Un jour comme les autres

C’est un jour comme les autres. Nous ne sortirons pas pour fêter notre amour, nous ne nous offrirons aucun cadeau… nous ne nous dirons même pas « je t’aime ». Ce n’est pas que les sentiments se soient envolés, au contraire, ils sont là au quotidien. Au même titre que l’air que nous respirons, que l’eau que nous buvons, nous ne fêtons pas ce qui nous est aussi naturel que vital.

Je peux t’écrire ma tendresse, mes élans passionnés, mon attachement profond… qu’importe : tu ne le liras pas. Je t’embrasserai ce soir, quand tu rentreras du travail. Je te demanderai comment s’est passée ta journée, ainsi que nous le faisons tous les jours. Sans démonstrations, sans déclarations, nous continuerons à nous aimer paisiblement, discrètement.

Nous avons déjà récolté les fruits de notre idylle, nos merveilleux enfants qui embellissent nos vies. Ce n’est ni une fin, ni un aboutissement. A chaque heure, à chaque instant, nos sentiments se multiplient, s’enrichissent, s’enracinent, creusant les fondations de notre famille.

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Sous la treille (un texte ancien et… érotique)

Voici un texte écrit il y a plusieurs années maintenant. C’est mon seul texte érotique à ce jour et le seul lu par mon compagnon (curieux non ?).

 

  Il nous appelle au clair de lune et nous le rejoignons au fond des vignes. Mes sœurs me tiennent par la main et m’entraînent jusqu’au grand Bacchus. Il se dresse, silhouette sombre sur le ciel étoilé, son sexe entre les doigts. Je tends mes lèvres vers ce membre majestueux, avide d’en éprouver la chaleur et la douceur… Tout à l’heure, il me prendra avec force, fouillera mon ventre et me donnera cette jouissance qui me ramène toujours à lui.
Pour l’heure, nous nous livrons à des jeux tendres, tout en frôlements et en caresses. Des effleurements qui enflamment nos épidermes, qui affolent nos sens et attisent notre faim du mâle qui nous regarde nous embrasser et nous cajoler comme si nous lui rendions hommage.
Parfois, il se fend d’un geste affectueux envers l’une ou l’autre d’entre nous : ses lèvres s’égarent sur une tempe ou sa langue chatouille un téton. Nous sommes si proches que nous nous en sentons toutes honorées. Pas de jalousie, pas de rivalité pour nous diviser.
Arrive le moment où il entre lui-même dans la danse. Qui n’a jamais ressenti l’enivrement de ce divin amant, ne peut comprendre l’état de transe qui est le nôtre ! Le plaisir nous pénètre, nous soulève, nous enrobe complètement. Nous ne sommes plus femmes de chair, mais déesses de l’amour. Ce n’est plus du sexe, mais de la magie qui nous transporte hors de nous.
Les corps se mêlent, frottements de peau et fluides échangés. L’orgasme jaillit en même temps que nos cris de joie, nos râles de bonheur suant et haletant. Les rayons de la lune nous font étinceler l’espace d’un instant, puis un nuage voile l’astre et le calme revient.
Nous regagnons notre demeure, sages comme des rosières.
Evoé mes sœurs ! La nuit prochaine, le maître reviendra…

N’est pas glamour qui veut !

Je regarde la pharmacienne avec perplexité. « Sexy »… c’est le qualificatif dont elle vient d’affubler le bas de contention qu’elle tient à la main.  Certes, il a une couleur  qui rappelle celle de mes collants habituels, mais la ressemblance s’arrête là.  L’épaisseur et le manque de souplesse du vêtement n’ont rien d’engageant. Sexy, ce n’est pas du tout le mot qui me vient à l’esprit.

Je me vois déjà dedans, la cuisse saucissonnée comme un rôti… même au plus chaud de l’été, puisque je devrais le porter quotidiennement. L’horreur ! Pendant que mon imagination me fait frémir, mon interlocutrice continue à me vanter les qualités de la chose. Il serait confortable (mon œil !), presque invisible (au moins autant qu’il est sexy) et très résistant (ça, à la limite, je veux bien le croire).

