Reflet

Ce texte a été écrit dans le cadre du challenge d’écriture du Blog « l’atmosphérique de Marie Kléber ». Le thème du challenge est le suivant :

Pour mardi prochain, je vous invite à écrire un texte à partir de TOUS les éléments suivants.

  • Choisir une couleur:  gris, jaune, rouge, cyan, vert et orange
  • Choisir une émotion:  joie, peur, tristesse, surprise, colère
  • Choisir un des quatre éléments: air, eau, feu, terre
  • Choisir un objet de votre quotidien.

 

J’ai donc choisi pour ma part :

  • une couleur : rouge
  • une émotion : la colère
  • un des quatre éléments : le feu
  • un objet de mon quotidien : le miroir de ma salle de bain

Je venais de claquer la porte de ma salle de bain avec colère. Marre ! Ras le bol ! Je n’en pouvais plus de tout faire dans cette maison sans jamais recevoir le moindre mot de reconnaissance, mais en essuyant toujours plus de reproches ! Non, je n’étais pas une machine à plier le linge, ni une esclave honorée d’accomplir les tâches domestiques pour « son maître » !

Je fis couler de l’eau fraîche et m’en passai un peu sur le visage. En relevant la tête, je découvris dans le miroir une étrange créature qui me dévisageait elle aussi avec surprise. Sa peau était rouge et craquelée, ses yeux incandescents et une écume visqueuse s’échappait de ses lèvres. Je n’avais nullement besoin de contempler ses cornes recourbées ni même les feux de la Géhenne qui l’entouraient pour reconnaître en elle un démon !

Ce démon-là dormait en moi depuis des années. Il était temps de lui lâcher la bride et de le laisser déverser sa fureur sur l’être qui l’avait provoquée : mon mari.Tout feu, tout flamme, j’ouvris la porte à la volée. Le démon et moi étions en symbiose. Gare à mon époux ! Il allait voir de quel bois nous nous chauffions !

 

La dame aux corbeaux (Léna 8)

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia, des mots une histoire récolte 37.

Les mots imposés : arbre, quarantaine, hésitation, envoûtement, copeaux, sonner, musique, cigogne.

Après le départ du prince, Léna se pelotonna dans un fauteuil, le seul meuble confortable de la roulotte. Épuisée, aussi bien physiquement que moralement, elle s’endormit rapidement. La musique grinçante d’un vieux crincrin la tira de son sommeil. Elle eut à peine le temps de s’étonner de se retrouver dehors, au pied d’un arbre, qu’une grande femme maigre, dont la silhouette tenait autant de la cigogne que du héron, se pencha sur elle avec un sourire qu’elle trouva malsain.

-Bonjour, jeune demoiselle, lança-t-elle à la jeune fille sans cesser de sourire. Ainsi donc, c’est toi la malheureuse promise du prince des loups ?

-Malheureuse ? Pourquoi malheureuse ? demanda Léna en tentant de se lever sans y parvenir. Qu’est-ce que je fais ici ? Pourquoi ne puis-je pas bouger ? Que m’avez-vous fait ?

-Eh bien ! Eh bien ! répondit la femme. Que d’interrogations ! Calme-toi fillette ! Ce n’est qu’un petit envoûtement… Rien de bien méchant ! Je voudrais juste que tu délivres un message à Amarante de ma part.

-Et puis quoi encore ! gronda la jeune fille qui n’appréciait ni la situation ni son interlocutrice. Pourquoi n’allez-vous pas le porter vous-même ce message ?

La femme ricana.

-Oh oui ! Je me vois bien sonner à sa porte. J’adorerais lui rendre une petite visite. Hélas, cette brave dame ne me porte pas dans son cœur et elle réduirait sans l’ombre d’une hésitation, ma pauvre vieille carcasse en petits copeaux ! Nous ne sommes pas vraiment en bons termes elle et moi. Peut-être même, devrais-je dire que nous sommes des ennemies intimes.

-Quel rapport avec moi ? dit Léna qui se tortillait pour essayer d’échapper à l’emprise magique.

