Au campement… (Léna 4)

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia :des mots une histoire, récolte 33.

Les mots imposés : proposer – rembourrage – givre – Cabourg (facultatif vu qu’il s’agit d’un nom propre) – irrésistible – déstabiliser – foyer – tendresse – éternité

Léna ne s’attendait pas à trouver son nouveau foyer irrésistible. Elle ne fut donc pas déçue par le pitoyable village éphémère tout de bric et de broc. Son fiancé la saisit par le bras. Elle se fit violence pour ne pas se laisser déstabiliser par ce contact. Bientôt, le jeune homme aurait tout pouvoir sur elle.

-Détendez-vous Dame Léna, dit-il. Aucun mal ne vous sera fait ici. Je vais vous conduire à notre demeure, mais auparavant, j’aimerais vous présenter à ma mère. Cela ne vous ennuie pas ?

-Pas le moins du monde, mentit Léna. Cependant, j’aimerais vous proposer autre chose pour commencer… Vous connaissez mon nom, alors que je n’ai jamais entendu le vôtre. Peut-être pourriez-vous vous présenter en premier lieu, avant que je ne fasse connaissance avec votre mère. Qu’en pensez-vous ?

Le jeune homme se raidit. On l’aurait cru pris dans du givre tant il était immobile. Puis il se mit à rire.

-Je suis navré. Vous avez parfaitement raison… Je me nomme Nohan, prince du peuple de l’est. Venez à présent. La roulotte de ma mère est toute proche !

Il la guida jusqu’au centre du camp. Une roulotte imposante trônait au beau milieu des autres, gardée par un homme non moins imposant, mais dont le visage s’éclaira en apercevant le prince.

-Seigneur Nohan ! s’écria-t-il en le serrant contre lui avec une tendresse bourrue. Votre mère est impatiente de vous voir. Il y a une éternité qu’elle espère que vous trouviez enfin une promise !

Cabourg, je te présente Dame Léna, ma fiancée.

Le géant s’inclina devant la jeune fille, puis s’effaça pour laisser passer le couple. Léna cligna des yeux en découvrant l’intérieur de la roulotte. Jamais elle n’aurait imaginé y trouver un tel luxe ! Dorures et tapisseries lui donnaient des airs de salon palatin. Des meubles en acajou, aux teintes chaudes et aux motifs compliqués, rendaient l’endroit confortable et en particulier de somptueux fauteuils au généreux rembourrage.

Sur l’un deux, une femme brune entre deux âges les regardait avec attention.

 

Le compagnon

Ce texte a été écrit dans le cadre du challenge d’écriture du Blog « l’atmosphérique de Marie Kléber ». Le thème du tout premier challenge est le suivant :

“Il vivait dans l’extra, il vivait dans l’extrême. Il était un collègue. Il était un ami. Un pointillé de sagesse dans un bouillon de générosité, de folie douce et d’empathie”. Cet extrait est tiré du recueil de Sophie Selliez – Du merveilleux dans l’ordinaire

Écrire un texte à partir de cette citation. La contrainte: le texte ne doit contenir aucun des mots suivants – extra, extrême, collègue, ami, sagesse, bouillon, générosité, folie douce, empathie.

****

Il aurait pu avoir un foyer à lui, une maison, une famille… avec tout le confort et la sécurité que ça implique, mais il avait choisi la rue. À cet égard, nous faisions le même métier, serrés l’un contre l’autre comme des frères siamois, espérant des largesses de la part des passants indifférents. Parfois, une piécette tombait, toujours pour moi, car il m’avait cédé la tête de notre binôme. Je gérais nos finances, décidais de ce que nous mangions et où nous dormions. Lui s’occupait du reste.

Il était le maître de nos jeux, le guide avisé de nos pas. Je le suivais aveuglément, car j’avais pleinement confiance en lui. Et puis, son attachement pour moi ne faisait aucun doute. Il faut dire qu’il m’avait sauvé la vie plusieurs fois, comme ce soir où j’avais voulu en finir avec l’existence et qu’il avait sauté à l’eau pour me repêcher. Je lui devais tant ! Il était mon ancre dans ce misérable quotidien. Que serais-je sans sa gaieté exubérante, son regard brillant d’intelligence qui seul se posait sur moi, là où tous les autres détournaient les yeux ?