La première rencontre entre ma paire de bas et moi est tendue… au sens propre comme au figuré. C’est à peine si ma main veut bien entrer dedans, comment y passerais-je mon pied ? Dans la souffrance et avec beaucoup d’efforts… Une fois en place, je constate que ça gratte horriblement. Au bout de quelques minutes, la sensation demeure désagréable, mais je m’y fais.

Je pars donc au travail, les engins de torture dissimulés sous une longue robe (je les trouve décidément trop moches pour être exhibés). Finalement, ce n’est pas la mort et puis, c’est pour mon bien. A la fin de la journée, arrive la délivrance. Je retire les bas avec précaution et je découvre que la bande siliconée qui sert à le fixer sur ma cuisse a laissé de vilaines rougeurs qui me démangent.

On me prescrit en lieu et place des collants de contention… encore plus glamours que les bas ! Je garde un souvenir ému de la première séance d’essayage. Impossible de les enfiler comme des collants ordinaires. Si on ajoute à cela que j’étais enceinte à l’époque et que mon ventre commençait à me gêner, on pourra esquisser le délicieux tableau d’une femme baleine, échouée sur le dos, les jambes en l’air, grognant et haletant pour arriver à entrer ses orteils, ses talons, ses mollets puis ses genoux dans ledit collant….

A partir de là, les choses se sont corsées. J’ai réalisé que non seulement, je n’endurerais pas de gainer aussi mes cuisses, mais qu’en plus, j’étais coincée à mi parcours, les deux pieds pris dans cette foutue invention de l’enfer. Il m’a fallu appeler l’homme pour qu’il m’aide à m’extirper de là. Oh, cette honte quand il a étouffé un rire !

Libérée, je me suis passée de contention jusqu’à mon hospitalisation où j’ai découvert les merveilleux bas blancs hospitaliers… et soudain, le « sexy » de la pharmacienne a pris tout son sens.

Aujourd’hui, je porte encore des collants (sans le ventre de ma grossesse, c’est plus facile) ou des chaussettes de contention. J’ai définitivement renoncé aux bas depuis que l’un d’eux m’a lâchée en pleine rue (je l’ai récupéré sur ma cheville, aussi discrètement que possible, mais quel moment de solitude !). J’appréhende l’été où porter ce genre de choses est réellement difficile, mais plus nécessaire que jamais (car la chaleur ne fait pas bon ménage avec le retour veineux)…

Nuit

Elle ouvre les yeux dans l’obscurité. Ce stupide cauchemar avait l’air si réel ! Il lui laisse une impression désagréable, un malaise que son éveil n’a pas effacé. A côté d’elle, son homme dort paisiblement. Elle l’envie. Voilà longtemps qu’elle n’a pas fait une nuit complète et celle-ci s’annonce morcelée.

Il faudrait qu’elle se rendorme en se concentrant sur des pensées apaisantes, de beaux paysages, de la musique douce… Hélas, dès qu’elle ferme les paupières, c’est la valse des pensées inquiètes qui l’assaille. Elle voit avec netteté les chiffres des factures impayées, le solde sur son compte et les maigres revenus à venir. Elle calcule, angoissée par le possible imprévu qui viendrait la mettre dans le rouge.

Dans la chambre voisine, un des enfants tousse. La voilà qui se redresse prête à se lever. La toux reprend, l’enfant gémit, elle sort du lit au quart de tour pour aller à son chevet. Le temps de caresser les cheveux de son fils jusqu’à ce qu’il se rendorme, d’embrasser sa fille et elle retourne se coucher transie de froid.

L’homme n’a pas bougé. Rien ne trouble son sommeil. Et si elle l’imitait ? Elle se roule en boule, bien décidée cette fois à plonger dans de doux songes. Mais alors qu’un engourdissement prometteur commence à la saisir, son compagnon se met à ronfler. La couette par-dessus la tête, elle tente de l’ignorer. En vain.

Le petit matin arrive. Les voitures tournent dans la rue. Les portières claquent. Puis c’est le réveil qui sonne soudain. Près d’elle l’homme s’étire en bâillant. Il se penche sur elle et l’embrasse.