-Les loups sont immunisés contre mon pouvoir… Mais toi, tu n’es pas encore des leurs, alors j’ai saisi l’occasion qui m’était offerte. À présent, écoute-moi bien : dis à cette vieille sorcière que la dame des corbeaux la salue bien ! Elle ne sera jamais à temps à la cérémonie de passation de pouvoir, j’y ai veillé. Son fils ne deviendra pas roi car c’est le mien qui sera couronné. Tu t’en souviendras ? J’ai gagné. Votre troupe de bohémiens ne quittera jamais cette ville. Et puis surtout je…

La jeune fille n’entendit jamais la suite. Dans un sursaut, elle se réveilla dans le fauteuil où elle s’était initialement endormie. Un inconnu lui tenait la tête.

-Je l’ai ramenée ma reine, dit-il. Ce ne fut pas facile. L’enchantement était puissant.

Léna, reprenant peu à peu ses esprits, nota que tout un tas de gens s’étaient invités dans la roulotte. La reine, flanquée de Cabourg, se tenait à l’entrée et la dévorait des yeux. Taliésin, agenouillé à sa gauche, tentait de lui faire boire une infusion qu’elle repoussa agacée. Nohan à sa droite, tenait sa main sans cacher son inquiétude.

-Vous n’étiez pas parti préparer notre départ ? demanda-t-elle à ce dernier.

-Il y a eu du changement ma dame, souffla-t-il. Des cas de peste noire se sont déclarés dans les faubourgs. Toute la ville est en quarantaine. Nous sommes coincés ici.

Drôles d’invités…

Ce texte a été écrit dans le cadre du challenge d’écriture du Blog « l’atmosphérique de Marie Kléber ». Le thème du challenge est le suivant :

En cherchant un thème pour le prochain atelier, mon regard s’est posé sur un livre dans ma bibliothèque « Partition amoureuse » de Tatiana de  Rosnay. Dans ce roman, le personnage principal, qui est une femme, a une idée originale « inviter les hommes qui ont le plus comptés pour elle, seuls, sans femme ou petite amie – un dîner d’ex amants. »  

Je vous invite à faire, dans un premier temps, un petit inventaire avec quelques détails sur les personnages (amants / amantes) choisis. Puis dans un deuxième temps, à écrire un texte sur ce dîner, que ce soit l’avant (reprise de contact, préparation, état d’esprit…), l’après (sensations, retour sur l’expérience,…) ou le dîner en lui-même. A vous de voir sous quel angle vous souhaitez traiter ce sujet.

***

Les cartons d’invitations, sobres et élégants, étaient partis. Un pour chacun des hommes qui avait marqué sa vie de femme et construit dans une certaine mesure, son identité sexuelle. Tous ses amants passés ne seraient pas là naturellement, elle ne s’était adressée qu’aux plus représentatifs.

Cédric, parce qu’il était le premier, même s’il ne l’avait jamais su et qu’il lui avait appris, bien malgré lui, à se méfier des hommes. Philippe, le seul bellâtre parmi ses convives : un homme beau et conscient de l’être… dommage que son âme fût si ordinaire et ses sentiments si superficiels ! Il y avait eu ensuite Christophe… Ah, Christophe ! L’homme qui lui avait fait croire au grand amour, avant de la jeter, par courrier électronique, comme une vieille chaussette quand son ego avait été comblé.

Elle avait hésité avant d’inviter aussi Adrien, le plus jeune de tous, bien plus jeune qu’elle-même à vrai dire. Pourtant, il l’avait également marqué à sa manière. Elle s’était sentie si sale lorsqu’il avait disparu après leur unique nuit d’amour ! Ensuite venait Jean-Marie, le soldat, le guerrier, grand, fort, viril… mais tellement abrupte qu’elle l’avait fui pour sauver son cœur déjà si fragile et ce qui lui restait de dignité.

Ils étaient tous venus. Elle n’aurait su dire pourquoi. Étonnés sans doute de trouver d’autres convives autour d’eux, ils la couvaient de regards furieux et interrogatifs. Lequel ouvrirait en premier le bal des questions ? Pour le moment, ils s’entre-regardaient avec méfiance et hostilité, devinant peut-être des rivaux dans leurs voisins encore muets. Si différents les uns des autres qu’ils ne voyaient sans doute pas le lien qui les unissaient : l’amour qu’elle leur avait porté… et le mal qu’ils lui avaient fait.

