Ces mots qui blessent…

J’aime les mots, leur sonorité, leur sens, leur étymologie, tout ce qu’ils m’évoquent… Mais parfois, les mots sont douleur. On les prend en plein visage comme une gifle. Ils nous laissent brisée, anéantie. Je suis fatiguée d’encaisser des coups que je n’ai pas mérité, fatiguée de faire semblant que tout va bien.

Je me suis souvent demandée à quel point je pouvais être résistante. Je suis descendue bien bas parfois, mais jamais encore je ne m’étais sentie brisée. L’écriture, même, qui m’a toujours sauvée par le passé, ne soulage rien. C’est comme jeter de l’huile sur le feu et ouvrir plus grand les blessures.

Je devrais parler peut-être avec quelqu’un, me confier… mais je ne vois pas qui pourrait m’entendre parmi ceux qui me sont proches. Si je n’avais pas mes enfants, je crois bien que je prendrais tout simplement le large. Mais être mère, ça vous interdit la fuite. Il ne me reste que le repli sur moi-même, la pire des stratégie.

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Un petit coup de pouce pour une maman et son petit bout

Voici une cagnotte lancée pour l’amie d’une amie, enfin, pour son loulou atteint d’amyotrophie spinale infantile. Si vous pouviez l’aider, ne serait-ce qu’en diffusant cette cagnotte, ce serait gentil… merci d’avance à tous ceux et celles qui donneront un petit coup de de pouce.

https://www.leetchi.com/c/apportez-de-lespoir-a-un-petit-ange-atteint-damniotrophie-spinal-infantile?fbclid=IwAR3OxOg8SBmCaoPXs0v1rz8HHuMVcvBWwb5bIdYtEDXWwe-Mxzg_6V7pdqA

 

Une vie de chien

 

Non mais quel cirque ! J’étais tranquille, plongé dans le sommeil du juste quand la sonnerie aigrelette du réveil m’a fait bondir ! Mémère a soupiré, elle s’est tournée un peu dans le lit, puis elle a allongé la main pour arrêter l’instrument de torture. Près d’elle, Pépère a rouspété… il a raison : pas besoin de se lever à six heures quand on est à la retraite ! Mais Mémère ne l’entend pas de cette oreille. Elle s’obstine à respecter les vieux horaires, même s’ils ne servent plus à rien !

La voilà qui se lève tout doucement. Ses articulations la font souffrir, elle n’est plus aussi rapide qu’avant. Elle enfile sa robe de chambre, chausse ses pantoufles et hop ! Ni une ni deux, elle fond sur moi, me prend dans ses bras sans se demander si je ne préférerais pas rester dans mon panier et se met à gazouiller : « Bonjour mon bébé ! Comment il va , le bébé à sa maman ?  » Ensuite, elle m’embrasse. Je déteste ce rituel. D’abord, j’ai douze ans et à douze ans quand on est un chien, on n’est plus un bébé ! Et malgré le duvet qui orne sa lèvre supérieure, elle n’est pas assez velue pour être ma mère… enfin, au saut du lit comme ça, j’aimerais mieux ne pas sentir son haleine : j’ai la truffe sensible !

Le petit déjeuner… le moment où je reste sous le siège de Pépère. On est solidaires tous les deux. Mémère nous a mis au régime. Il paraît que c’est pour notre bien. N’empêche que quand elle ne regarde pas dans notre direction, avec Pépère on se partage des tartines beurrées. Après, elle m’appelle pour me servir mes croquettes. C’est fade, c’est sec et ça me fait mal aux dents, mais elle me dit en me caressant l’échine : « Il est content mon Titi hein ? Il aime ça, hein, le Titi ? » Je bats frénétiquement de la queue pour qu’elle me lâche un peu, puis je gratte à la porte pour sortir.

Normalement, je devrais avoir la paix et faire mon pipi matinal en toute sérénité… Seulement, Mémère me guette. Je la vois me lorgner par la fenêtre. Elle me surveille car d’après elle, je ferais crever ses fleurs en levant la patte dessus. Terrible injustice ! C’est Hector, le basset hound des voisins ! Je reconnaîtrais son odeur entre mille ! Mais allez faire comprendre ça à Mémère, vous ! Pour m’en payer une tranche, j’arrose exprès le rhododendron. Et là, ça ne loupe pas… Je l’entends hurler : « Vilain Titi ! Hou ! qu’il est vilain ce Titi… » pas contente Mémère ! Ça lui apprendra à me priver de mon intimité ! Est-ce que je la suis aux toilettes moi ? Les humains sont d’une indiscrétion…