Alors ce jour-là, quand il s’est soudain couché, incapable d’aller plus loin, fatigué par les ans, par le froid des hivers, l’implacable chaleur des étés et par ces trop nombreux jeûnes forcés, apanage de ceux qui n’ont pas le sou, j’ai senti la panique monter. Je l’ai pris dans mes bras, ce presque frère, dont le regard peu à peu se voilait. J’ai appelé au secours de toute ma voix… mais les passants ont continué à avancer avec la même indifférence. Pas un ne s’est arrêté.

Mon sort de moins que rien ne les intéressait déjà pas, alors celui de mon chien, ne pouvait que les laisser froid. Ils se fichaient de savoir ce qu’il était pour moi : ma famille, la meilleure part de moi et mon unique bonheur en ce monde. Je n’ai pu que le regarder crever, serré contre mon cœur pour qu’il emporte en partant tout l’amour que j’avais pour lui.

 

Partir… (Léna 3)

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia : Des mots, une histoire, récolte 32.

Les mots imposés : Hollande ou tulipe – étouffer – image – chanson – nouveauté – destination – voyage – merveille – crisper – sauvage

Dame Hollande, la fleuriste, trônant parmi ses roses et ses tulipes, adressa à Léna un petit salut amical. La jeune fille le lui rendit le cœur serré. Combien de fois était-elle passée par ici, l’esprit totalement insouciant, lorsqu’elle allait faire des courses pour son père ? Bloquée au fond de sa gorge, une émotion traîtresse menaçait de l’étouffer. L‘image de son géniteur, froid et indifférent, eut tôt fait de la chasser. Elle ne manquerait à personne ici.

Toute à ses pensées, elle avait ralenti sans même s’en apercevoir, creusant un écart entre elle et son guide. Elle n’en prit conscience qu’en croisant le regard interrogatif  de son fiancé qui s’était arrêté pour l’attendre. Son fiancé… Voilà une nouveauté à laquelle elle allait devoir se faire ! Certes, elle avait toujours su qu’on finirait par la marier… mais pas de cette manière, pas avec une sorte de sauvage perpétuellement en voyage, sans terre, sans logis !

-Tout va bien ? lui demanda-t-il en fronçant les sourcils.

-Oui… euh, à merveille ! balbutia-t-elle. Merci de vous en préoccuper.

Elle avait ajouté ces derniers mots à regret, ignorant sa nuque qui s’acharnait à se crisper, peu habituée à laisser son orgueil de côté. Elle devrait faire des efforts si elle voulait que tout se passe bien avec son futur époux.

-Nous arrivons à destination, déclara le jeune homme en lui montrant un campement de roulottes à quelques mètres devant eux.

Léa entendit des rires, des cris d’animaux, des éclats de voix et saisit quelques bribes d’une chanson. Ainsi donc, c’est ici que commencerait sa nouvelle existence…

L’oiseau quitta le nid (Léna 2)

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia :des mots, une histoire : récolte 31.

Les mots imposés :  flou – caractère – tendresse – burn out – lâcher – cloche – enguirlander

C’était un matin comme les autres : la cloche de la chapelle voisine sonnait à la volée et on entendait les cochers s’enguirlander dans la rue pour savoir à qui revenait la priorité. Le quotidien suivait son cours pour tout le monde, sauf pour Léna. Son père n’avait jamais eu bon caractère, mais jamais elle n’aurait cru qu’il pourrait se défaire d’elle ainsi, avec la plus grande froideur et sans la moindre manifestation de tendresse.

Il avait tout juste consenti à lâcher quelques informations à propos du futur époux de la jeune fille. Ce n’était pas un saltimbanque comme elle l’avait d’abord cru, mais un noble d’un peuple nomade qui cherchait à prendre femme parmi les dames de la grande bourgeoisie. Léna n’était pas dupe. Un noble qui se mariait avec une vulgaire bourgeoise était un noble en manque d’argent… Et un bourgeois qui acceptait de vendre ainsi sa fille, poursuivait forcément une ambition sociale.

Elle aurait aimé en savoir plus, avant d’être contrainte de préparer ses effets pour suivre son futur époux, mais son père l’avait laissée dans le flou le plus total. Il estimait qu’elle disposait déjà de tous les détails dont elle avait besoin. On frappa à leur porte tandis qu’elle achevait d’enfiler sa capeline. Les deux hommes entrevus la veille étaient là. Le plus jeune, son fiancé, s’approcha d’elle et la salua. Puis il lui tendit un vêtement brun et austère.

-Passez ce burnous, lui dit-il. Vos habits risqueraient d’attirer l’attention de gens peu recommandables.