Elle les laissa mariner, se délectant de leur malaise. N’était-ce pas justice après ce qu’ils lui avaient fait vivre ? Puis le dernier de ses convives arriva… La dernière plutôt : Nadia, belle, douce, féline.. Sa compagne, son âme sœur, celle qui avait transformé ses amours passées en vieux souvenirs.

Bavardage… (Léna 7)

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia :des mots une histoire, récolte 36.

Les mots imposés : méridienne, césarienne,douleur,fignoler, causette, spartiate, plaisir.

-Vous aviez raison, déclara Léna tandis qu’ils s’éloignaient de la roulotte de Taliésin. Votre ami est vraiment sympathique. Les guérisseurs sont-ils mieux considérés par votre peuple que par le mien ?

-En principe oui, répondit Nohan. En ce qui concerne Taliésin, cependant, les choses sont différentes. Son père, qui était le guérisseur du roi, a fait tomber sa famille dans la disgrâce suite à une opération qu’il a pratiquée.

-Son patient est décédé ?

-Non, l’opération était simplement interdite car jugée contre nature. Il a pratiqué une césarienne... Ce qui consiste à ouvrir le ventre d’une mère pour en extraire son bébé lorsque l’accouchement par voie basse est impossible… Pardon, ce n’est pas un sujet à border avec une jeune fille !

-Ne vous excusez pas, proteste Léna, ça m’intéresse ! S’il a sauvé la mère et l’enfant, pourquoi est-il tombé en disgrâce ?

-Je vous l’ai dit : cette opération était taboue, fit Nohan. Et puis… la survie de sa patiente a contrarié les plans de personnes haut placées !

-Vraiment ? s’écria Léna. Mais qui était cette femme pour gêner tant de monde ?

-C’était ma mère et cette césarienne nous a sauvé tous les deux. Nous voici arrivés !

Le prince ouvrit la porte d’une roulotte dont la simplicité contrastait avec l’opulence de celle de la reine. Léna fut un peu surprise de découvrir cet intérieur spartiate, épuré à l’extrême.

-Ce n’est pas très confortable, s’excusa le prince, mais vous pourrez aménager notre demeure à votre guise quand nous serons mariés. Avec un peu de bonne volonté, je suis même certain que nous parviendrons à faire entrer une de ces méridiennes dont les grandes dames raffolent.

-Je n’ai nullement besoin d’une méridienne, dit doucement la jeune fille. Et je ne suis pas une grande dame. Êtes-vous nerveux ?

Une expression qui ressemblait à de la douleur passa sur le visage du prince, chassée par un pauvre sourire.

-Je m’excuse ma dame, dit-il. Vous devez l’être plus que moi encore, vous qu’on vient d’arracher à votre foyer !

-Je ne peux pas dire que j’ai quitté la maison de mon enfance avec plaisir, répondit Léna, mais cela m’aura au moins appris les véritables sentiments de mon père à mon égard.

Elle fut interrompue par des coups furieux heurtant la porte. Nohan ouvrit. Un petit homme chauve se tenait, fort embarrassé, devant lui.

-Désolé de vous déranger en pleine causette, mon prince, dit-il, mais il reste des détails à fignoler avant notre prochain départ. La reine vous fait mander.

Le prince soupira.

-Installez-vous ma dame, dit-il à Léna avant de disparaître. J’en aurai certainement pour une heure ou deux.

 

La lampe

Ce texte a été écrit dans le cadre du challenge d’écriture du Blog « l’atmosphérique de Marie Kléber ». Le thème du challenge est le suivant :

Pour le rendez-vous de la semaine prochaine, je vous propose un voyage en Orient. Les sons, les épices, les couleurs, l’atmosphère, les odeurs, les saveurs, les tissus… A partir de la musique suivante, je vous invite à écrire un texte qui traduira soit vos ressentis et émotions à l’écoute de ce morceau, soit relatera un souvenir (qui sait) ou racontera une histoire sortie de votre imagination. Laissez vous porter, envoutez-nous et encore une fois, souvenez vous que tout est possible!

Mozart l’Egyptien

 

Charles grognait et haletait au-dessus d’elle. Puis il roula sur le côté et presque instantanément, se mit à ronfler. C’était ce qu’il appelait « faire l’amour ». Il y avait longtemps qu’Émeline avait renoncé à chercher tout plaisir à la chose. Sa seule consolation, c’est que son mari ne réclamait pas plus d’amour ni d’attention qu’il ne lui en donnait.