Comme Mémère est fâchée, je me replie du côté de Pépère. Le matin, il ne fait rien d’autre que s’asseoir devant la télé et moi, ne rien faire, ça me convient. Je saute sur le canapé près de lui et je pique un roupillon. Je viens à peine de fermer les yeux que Mémère revient. Pauvre Pépère qui en prend plein les oreilles ! Apparemment, il a oublié qu’aujourd’hui, on avait rendez-vous…

Rendez-vous ? Ce mot me met en alerte. La dernière fois que je l’ai entendu, ils m’ont traîné chez le vétérinaire. Pas gêné ce type ! On ne se connaissait même pas et il est allé farfouiller dans certains endroits de mon anatomie… ben, où je n’aime pas qu’on farfouille; voilà ! Vite, je descends du sofa et je file ventre à terre vers la porte de la cuisine. Ils ne m’auront pas ! Foi de Titi ! Je contourne les meubles en tricotant des pattes, mais sur le carrelage ça glisse et soudain, Mémère m’attrape par la peau du dos.

Le mousqueton de la laisse se referme sur ma liberté. Ah, le triste bruit ! Pépère, ce traître, s’est mis au volant. Je pleure un peu, j’essaie de les attendrir, mais Mémère a un cœur de pierre. Elle me tient fermement sur ses genoux et me lance un sec « Tais-toi ! » sans même me regarder. Je m’en fiche, le véto, je vais lui mordre les doigts, histoire de lui apprendre à ne pas les laisser traîner ! L’idée me réjouit tellement que je suis presque déçu quand on passe devant son cabinet sans s’arrêter.

Nom d’une truffe ! Où est-ce qu’on va ? Pépère s’engage dans une rue que je ne connais pas. Il s’arrête devant un coquet petit pavillon. Sympa cet endroit, me dis-je en les suivant en toute innocence. Soudain, l’odeur me fait retrousser les babines : ça sent la peur ! D’autres chiens sont passés par ici et ont laissé des effluves, comme un message pour dire « Danger ! N’entre pas là ! » Mais c’est trop tard. Je le comprends en voyant une femme serrer la main à Mémère avant de se pencher sur moi en murmurant : « En effet, il y a du travail »…

De retour dans la voiture, je ne décolère pas : les gredins ! Les bandits ! Maudits soient-ils ces bourreaux à deux pattes ! C’était un salon de toilettage ! On m’a savonné, étrillé, astiqué, brossé… Mes tortionnaires m’ont même coupé les griffes ! Encore heureux qu’ils ne m’aient pas limé les crocs ! Et le pire de tout : ils m’ont parfumé. J’en ai des palpitations dans la truffe… un truc à vous priver de flair !

Mémère est contente. Elle dit que je suis beau et elle me renifle en répétant que maintenant je sens bon aussi… Attends un peu qu’on descende de la voiture et tu verras ! La première flaque de boue, la première crotte rencontrée : je vais me faire un plaisir de me rouler dedans !

Ma grossesse, ce parcours du combattant…

La grossesse, on me l’avait vendue comme un moment de plénitude : « tu verras, tu seras épanouie comme jamais! » C’est sans doute vrai pour certaines femmes, mais nous sommes toutes différentes et loin d’être égales sur ce plan.

La mienne a duré plus de neuf mois… Non, je ne suis pas une éléphante ! J’ai rencontré le papa de mes enfants tardivement et l’envie de devenir mère est arrivée au bout de quelques mois.

Tout a commencé par une visite de contrôle chez ma gynécologue. Moi qui ne suis pourtant pas fan des médecins, je l’aime bien. Elle est à l’écoute et ses conseils sont souvent pertinents. Nous papotions donc comme toujours et je lui ai soudain fait part de mon désir d’être mère.

Sa réponse m’a un peu heurtée, mais force est de reconnaître qu’elle avait raison : « A votre âge, espérer tomber enceinte spontanément, c’est un peu comme jouer au loto pour devenir riche… dans l’absolu c’est possible, mais le résultat est plus qu’incertain. »

Elle m’a prescrit tout un tas d’examens pour contrôler ma fertilité et celle du futur papa. Puis elle m’a demandé de revenir avec mon conjoint pour vérifier qu’il était bien partant pour la paternité si jamais il nous fallait l’aide de la médecine pour devenir parents.

… et le verdict est tombé : seuls, nos chances de procréer étaient réduites. Après s’être assurée de notre consentement mutuel, elle a donc adressé un courrier au centre de procréation médicalement assistée de Tours ou « PMA » pour les initiés.