-Un burn out ? Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-elle.

-Un burnous, la corrigea-t-il en dépliant l’affreux manteau de laine, semblable à celui qu’il portait. Rabattez bien la capuche sur votre visage, ajouta-t-il en lui montrant l’exemple.

Sans lui laisser davantage de temps pour faire ses adieux à son père (qui du reste n’avait pas même ouvert la bouche), il s’empara de son paquetage et passa la porte.

 

La magicienne d’Oz

Les gens venaient des quatre coins du monde pour qu’elle réalise leurs souhaits. Les consultants ne voyaient jamais son visage. Ils se tenaient derrière un rideau peint et lui confiaient, souvent à voix basse, leurs désirs les plus secrets. Elle décidait en son âme et conscience si elle devait ou non les aider. Les assassins, les escrocs et les manipulateurs repartaient bredouilles. On la menaçait souvent de représailles, mais elle se savait intouchable, en tout cas physiquement.

Il arrivait parfois qu’un petit malin tente d’écarter le rideau pour dévoiler son identité, mais un flash l’aveuglait aussitôt, rendant ce genre de tentative tout à fait inutile. pour tous, elle était le magicien d’Oz, car les braves gens ignoraient jusqu’à son sexe. Elle entretenait la confusion en s’habillant comme un homme. Ainsi, même son ombre ne pouvait la trahir.

Mais au final, ce fut son cœur qui la précipita vers sa chute. Ce jour-là, elle reçut un consultant à la voix tremblante, si tremblante qu’elle ne put s’empêcher de jeter un œil dans l’entrebâillement du rideau. Un jeune homme vêtu comme un épouvantail et à la crinière de lion se tenait là. Autrefois bûcheron, il venait d’être fait chevalier et l’implorait de lui donner le courage qui lui faisait défaut.

En lieu et place de ce qu’il demandait, elle lui donna son amour. Ouvrant en grand le rideau, elle lui apparut telle qu’elle était : une jolie jeune femme, petite et menue. Son cœur se brisa lorsqu’il la repoussa et l’on raconte depuis lors, que son dépit amoureux a fait d’elle une sorcière, la méchante sorcière de l’Ouest…

L’arrangement (Léna 1)

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia : Des mots, une histoire : récolte 30. 

Les mots imposés : influenceur – modeler – insipide – saltimbanque – ombre – harmonie – bousculade – mouiller – se perdre – exploiteur – certitude – folie

L’homme avait un visage étroit, des lèvres minces qui ne souriaient jamais et des yeux bleu acier qui se posaient sur son interlocuteur avec un mépris non déguisé. Dissimulée dans l’ombre, Léna assistait à la scène.C’était une folie de se tenir là. Son père serait furieux s’il découvrait qu’elle lui avait désobéi, alors qu’il lui avait bien recommandé de rester dans sa chambre tandis qu’il recevrait « l’Influenceur« … un homme qui avait le pouvoir de changer le destin d’une famille en l’aidant à nouer les bonnes alliances, en un mot, un marieur.

Léna, dans le secret de son cœur le nommait autrement : ce n’était qu’un vil exploiteur. Contre quelques pièces, il allait modeler l’existence de la jeune fille selon le bon vouloir de son père. À quel insipide fils de bourgeois allait-on la donner ? À moins qu’on ne la liât à un futur officier ? À cette pensée, Léna sentit son dos se mouiller d’une sueur froide. Elle détestait les soldats, la violence et la guerre. Ils lui avaient pris sa mère.

Son père tendit une bourse à l’Influenceur et Léna eut la certitude que l’affaire était conclue depuis longtemps. Comme de juste, la porte d’entrée s’ouvrit sur deux silhouettes encapuchonnées. Les deux étrangers, dans une parfaite harmonie, se découvrirent en entrant. Léna ne put retenir un hoquet de surprise : des saltimbanques ! Elle savait à quel point son père redoutait de voir son nom se perdre dans l’oubli, mais elle n’aurait jamais imaginé qu’il irait jusqu’à jeter sa propre fille dans la bousculade des foires, le tapage des gens du spectacle et la poussière des routes pour le préserver.

Marchand de sable

Marchand de sable où es-tu ? Voilà des semaines que tu ne passes plus chez moi. Je suis en manque. Mes idées ne sont pas claires, mon corps peut me trahir à chaque instant. Où est ma dose de sommeil ? Mon droit d’entrée au pays de Morphée ? Où es-tu bon sang ?

