L’évasion

Le précédent épisode est disponible ici .

Ma chambre est comme n’importe quelle chambre d’hôpital j’imagine, propre, blanche, impersonnelle. Je sais que ça vaut mieux que de me retrouver dehors, mais l’endroit me met mal à l’aise. C’est même pire que ça. Je me sens en danger. Pourtant, le personnel est aimable et aussi disponible que possible avec tous les patients dont il doit s’occuper.

On me sert un de ces plateaux repas insipide et je me force à goûter à tout, incapable de déterminer quels sont les mets que j’aime et ceux que je déteste. Finalement, ce n’est pas très concluant. Si rien ne me révulse vraiment, je ne prends aucun plaisir à manger, pas même le dessert, une salade de fruits (sans grande saveur, il faut dire).

Une jeune femme vient prendre ma température et ‘indique sur quel bouton appuyer si j’ai besoin de quelque chose. Puis elle me conseille de bien me reposer avant de refermer la porte. J’en suis bien incapable. Mon étrange sentiment d’urgence ne m’a pas quittée. Je ne suis pas en sécurité ici. J’en suis certaine. Je me lève, toujours parée de ma seule chemise de nuit. Je n’irai pas bien loin attifée ainsi.

J’entrouvre la porte et j’observe les allées et venues dans le couloir. Il y a moins de mouvement que je ne l’aurais cru car ma chambre est la dernière de l’étage. La porte de la chambre d’en face s’ouvre et une autre patiente en sort. Elle me regarde d’un air peu aimable et me lance un « tu veux ma photo? » avant de s’éloigner dans le couloir. J’attends qu’elle ne soit plus en vue pour me glisser dans la pièce qu’elle vient de quitter.

Une odeur de tabac froid flotte dans l’air et je comprends que ma charmante voisine est sûrement sortie pour s’en griller une. Je n’ai pas beaucoup de temps, alors je m’active. Dans sa petite armoire, je trouve des vêtements trop grands pour moi et imprégnés de son odeur, un mélange de parfum bon marché et de cigarette. Je devrai m’en contenter.

J’embarque tout : les vêtements informes, sa paire de baskets élimées et avec un réel dégoût, je lui dérobe toute la petite monnaie qu’elle a jeté dans son tiroir. Je progresse prudemment, vêtue comme l’as de pique. Je tremble à l’idée de croiser cette femme que je viens de dépouiller. Heureusement, les couloirs sont déserts.

Je me précipite dans la cage d’escalier et me laisse cueillir ensuite par la fraîcheur du dehors. Personne ne m’a remarquée, personne ne m’arrête. Je suis libre… oui, mais libre d’aller où ? J’enfonce mes mains dans mes poches. La nuit s’achève et les rues ne vont pas tarder à s’animer. Je mets la plus grande distance possible entre l’hôpital et moi, mais je dois me rendre à l’évidence : je me sens plus en danger que jamais.

À suivre…

L’inconnue

J’ai froid, tellement froid ! Je n’arrive pas à me réchauffer malgré les couvertures qu’on m’a jetées sur les épaules et la tasse de thé brûlant qu’on a glissé entre mes mains. Les gens me parlent, me questionnent, mais je ne comprends pas bien ce qu’on me veut. Je ne sais pas ce que je fais là, ni ce qui m’est arrivé.

Pourquoi suis-je en chemise de nuit ? Par où suis-je venue ? Mystère ! Je ne sais même pas qui je suis, ni même si j’ai une famille qui s’inquiète de moi.On me rassure gentiment. Je suis en état de choc. La mémoire va me revenir peu à peu. Le médecin qui m’a auscultée en est sûr. J’aimerais partager son optimisme.

Ce vide dans ma tête, là où il devrait y avoir des souvenirs, est vertigineux. Je ferme les yeux, je me concentre, mais rien… Aucun nom, aucune image ne surgit. Je dois attendre comme on me l’a dit. Les gendarmes prennent la déposition des gens qui m’ont trouvée sur le bord de la route, errant hagarde et pieds nus en pleine nuit.

C’est un couple de petits vieux. Ils sont gentils. Avant de partir, ils viennent me saluer. Puis ils s’éloignent et l’angoisse m’étreint. Je ne connais personne. Qu’est-ce que je vais devenir ? Le médecin, toujours lui, me calme. Pour cette nuit au moins, je serai dans un lit. Il souhaite me garder en observation. Hébétée, épuisée, je le suis docilement.

 

À suivre ici.