Les mois ont passés. Je commençais à me demander si la lettre avait trouvé son destinataire lorsque j’ai reçu une convocation pour janvier 2016. Nous avons été reçus par une gynécologue plutôt revêche qui nous a clairement dit qu’elle n’était pas favorable à notre dossier (mon travail m’obligeant à ne rejoindre mon conjoint que les week-end). Je suis sortie de cet entretien complètement effondrée, persuadée que nos chances venaient de s’envoler.

Néanmoins, nous avons enchaîné sur un entretien avec la psychologue du centre PMA qui nous a fait l’effet d’un rayon de soleil après sa collègue hargneuse. Elle nous a dit que notre dossier allait passer en commission et qu’il fallait attendre l a décision d’ici à quelques mois.

Ce n’est qu’en mai qu’une nouvelle convocation est arrivée, toujours avec la gynécologue revêche. Sans doute se réservait-elle le plaisir de nous annoncer le refus de notre dossier.

A notre grande surprise, elle nous accueillit avec ce qui ressemblait à un sourire. Notre dossier était accepté. On avait juste omis de nous en aviser. De nouveaux examens nous furent prescrits, enfin, surtout à moi. Certains étaient intrusifs et parfois douloureux. Le parcours de FIV (fécondation in vitro) était lancé.

Je l’ai vécu comme une épreuve, mêle si j’ai accumulé toutes les chances : une place s’est libérée qui m’a permis de commencer ma FIV plus tôt que prévu et de bénéficier d’une stimulation courte, plutôt que d’une longue et après maintes péripéties (injections, prises de sang et échographies pelviennes quotidiennes) le moment de déclencher l’ovulation est arrivée.

Quand je dis que j’ai accumulé toutes les chances, ce n’est pas un vain mot. La première FIV a été la bonne, ce qui est loin d’être le cas pour toutes les femmes de mon âge (j’avais 41 ans). La stimulation ovarienne a très bien fonctionné, la fécondation en elle-même a donné quatre blastocystes viables et on m’en a implanté deux comme on le fait pour toute femme de plus de 38 ans (les chances d’implantation étant plus minces).

Il y eut ensuite ces moments terribles où j’allais faire des prises de sang pour connaître le taux de bêta- HCG afin de savoir si j’étais enceinte ou non. J’appelais le service de la PMA tous les débuts d’après-midi, tremblant à l’idée de devoir tout recommencer. Quand la dernière prise de sang s’est révélée positive, on m’a invitée à tempérer mon enthousiasme : je ne serais vraiment sûre de rien avant l’échographie de datation, celle qui dirait si un embryon s’était accroché au bon endroit et formé correctement.

C’est la nature même de la FIV, ces attentes interminables mêlées d’espoir et de peur. A chaque fois qu’on remporte une victoire, une nouvelle épreuve se présente.

Le médecin a l’échographie m’a donné des sueurs froides. Je l’ai vu se décomposer soudain et je me suis dit « c’est mort »… Très ennuyé, il m’a annoncé qu’il y avait deux embryons et là, j’ai dû me retenir pour ne pas sauter comme un cabri dans tous les coins du cabinet.

J’avoue que ce sentiment d’euphorie a mis plusieurs jours avant de redescendre. Euphorie pas du tout partagée par mon compagnon que la perspective d’avoir des jumeaux a quelque peu assommé. Notre entourage a été secoué lui aussi. Ma mère était aux anges, ma belle-mère elle, est tombée des nues : elle ignorait tout de notre démarche pour devenir parents.

La grossesse à proprement parler avait enfin commencé. Je ferai l’impasse sur les trois premiers mois qui se sont bien passés, malgré les nausées et les vomissements incessants (dus à des taux d’hormones très élevés).Le meilleur moment a été l’annonce du sexe de nos enfants : un garçon et une fille.

Le  quatrième mois a été catastrophique. Mon col de l’utérus était ouvert, nécessitant une hospitalisation et la pause d’un pessaire pour éviter la fausse couche. D’octobre à décembre, j’ai subi des examens quotidiens, la nourriture immonde de l’hôpital (pour couronner le tout, on m’a diagnostiqué un diabète gestationnel qui m’interdisait toute douceur) et la solitude (mes proches ne pouvant me rendre visite tous les jours).