Du reste, la passion qui animait la jeune femme n’avait rien de charnel. Elle ne vibrait que pour les objets, de préférence rares et précieux. Cet après-midi, cependant, elle avait craqué pour une vulgaire lampe à huile, une camelote digne d’un bazar. Sans trop savoir pourquoi, elle s’était sentie appelée par ce bibelot qui trônait sur une étagère poussiéreuse.

Dans l’obscurité, elle tendit la main et attrapa la lampe sur sa table de chevet. Elle était tiède entre ses doigts, douce et rassurante. Elle la serra contre son cœur et s’endormit sourire aux lèvres. Une tendre caresse sur son visage lui fit bientôt rouvrir les yeux. Un regard brun la scrutait. L’inconnu se trouvait au-dessus d’elle et Charles avait disparu.

Elle réalisa avec stupeur qu’elle n’était plus dans sa chambre, ni dans son lit, remplacé par un sofa couvert de coussins multicolores. Une odeur de rose et de jasmin flottait dans l’air et une musique orientale se jouait en sourdine. Et quelle musique ! La virtuosité de Mozart, mêlée à l’exotisme d’instruments orientaux : un délice qui lui donna la chair de poule.

L’inconnu lui tendit la main et elle la prit sans crainte ni hésitation. Elle était soudain Shérazade s’abandonnant à l’étreinte de son prince. Sans pudeur ni fausse honte, elle s’offrit à l’homme qui lui prodigua d’habiles caresses. Il murmurait à son oreille des mots dont elle ne comprenait pas le sens, mais qui l’enflammèrent. Leurs ébats achevés, il s’allongea près d’elle et la prit dans ses bras où elle s’abandonna au sommeil.

Charles prenant sa douche la ramena à la réalité. La lampe était toujours entre ses mains, mais son amant, lui, avait disparu. Avait-elle rêvé ou ce moment magique avait-il vraiment eu lieu ? Pour en avoir le cœur net, elle souleva la lampe et la frotta…

 

L’apothicaire (Léna 6)

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia :des mots une histoire, récolte 35

Les mots imposés : fruit – ambulance – électricité – meringue – potence – écorce – armoise – innocent – priapisme – douceur – retour

-Vous vous en êtes bien tirée, dit avec douceur Nohan. Ma mère n’a guère l’habitude qu’on lui tienne tête. Je crois que vous lui avez fait grande impression.

-Pour ma part, j’ai plutôt eu le sentiment d’être un de ces innocents qu’on mène à la potence, répondit Léna. Je ne m’attendais pas à un tel accueil. Votre mère est terrifiante !

Nohan sourit.

-Que diriez-vous de rencontrer un de mes amis ? Je vous promets que ce sera plus agréable que l’entrevue avec ma mère.

La jeune fille accepta, heureuse de pouvoir retarder le moment où elle se retrouverait seule avec le prince. Cette simple idée l’embarrassait. L’ami du prince vivait dans une roulotte de taille modeste.

-C’est une ancienne ambulance, lui révéla Nohan. Une charrette qui permettait de transporter des blessés, précisa-t-il devant l’incompréhension manifeste de la jeune fille.

Un grand échalas vint au-devant d’eux. Il portait une robe bariolée et ses chevaux longs flottaient dans le vent.

-Déjà de retour mon prince ? s’écria-t-il en serrant la main du jeune homme.

-Permets-moi de te présenter ma fiancée, Dame Léna. Ma dame, voici…

-Taliesin ! le coupa l’homme en prenant la main de la jeune fille qu’il agita vigoureusement. Si vous souffrez du moindre mal, venez me voir. Je suis apothicaire et guérisseur à mes heures perdues. Dans mon humble roulotte, je possède toutes les plantes médicinales imaginables : armoise, mélisse, absinthe, lavande… Je puis même vous fournir de l‘écorce de saule blanc si la fièvre vous prend ou des fruits rares et exotiques pour soigner les maux et les faiblesses féminines.

-Je…euh… merci beaucoup ! répondit Léna.