Où suis-je passée ? Pas très loin… dans le jardin !

Quand j’ai emménagé avec mon compagnon, à la naissance de nos enfants, j’ai découvert que son « jardin » était une friche laissée pratiquement en l’état depuis plus de vingt ans. Les précédents propriétaires, amoureux de cailloux (enfin je pense), nous ont laissé des dizaines et des dizaines de pierres plus ou moins grosses (certaines méritent le nom de « petit rocher »).

Je n’ai pas spécialement la main verte et je n’y connais rien en jardinage, mais deux choses étaient évidentes pour moi : tel quel, le terrain s’avérerait dangereux pour mes touts petits lorsqu’ils commenceraient à marcher, mais avec un peu (beaucoup en fait, ce dont je me suis aperçue plus tard) d’huile de coude, il pouvait devenir une source alimentaire pour notre petite famille.

Les deux premières années ont été à la fois laborieuses et décevantes. J’avais beau arracher les herbes folles, ôter les buissons les plus envahissants et déplacer les plus grosses pierres, rien de ce que je semais ne poussait… Pourquoi n’ai-je pas baissé les bras ? Par fierté sans doute, mais je pense que j’ai bien fait.

Depuis, je me suis documentée, j’ai regardé de nombreuses vidéos, suivi des MOOC en botanique, lu des articles, participé à des groupes dédiés au jardinage.  Je me suis équipée (modestement, car je n’ai pas de gros moyens), j’ai commencé à récolter des graines ici et là (presque toutes les tomates semées cette années sont issues de cette récupération).

Cette année, enfin, j’espère de beaux résultats. Avec mes deux mini-serres achetées 15 euros chez Aldi, et en utilisant la méthode des semis en bouteille, mes graines ont germé, m’offrant quelques plants pour mon potager.

Mes petites nurseries ont trouvé leur place sur la terrasse.

Quelques bébés y ont vu le jour… J’essaie de les préserver des maladies et des petites bêtes d’ici à ce qu’ils rejoignent le potager (j’attends que passent les Saints de glace).

Le potager en lui-même, m’a demandé pas mal de travail. Il a fallu le créer. L’espace était alors occupé par de grosses pierres, des arbustes de toutes sortes et de nombreuses plantes qui formaient une sorte de mini jungle inextricable.

J’ai délimité le potager avec les pierres récupérées lors de sa création : une bonne manière les recycler car je ne savais qu’en faire (j’en ai vraiment, vraiment beaucoup).

Même si ma terre est pauvre et argileuse, j’ai quand même essayé quelques semis en pleine terre… et même si ce n’est pas visible sur la photo, il y a bien des choses qui commencent à pousser !

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Des fèves des marais….

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Des fraises… (que j’ai désherbés depuis)

IMG_20200506_151950977Du cresson aliénois…

IMG_20200506_151911407Des laitues (qui grossissent de jour en jour en priant pour que les limaces se tiennent à l’écart)

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Des pois chiches…

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De la mélisse et bien d’autres choses encore (menthe, romarin, pimprenelle, persil, cumin, coriandre, navet, épinard, maïs…).

Cette année, j’ai aussi prévue une plate bande fleurie, j’ai donc préparé une bande de terre à cet effet :

J’ai commencé à la délimiter avec des piquets de bois qui traînaient sous l’appentis et qui seraient partis autrement à la déchetterie (à force de creuser, je deviens la reine de la pioche… enfin, la mini pioche, c’est déjà bien !)

J’ai beaucoup d’autres travaux en cours dans le jardin. J’ai installé quelques arbustes fruitiers sur une butte que je dois encore nettoyer (entendez par là que je dois désherber et ôter les grosses pierres qui me gênent). Sur le long terme j’aimerais en faire une forêt comestible (avec des fruitiers, petits et grands, des plantes grimpantes et des plantes au sol).

J’ai également pas mal de bacs et pots à fleurir, des herbes à enlever le long de la clôture, du rangement et du tri à faire un peu partout… bref, c’est la période la plus intense au jardin. Voilà pourquoi, chers amis, je suis si peu présente ces derniers temps, même si je passe lire les uns et les autres. Et vous ? Avez-vous des cultures en cours ? Racontez moi !

Pas le temps

Il y a un temps pour tout : pour lire, pour écrire, pour laisser son esprit vagabonder. Un temps pour construire, planifier, se projeter dans l’avenir. Un temps pour se lancer à corps perdu dans la bataille, arracher vaille que vaille des victoires.