Après un cours séjour chez mes parents où je demeurai alitée (et au régime), on m’hospitalisa une deuxième fois, car l’un de mes bébés, mon garçon, ne se développait plus normalement. Sous haute surveillance, j’ai attendu qu’on puisse déclencher l’accouchement un 17 février 2017…

Encore une fois, ce fut un moment étrange entre bonheur et terreur. Il y avait un monde fou dans le bloc opératoire pour deux raisons : les équipes sont doublées pour la venue de jumeaux et j’accouchais dans un CHU : chaque praticien était flanqué d’un étudiant. J’ai pleuré de bonheur quand j’ai entendu les premiers pleurs de ma fille et mon cœur s’est serré en attendant ceux de mon fils.

Césarienne oblige, je n’ai eu que quelques secondes de contact avec mes bébés avant qu’on ne les emmène. J’ai passé les heures suivantes seule, le temps que l’anesthésie locale ne se dissipe.

Ce parcours (et la suite : trois semaines de couveuse pour mon fils et autant de temps à voyager entre deux services pour essayer d’être présente pour mes deux petits qui avaient besoin de moi),a été l’expérience la plus intense et la plus difficile de toute mon existence, mais je referais tout les yeux fermés si c’était à refaire car c’est ainsi que j’ai obtenu ce qui est le plus précieux dans ma vie : mes enfants.

 

 

Mother Power de Lisa Druxman

Coïncidence ? Je crois que ce livre me ferait le plus grand bien… L’article de Niele m’a donné envie de le lire en tout cas.

De l'Ombre à la Clairière

« Mother Power », tout est dans le titre ! Nous sommes mamans, un des piliers essentiels de notre famille, nous devons être partout et performantes à la maison et pour beaucoup au travail. Pas de panique ! ce livre est fait pour nous qui souhaitons mener à bien nos objectifs, il y a toutefois quelques conditions à respecter : nous devons lâcher un peu de lest et mettre un peu d’ordre dans notre quotidien !
Lisa Druxman partage son expérience : maman débordée et entrepreneuse, elle doit mener de front son entreprise et sa maisonnée, comment passer du temps avec ses enfants, son mari, s’occuper des taches de la vie quotidienne sans négliger son travail ? Nous nous sommes sans aucun doute posées la même question. L’auteure remet les pendules à l’heure : une maman qui prend soin des siens, prends d’abord soin d’elle !
Ainsi au fur et à mesure des pages, elle va nous déculpabiliser, nous rendre…

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L’homme au chapeau

C’est arrivé pendant le cours d’éducation physique. Je savais que le prof était un sadique, mais j’ignorais que c’était aussi une grosse brute. Je suis plutôt sportif alors, une fois sur deux, je suis désigné pour la démonstration de l’exercice à exécuter. Ce jour-là, mon partenaire était le prof. Il devait nous montrer comment réceptionner un ballon au volley-ball.

Le cours avait lieu dehors car une autre classe occupait le gymnase. Je l’ai vu esquisser le geste qui allait m’expédier au tapis, mais une fois que le ballon s’est envolé, je ne me suis plus souvenu de rien. J’ai dû le prendre en plein visage. Quand je suis revenu à moi, plusieurs paires de pieds étaient assemblées autour de ma tête.

Je me suis redressé lentement. La voix de l’infirmière, venue en catastrophe, me conseilla de prendre mon temps. Tandis que je recouvrais peu à peu une vision normale, une image singulière se présenta à moi. Un homme vêtu d’un manteau et d’un chapeau noirs traversait le terrain de tennis. Il tenait d’une main son col serré comme s’il avait froid, bien que l’air fût doux. Mais le plus étrange, c’est que ses pieds ne semblaient pas toucher le sol… Soudain, il s’est volatilisé !

Personne d’autre que moi n’a réagi, aussi ai-je compris que j’étais le seul à l’avoir vu. Était-ce dû au choc que j’avais reçu ? Ce devait être une hallucination… J’ai préféré garder ça pour moi.

Je n’y ai plus repensé jusqu’à l’été suivant. Je passais mes vacances chez mes grands-parents, à la campagne. J’y avais mes habitudes, mes amis, car c’était un endroit où je venais régulièrement. D’année en année, nous prenions plaisir à nous redécouvrir, à confronter nos expériences. Le plus âgé d’entre nous, Vincent, était aussi celui qui avait les meilleures idées… enfin, les plus délirantes !

Il nous entraîna jusqu’à un pont qui enjambait une crevasse. Nous nous trouvions à une hauteur vertigineuse et tandis que nous étions penchés au-dessus du vide, il nous mit au défi de faire un saut à l’élastique du haut du pont. Je ne résiste jamais très longtemps à un défi : évidemment, je me suis porté volontaire. Vincent avait apporté tout un équipement dans son sac à dos… il savait bien que je me jetterais à l’eau !