-Bien dormi ? lui demande-t-elle.

-Tu parles ! répond-il en enfilant ses pantoufles. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit !

Je ne sais plus écrire

Je ne sais plus écrire comme je respire, avec fluidité, les mots sortant du néant sans même y réfléchir. Je suis rouillée, comme une vieille mécanique qui ne fonctionne plus qu’en grinçant. Et ça couine, ça craque, ça fait du bruit de tout côté. Je me rêve poétique, musicale… Je suis abrupte, noyée dans mes propos décousus. Les idées ne se mettent plus en place comme autrefois. Je dois réfléchir longuement avant de pouvoir jeter quelques mots sur le papier. Des mots que bien souvent j’efface ou je rature la seconde suivante.

C’est comme un muscle qui n’aurait pas travaillé depuis des mois. Il faut que je le renforce et que je le rééduque. Que c’est douloureux d’avoir tant perdu ! Et c’est encore plus douloureux que de ne pouvoir s’en prendre qu’à soi-même : qui, sinon moi, a fait le choix de laisser mes écrits en friche ? Qui, sinon moi, a manqué de rigueur et de courage ? Je repars à l’assaut de mes pensées intimes, de mes mondes intérieurs et de toutes les créatures qui dormaient là et que je réveille en sursaut.

J’écris à nouveau, ça fait mal, c’est difficile et encore très maladroit… mais j’écris et c’est l’essentiel.

Lettre à Edith

Mon amie, voilà trois ans déjà que tu n’es plus et le chagrin ne s’est toujours pas estompé. Il faut dire que ton départ a été si brusque, tellement inattendu que je ne l’ai jamais vraiment intégré. Une part de moi continue à croire que tu es vivante, là quelque part… On ne meurt pas quand on n’a même pas quarante ans. On ne meurt pas quand on vient à peine de trouver le bonheur et qu’on aime la vie comme tu l’aimes… comme tu l’aimais.

Tu me manques tu sais. J’aurais tant de choses à te raconter ! Des rires et des pleurs à partager et mes petits à te présenter. Tu les aurais adorés ! Nous devions nous retrouver en été 2016 pour un barbecue. Je les ai imaginées mille fois ces retrouvailles pleines de gaieté. Nous étions impatientes que les mois passent pour les organiser au plus vite.

Sais-tu ce coup de poignard en plein cœur quand j’ai reçu le message de ton compagnon qui me demandais de le rappeler ? Je savais que quelque chose t’étais arrivé : maladie, accident de voiture… Je lui ai téléphoné, prête à venir dans la seconde à ton chevet. Maladroitement et de façon un peu abrupte, il m’a annoncé ton décès.  Sur le moment, je n’ai pas pleuré. Comme si je me dédoublais, j’ai demandé des détails, j’ai présenté mes condoléances et je lui ai souhaité bon courage.

Ensuite, j’ai réalisé. Les mots ont commencé à prendre du sens. Tu étais morte. C’était fini. Je ne te reverrais plus, je n’entendrais plus ton rire et tu ne m’appellerais plus jamais pour me raconter les dernières péripéties de ta vie amoureuse. Depuis, j’ai comme un trou, là dans la poitrine. Une blessure qui ne se referme pas. La place que tu prenais dans ma vie a laissé un vide.

Mon amie, je ne peux pas te ramener à la vie, mais je peux continuer à chérir ton souvenir et à me remémorer notre amitié qui elle, est toujours bien vivante. Je t’aime et je te le promets ; un jour on se retrouvera.

Trouver le temps…

C’est l’épine dans mon pied, ma bête noire depuis près de deux ans : le temps ou plutôt… le manque de temps. La routine est devenue pesante, mais néanmoins nécessaire pour tout gérer et je n’ai plus le temps de rien. Lire et écrire deviennent des activités furtives, souvent sacrifiées au profit d’autres choses tout aussi importantes : un minimum de sport, un peu de cuisine (j’adore cuisiner) ou simplement une petite discussion entre amis.