Et dans tout ça, il faut aussi gérer le quotidien, celui qui use parce qu’il est routinier, mais néanmoins nécessaire. On ne peut pas lui échapper. Comment vivre, en effet, sans se nourrir, faire le ménage ni s’occuper de ses enfants ?

Je rêve parfois de cet autre temps qui souvent me manque : le temps pour soi. Celui qui sert à se bichonner, à faire du sport, se divertir ou juste rester là sans rien faire, à savourer le moment présent.

Je rêve, je rêve… mais pas trop longtemps : je n’ai pas le temps !

Maman (Léna 18)

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia, des mots une histoire récolte 45

Les mots récoltés étaient : moteur- mots- terrier- ornithorynque- chapeau- cravate- cabane

Sous les mains de la masseuse, Léna était à deux doigts de s’endormir. Seuls les mots de Della la maintenaient éveillée.

-Tu dois sûrement te sentir perdue, dit-elle en guise d’introduction. Je pensais que tu en savais un peu plus sur tes origines. Pardonne-moi d’avoir été si brutale tout à l’heure ! Tout d’abord, tu dois comprendre que ta mère est une personne très particulière…

-« Était », corrigea la jeune fille. Elle a été tuée lors d’un raid sur la frontière. J’avais à peine quatre ans alors…

La magicienne soupira et posa sa main sur son bras.

-Cette femme qui est décédée, ce n’était pas ta mère, dit-elle, mais une de ses amies à qui elle t’avait confiée. Son époux, par voie de conséquence, n’était pas ton père.

La jeune fille se mordit les lèvres pour endiguer l’affreuse sensation de vide qui l’envahissait. La magicienne lui tapota gentiment la main et reprit :

-Ta mère se nomme Isis. Elle a fait partie du haut conseil de magie, tout comme ton père d’ailleurs, puisque c’est ainsi qu’ils se sont connus. Je n’ai jamais rencontré de mage plus inventif ni plus puissant qu’elle. Autrefois, elle ne vivait que pour la magie et puis…

-Et puis quoi ?

-Et puis tu es née. Son amour pour toi est devenu le moteur de sa vie.

-Bien sûr, ronchonna Léna. Et c’est pour ça qu’elle m’a abandonnée !

-Précisément, oui ! dit la magicienne. Une femme aussi puissante a de nombreux ennemis. Il n’y aurait jamais eu de terrier suffisamment enfoui, ni de terre assez reculée pour que vous leur échappiez. Pour te protéger, il fallait qu’elle se sépare de toi. Je la revois encore avec son chapeau à plume, sa cravate et ses bottes de cavalier, grimée en homme pour échapper à ses poursuivants, tandis qu’on t’expédiait en secret dans la cabane de ce marchand…

-Sa maison n’avait rien d’une cabane, si vous voulez tout savoir, rétorqua la jeune fille. Et lui, au moins, m’aura élevée quand mes propres parents ne voulaient plus de moi.

-Élevée ? Oui… mais à la première occasion, ce traître t’a vendue. Si je mets la main sur lui, il le regrettera !

-Pourquoi vous en mêleriez-vous ? demanda Léna persuadée que ce n’était que des paroles en l’air.

-Pour une raison simple : Isis est ma sœur… Ce qui fait de toi ma nièce ! Tend ta main petite !

La jeune fille hésita avant de lui présenter sa paume dans laquelle Della déposa une médaille où un drôle d’animal était gravé.

-Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-elle. On dirait un canard…

-C’est un ornithorynque, un animal légendaire, le symbole de notre ordre. Il appartenait à ta mère. Garde-le précieusement.

Léna referma ses doigts dessus, mais elle n’en avait pas fini avec la magicienne.

-Très bien, dit-elle. Et si vous me parliez de mon père à présent ?

 

 

Un gentil petit vieux

Ce texte a été écrit dans le cadre du challenge d’écriture du Blog « l’atmosphérique de Marie Kléber ». Le thème du challenge est le suivant :

Vous connaissez (ou pas) ma passion pour les cimetières. Pour la semaine prochaine, je vous propose d’imaginer la vie de la personne qui repose ici.

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Ah, mes enfants ! Vous êtes tous venus me dire adieu… Il y a des larmes, de vraies larmes dans vos yeux. Vous avez déposé des fleurs sur ma tombe et des bibelots, souvenirs des moments que nous avons passé ensemble. Bien sûr, parmi ces babioles, je vois des oiseaux. Mes chers oiseaux ! Les seuls qui me connaissent depuis toujours. Car vous qui êtes ma famille d’adoption, vous ne savez rien de moi.