Une fois harnaché, je suis monté sur la rambarde. Surplomber le vide, voir le paysage à des kilomètres à la ronde, sentir le vent dans mes cheveux… tout cela me grisait. Mais alors que je m’apprêtais à me lancer, il apparut. L’homme du terrain de tennis, toujours vêtu de la même manière. Il se tenait en suspens, face à moi. Il me regardait paisiblement, comme s’il était naturel qu’il se trouve là. Mes copains continuaient à plaisanter entre eux. J’étais donc, une fois de plus, le seul à détecter sa présence…

Je ne sais pas pourquoi, mais tout d’un coup, j’ai ressenti de la peur. Ça ne venait pas de l’homme… après tout, il n’était sûrement que le fruit de mon imagination. Non, brusquement j’étais pris de vertige. Je n’avais plus envie de sauter à cause de cette certitude qui accaparait mon esprit : j’allais me louper. J’ai renoncé, sous les moqueries de mes camarades. En me débarrassant de mon harnachement, je me sentais honteux. Sentiment qui disparut lorsque Vincent s’exclama en récupérant son bien : « Merde, mon vieux ! Heureusement que tu n’as pas sauté… Regarde cette sangle, elle est complètement pourrie ! »

La rentrée est arrivée trop vite, comme toujours. J’avais du mal à reprendre le rythme… surtout le matin quand mon réveil sonnait. A la fin du mois de septembre, je me traînais encore. Comme de juste, ce matin-là, j’étais de nouveau en retard. Le prof principal m’avait averti que la prochaine fois que je ne serais pas à l’heure, il me mettrait en retenue. Alors, je me suis mis à courir.

Le lycée se trouvait à moins d’un kilomètre, mais il fallait traverser une partie du centre-ville, ce qui impliquait de nombreuses pauses à cause des feux de circulation. J’ai été patient pour les premiers, mais ensuite, je n’avais plus le temps. Je me jetais devant les voitures, bien obligées de freiner pour me laisser passer.

Pendant que je m’engageais sur une nouvelle voie, je revis l’homme en noir, sur le trottoir d’en face. J’en suis resté pétrifié… et je n’ai pas vu le camion arriver. Il devait rouler très vite, car presque aussitôt après l’avoir entendu, je suis passé sous ses roues.

Je n’ai pas eu mal. Je me suis relevé doucement. Les gens commençaient à accourir. L’homme en noir m’a fait un signe de la main. Je me suis approché et il a ôté poliment son chapeau : « Bonjour, m’a-t-il dit. Heureux de faire votre connaissance… Je suis votre mort ! »

J’ai regardé derrière moi. Sur la chaussée, une femme déployait de vains efforts pour ramener mon corps à la vie.

Et si je vous prenais par les sentiments ?

Laure m’a été présentée via Facebook par un ami commun… et c’est à ça qu’on reconnaît un ami véritable, car j’ai rencontré  une personne à la fois charmante et créative. Je vous recommande d’aller faire un tour sur son blog « Et si je vous prenais par les sentiments ? » où ses textes plus ou moins courts vous promènent d’anecdotes en souvenirs, en passant par des réflexions très personnelles. Son écriture est pleine d’humour et de délicatesse et ne manquera pas de vous donner le sourire.

Insomnie chérie

Insomnie chérie, chaque nuit tu me tiens la main. Épuisée, rincée par mes journées bien remplies, je sais que je peux compter sur ton soutien sans faille : tu es toujours là pour moi ! Grâce à toi, fini les cauchemars, plus aucun rêve ne se glisse sournoisement derrière mes paupières. Tu veilles… et je veille avec toi.

Insomnie, je te dois de connaître cette musique nocturne qu’autrefois j’ignorais : les aboiements solitaires du chien du bout de la rue, les pétarades des moteurs de noctambules égarés dans ma campagne, les ronflements bienheureux de ma tendre moitié qui n’a pas la chance d’entretenir avec toi cette relation privilégiée…

Mais insomnie, je dois te l’avouer, cet amour que tu as pour moi est à sens unique. Je ne me vois pas finir ma vie avec toi. Tu m’emprisonnes, tu m’étouffes. Tu exiges de moi une énergie que je n’ai pas. Tu m’isoles de ceux que j’aime… mon lit, ma couette, mon oreiller. Tu me fais ruminer de sombres pensées. Notre relation est toxique. Elle doit prendre fin.

Je t’en prie, rends-moi service : quitte-moi !

 

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