L’une des solutions que j’envisage, c’est de me lever plus tôt, histoire de grappiller une heure ou deux… Autant de temps de sommeil en moins, mais on a rien sans rien. Je me dis aussi que peut-être, ma gestion du temps n’est pas optimale. Pourtant, je fais de mon mieux pour ne pas perdre une minute inutilement. C’est épuisant à la longue.

Foutu temps qui relègue au second plan la notion de plaisir… Et vous ? Comment gérez-vous votre temps ? De quelle manière intégrez-vous des moments de pause dans votre quotidien ?

J’attends la neige

L’hiver est venu, transformant mon jardin fleuri en cimetière végétal. Les arbres nus se tordent dans le vent. Tout est boue, bois mort et feuilles pourrissantes… Quelle désolation ! Je rêve d’herbe tendre, de saine verdure en lieu et place de cette mousse qui court partout. A quoi bon l’explosion de couleurs de l’automne pour finir dans cette bouillie de teintes sinistres et maladives ?

Des merles se disputent leur pitance sous les thuyas qu’une taille trop tardive a nécrosés de rouille. Je les entends piailler du matin au soir entre deux mugissements sinistres du vent dans la cheminée.

Alors je rêve de neige pour rendre sa virginité à la toile. Que tout se couvre de blancheur, scintillante sous le soleil pour oublier la laideur de ce qui se meurt… J’attends sa venue pour que s’installe brièvement ce silence si particulier où tous les sons sont atténués. Le seul bruit qu’on entendrait serait les rires des enfants : un peu de joie dans ce paysage hivernal !

Et quand la neige aura fondu, la vie reprendra ses droits. Elle aura tout lavé, tout purifié.

J’attends la neige et j’espère qu’elle ne me fera pas défaut…

La louve, la sensible et mes autres moi…

Je ne suis pas complètement folle et pourtant, j’entends plusieurs voix en moi. Celle qui prédomine, je l’appelle la sensible. Elle est bien souvent aux commandes, pour le meilleur et pour le pire. Elle ne regarde pas le monde, elle vibre avec lui. Empathique, émotive, elle me fait passer du rire aux larmes en l’espace de quelques minutes. C’est elle qui me permet d’écrire, mais aussi d’apprécier un film, un livre ou un morceau de musique… C’est elle aussi qui promène mon moral des hautes cimes du bonheur et de l’enthousiasme jusqu’aux tréfonds du désespoir, là où gisent tous mes chagrins.

La sensible pourrait me détruire à malmener ainsi mon âme, mais tous les coups que j’encaisse sous son joug alimentent la louve.

La louve est une vieille compagne. La plupart du temps, elle se fait discrète, planquée dans un coin de mon cœur. On ne l’entend que rarement et la plupart des gens ne soupçonnent même pas son existence. Moi-même, il m’arrive de l’oublier. Jusqu’à ce qu’elle se réveille. Elle est l’animal en moi. Elle ne sort que quand cela s’avère utile, salutaire devrais-je dire. Quand la louve gouverne, je ne suis plus la même personne. Je gronde, je mords, je sors de mes gonds. On m’a dit et répété que la colère est mauvaise conseillère, mais c’est pourtant bien cette colère qui m’a sortie des plus mauvais pas : ruptures, situations professionnelles inextricables, relations humaines toxiques…

Entre les deux existe une troisième entité : l’observatrice. Elle ne s’implique pas. Elle prend des notes  pour plus tard. Un peu froide, un peu distante, elle ne m’en est pas moins vitale. Sans elle, je m’effondrerais sûrement. Elle m’aide à tirer des leçons de tout ce que je vis et éventuellement, à éviter de commettre les mêmes erreurs.

Bien sûr, je ne me résume pas à ces trois voix… elles sont multitudes en moi ! Il y a la folle qui fait n’importe quoi sans écouter personne, la gourmande qui veut goûter à tout, la rigolote qui se marre pour un oui ou un non, la pessimiste pour qui le noir est la seule teinte, la rêveuse, capable de rester des heures entières les yeux dans le vague. Toutes différentes et toutes semblables, ce sont les innombrables facettes de mon âme.

 

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