs voix comptent autant que celles de leurs homologues masculins. Les royaumes voisins nous envient, car nous connaissons une prospérité sans précédent.  Pour le reste du monde, nous sommes devenus maintenant, le clan des dragons…

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