Sans toi, je suis condamnée à écouter les bruits nocturnes de la maison : les craquements, les grincements, le goutte-à-goutte du robinet… Les ronflements de monsieur, les gémissements des enfants : je n’en peux plus !

Et puis, je ne sais que faire de toutes ces pensées qui tournent dans ma tête comme des corbeaux en quête de charogne. Je gis sur le lit, les yeux ouverts, en proie aux idées les plus angoissantes, aux questions existentielles et à mes souvenirs les plus glauques.

Je t’en prie : reviens ! Je te donnerai mon cœur, mon âme, mon corps aussi si tu sais quoi en faire ! Je veux juste en échange, ma dose, celle que tu distribues si généreusement à ces autres qui dorment autour de moi…

Finistère

Ceci est ma première participation à l’atelier d’Olivia. Les mots à utiliser étaient : Finistère – canard – oxyder – bouteille – claquement – brioches – souvenir – explorer – découverte

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Tout le monde l’appelait Finistère. Avec les années, il avait tout perdu, tout… jusqu’à son fichu nom ! Il avait le vague souvenir d’avoir eu une femme, une maison et un travail, mais c’était dans une autre vie, quand il faisait encore partie du monde ordinaire. La bouteille était sa seule amie à présent. Il la serrait presque amoureusement contre lui, l’embrassant régulièrement à pleine bouche.

L’ivresse effaçait tout ce que son existence avait de tragique. Il n’était pas là où les gens croyaient le voir : dans la rue, marchant comme un canard boiteux. Il voguait vers un autre monde qui ne demandait qu’à être exploré, un monde à la lisière du rêve, où ne vivait aucun homme, un monde vierge de toute civilisation.

Il passa devant la vitrine d’une boulangerie où s’offraient au regard des brioches rebondies, des croissants dorés et d’odorantes chocolatines. Son estomac gronda, mais il n’y prêta aucune attention. Il était dans son songe éveillé, aux confins d’une autre réalité. Dans un dernier claquement de langue, il finit la bouteille puis la jeta rageusement sur le trottoir avant de traverser la rue.

Le klaxon furieux d’une vieille camionnette oxydée ne le ramena pas au présent. Il était accaparé par la découverte de cet ailleurs, construit par son esprit embrumé. Il ne vit pas le camion qui le percuta, pas plus qu’il ne sentit le choc qui le propulsa à plusieurs mètres. Les yeux grands ouverts sur un ciel gris sale, dos au sol, Finistère passa ses derniers instants aux portes de l’inconscience avant de basculer dans l’éternité.

Viviane

Ses pieds nus tournent sur la mousse du rocher, sans qu’elle ne glisse jamais. Je n’entends pas la musique qui la fait danser et qui ne se joue que pour ses seules oreilles. Peut-être est-ce le murmure du vent, la voix cristalline de la rivière et le bruit des feuilles qui s’agitent qui marquent le rythme de son étrange danse. Peu importe, je n’ai pas l’oreille musicale. Rien ne compte que ses mains qui dessinent des arabesques, enlaçant un peu plus à chaque passage mon pauvre cœur palpitant.

Un sourire aussi doux qu’un rayon de soleil étire ses lèvres. Les yeux clos, elle a oublié le monde qui l’entoure. Je suis fasciné par ce visage aux yeux clos, perdu dans une transe que je comprends mal, mais qui m’offre le plus beau des spectacles. Je reste longtemps à la regarder ainsi, en silence pour ne pas la troubler. Puis soudain, elle ouvre les yeux, m’aperçoit et dans un rire, court vers moi.

Je me souviens d’une autre qui courait ainsi en me rejoignant. Elle aussi souriait en se pressant contre moi. Elle avait les mêmes gestes tendres, le même regard pétillant… Mais la ressemblance s’arrêtait là. Morgane était aussi brune que Viviane est blonde, aussi vénale que Viviane est désintéressée. Et pourtant…

Pourtant, jamais Morgane, malgré toutes les connaissances et le pouvoir qu’elle m’a soutirés, n’a jamais été aussi dangereuse pour moi que Viviane et son amour qui m’enchaîne. « Tu viens, Merlin ?me dit-elle. » Ces quelques mots effacent les années qui nous séparent, précipitent dans l’oubli mes responsabilités et les promesses que j’ai faites un jour au garçon dont j’ai fait un roi. Je la suis sans me retourner, jusqu’au fond du lac dont elle est la maîtresse et moi le prisonnier consentant…

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