Quand je suis arrivé dans ce village, vous m’avez pris pour un gentil grand-père passionné d’ornithologie (ce que je suis), un pauvre veuf (je n’ai jamais été marié) qui avait besoin de cette chaleur humaine dont, très vite, vous m’avez entouré. Je me suis prêté au jeu. La belote et la pétanque m’ont définitivement ancré parmi vous. Quelques sucreries et pas mal d’anecdotes plus ou moins vraies, m’ont permis de m’attacher l’affection des plus jeunes. Étonnamment, j’ai découvert que j’aimais ça, la compagnie de mes semblables et les relations humaines.

Pourtant, ça n’a pas toujours été le cas. Autrefois, je n’avais pas de cœur. Le sang qui coulait dans mes veines était plus froid que la glace. C’est le métier qui voulait ça. J’étais un instrument, une arme… J’effaçais les gens qu’on me demandait d’effacer, sans sentiment, remords ni état d’âme. Longtemps, j’ai cru que je ne pouvais pas aimer.

Puis il y a eu cette vieille clocharde. Elle m’a vu éliminer une cible. J’aurais dû la tuer. Je n’ai pas pu. Elle me faisait penser à maman. Pourquoi ? Son regard triste et blasé d’avoir assisté à tant d’horreurs sans doute… Elle est devenue mon amie, ma confidente. C’est elle qui m’avait transmis sa passion des oiseaux. Elle s’appelait Sarah.

Quand je l’ai trouvé morte un matin, étranglée probablement par un de ces junkies qui traînaient dans la rue, quelque chose s’est brisé en moi. J’ai versé des larmes. Les premières depuis longtemps. Alors j’ai tout plaqué. Je me suis effacé moi-même. Il était temps. Un assassin compatissant, c’est comme une voiture sans moteur, ça ne sert pas à grand chose.

Ne pleurez pas mes enfants. J’ai commencé à vivre quand je vous ai connus et c’était une belle vie. Je pars sans regret.

Sur la piste (Léna 15)

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia, des mots une histoire récolte 44

Les mots récoltés étaient : délétère- terre- extrait- prologue- grotte- ours- guérisseuse- atmosphère- vaticination- marri

Le marmoréen se pencha sur la piste de terre. Les traces étaient infimes, mais il parvenait à les suivre, vaille que vaille. Ses proies pouvaient bien se cacher une fond d’une grotte obscure, il finirait par les trouver. Bien sûr, cette chasse lui demandait une énergie folle. Pour tenir le coup, il avait dû recourir aux extraits de certaines plantes, certes délétères à haute dose, mais qui lui permettaient en quantités infimes d’ignorer la fatigue, la faim et la douleur.

Il traversa la vallée des ours en moins de deux jours. Puis il longea la rivière des brumes jusqu’à atteindre de vertes prairies qui le laissèrent bien marri. Alors qu’elles s’étendaient à perte de vue, il ne distinguait pas la moindre silhouette à l’horizon. Où que soient ses proies, elles conservaient sur lui une avance considérable  !

Frissonnant, il se souvint de cette journée, une vingtaine d’années auparavant, où une vaticination de la pythie impériale les avaient lancés, lui et ses semblables, à la recherche d’une enfant magicienne ou guérisseuse (la prophétie restait assez vague) supposée mettre fin au règne de leur seigneur. L’atmosphère alors, était chargée d’inquiétude, d’excitation et d’ambitions secrètes.

Tout cela n’avait été que le prologue à de longues années passées sur les routes, dans les auberges et les villages les plus miteux. En vain… pour le moment, car le chasseur était certain que sa piste était la meilleure. Quand il se serait emparé de cette enfant aujourd’hui presque femme, plus rien ne l’empêcherait d’accomplir ses desseins.

Pauvre, moi ?

Pauvre, moi ? C’est sans doute ainsi que la société me définirait… Je ne touche plus de revenus, puisque j’ai cessé de travailler pour m’occuper de mes enfants qui ont eu 3 ans en février (encore que « cessé de travailler » soit incompatible avec le fait d’être maman). Mes économies (plutôt maigres, il est vrai), se sont envolées quand j’ai dû m’équiper pour accueillir mes jumeaux. Je ne possède pas grand chose hormis ma voiture (pas de toute jeunesse) et mon ordinateur. Enfin pas grand chose de matériel…

Parce qu’en dépit de mon aspect extérieur (mes cheveux qui poussent en toute liberté, mes fringues plus qu’élimées…), je suis riche. Je suis riche des gens avec lesquels j’échange, riche de l’amour des miens, riche des amis qui embellissent mon quotidien. Une richesse qui ne cesse de croître de jour en jour.

Je suis riche de mon imagination, elle qui me permet de voyager dans des lieux qui sont parfois connus de moi seule. Riche de mes passions : l’écriture, la lecture, la cuisine et depuis quelques années le jardinage. Riche des connaissances que j’acquiers au fil de mes lectures, mais aussi grâce à d’autres personnes ou via les MOOC si nombreux sur le net.

Je suis riche de qui je suis et de ce que personne jamais ne pourra m’enlever : mes goûts, ma personnalité, mon histoire. La richesse, la vraie ne se trouvera jamais au fond d’un porte-monnaie.

Della (Léna 14)

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia, des mots une histoire récolte 43

Les mots récoltés étaient : Hurluberlu -pastiche- s’enliser- épiler-logorrhée- fantasque-purée-soleil-ukulélé- panier

Cette cité était l’endroit le plus étrange que Léna ait jamais vu. On aurait dit qu’elle avait été construite par quelque architecte fantasque qui aurait mêlé des pastiches de châteaux médiévaux à des temples fantaisistes et antiques. Le bois, le chaume, la pierre brute et le marbre abondaient dans un joyeux désordre qui pourtant, charmait l’œil. Un soleil radieux inondait les rues, invitant les voyageurs à entrer.

Derrière eux, la paroi rocheuse se referma et un brouhaha indescriptible les assaillit. De l’extérieur, le bruit était inaudible, mais ici, c’était le chaos. Un hurluberlu brandissant un ukulélé surgit devant eux, braillant une chanson aux paroles incompréhensibles qui tenaient plus de la logorrhée verbale que de l’art.

-Quelle purée ! grogna Nohan en se bouchant les oreilles. Et cet endroit est censé symboliser la sagesse ?

-La folie a toujours côtoyé le génie, s’amusa le mage. Ne vous fiez pas aux apparences ! Vous trouverez ici des gens aussi brillants que puissants. Vous voyez cette femme là-bas, qui porte un grand panier ? C’est la maîtresse des lieux, celle que nous venons voir.

-Elle dirige la cité ? Vraiment ? On dirait une simple commère qui fait ses courses, objecta le prince en haussant les épaules.

-Parce que c’est exactement ce que je faisais, dit une voix féminine.

La femme s’était matérialisée entre eux. Elle sourit face à la stupéfaction du jeune homme, puis se tourna vers Léna et lâcha son panier, surprise à son tour.

-Hadrim ? demanda-t-elle au mage. Cette enfant est bien celle que je crois ?

-Sans l’ombre d’un doute ma chère ! Permet-moi de te présenter Léna, la fiancée du prince Nohan que voici. Léna, Nohan, voici Della, reine magicienne de la cité des anciens.

-Tu es son portrait craché, murmura la magicienne en dévorant la jeune fille des yeux.

-Pardon ? Mais de qui parlez-vous ? balbutia Léna qui n’y comprenait rien.

-Comment ça « de qui » ? Mais de ta mère, bien entendu ! L’une des plus grandes magiciennes de ce monde !

-Oh… Vous devez faire erreur, madame ! Ma mère était l’épouse d’un marchand. Jamais elle n’a pratiqué la moindre magie !

-D’un… marchand ? s’étrangla Della. Mais qui t’a raconté une ânerie pareille ? Ton père est un puissant sorcier que ta mère n’a jamais épousé d’ailleurs.

Elle s’arrêta en découvrant que la jeune fille était au bord des larmes.

-Hadrim, pourquoi me laisses-tu m’enliser de la sorte ? Elle ne sait donc rien de sa propre famille et de sa lignée ?

-Non, je le crains, répondit le mage. Je comptais sur toi pour le lui révéler en douceur.

-En douceur ! répéta Della en levant les bras au ciel. C’est bien les hommes ça : aucune délicatesse ! Viens petite, accompagne-moi aux bains. Nous irons nous faire masser, coiffer et épiler pendant que je t’expliquerai tout ça.

-Et nous ? demanda Hadrim.

-Vous n’aurez qu’à faire la même chose de votre côté… un peu de propreté ne vous nuira pas !

 

 

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