-J’aime beaucoup votre ville, continua Taliesin sans même reprendre son souffle. Pas plus tard qu’hier, j’ai croisé une de vos compatriotes qui s’apprêtait à se marier. Elle portait une robe mousseuse, volumineuse comme une meringue. As-tu prévu une telle tenue pour ta promise mon prince ? Non ?

-Nous aviserons le moment venu, répondit Nohan. Pouvons-nous entrer boire un thé en ta compagnie ?

-Oh… Vraiment, j’en aurais été très heureux, mais j’attends la visite d’un client atteint d’un mal plutôt embarrassant. Imagine, le pauvre garçon souffre de priapisme !

-Priapisme ? répéta Léna. Qu’est-ce que c’est ?

Nohan rougit et fut pris d’une quinte de toux.

-Nous allons te laisser dans ce cas, mon ami, fit-il. Il y a de l’électricité dans l’air. Je ne serais pas surpris qu’un orage éclate.

 

Que diable !

Ce texte a été écrit dans le cadre du challenge d’écriture du Blog « l’atmosphérique de Marie Kléber ». Le thème du challenge est le suivant :

Je vous invite à écrire un texte qui devra impérativement commencer par la phrase suivante: “le 7 septembre ****, à la tombée du soir, alors que je désherbais mon potager, une voiture se gara devant la maison et un homme à la cinquantaine et à la calvitie avancées en descendit.” Rendez-vous le 4 février et encore une fois amusez vous bien!

Je fis semblant de ne pas le voir. Après tout, je ne demandais rien à personne et je ne l’avais pas invité à venir me déranger pendant mes activités quotidiennes. C’était sans doute un de ces représentants prêts à vendre père et mère pour gagner leur petite prime… Qu’il aille au diable !

-C’est moi, fit une voix grave, presque caverneuse.

Je me retournai d’un bloc et découvrit mon indésirable visiteur dans l’allée, juste derrière moi. Je n’arrivais pas à m’expliquer comment il m’avait rejointe si vite, mais je reléguai cette question au second plan en sentant la moutarde me monter au nez.

-Je n’ai pas bien compris qui vous étiez, mais je m’en fiche, fis-je plus glaciale qu’un iceberg. Vous n’avez rien à faire chez moi : disparaissez !

-Tss, répondit-il avec un sourire qui me fit froid dans le dos, chez toi, c’est un peu chez moi. Ne me reconnais-tu donc pas ?

-Je ne vous ai jamais vu, affirmai-je, très sûre de moi.

-Bien sûr que si ! Tu me vois chaque matin dans ton miroir. Je suis tapi au fond de ton regard. Chaque fois que tu as une mauvaise pensée ou que la colère monte en toi, je suis là !

-Espèce de malade ! Je vais appeler les gendarmes, je vous préviens !

Pour illustrer mes propos, je dégainai mon téléphone portable et je pâlis. Je l’avais rechargé le matin même et voilà qu’il refusait de s’allumer !

-Ne sais-tu pas que toutes ces inventions modernes ont été créées par mes soins ? J’en suis l’instigateur et le maître absolu, mon enfant. Rend-toi à l’évidence : je suis Satan !

-Mais qu’est-e que j’ai fait au bon Dieu pour que vous veniez m’enquiquiner jusque dans mon jardin ?

Ce fut à son tour de blêmir.

-Malheureuse ! Ne prononce pas ce nom, tu vas l’attirer !

Au même instant, une limousine blanche ralentit devant ma boîte aux lettres. Elle était conduite par un autre quinquagénaire à la barbe fournie et aux cheveux aussi longs que son front était dégarni.

Mon enquiquineur remonta ventre à terre dans son véhicule et démarra en trombe, la limousine collée au train. Ce que je fis ensuite ? Ben, je me remis à mon potager pardi ! Il n’allait pas finir de se désherber tout seul !

 

Junior, Gentleman cambrioleur

Ce texte a été écrit dans le cadre du challenge d’écriture du Blog « l’atmosphérique de Marie Kléber ». Le thème du challenge est le suivant :

Vous êtes sûrement tous au fait de la fameuse conspiration des chaussettes. Elles passent du bac de linge sale à la machine à laver puis disparaissent comme par magie au moment où il faut les mettre par deux puis les ranger dans le placard. Il parait que les petites cuillères s’y sont mises aussi. Je vous invite à créer une histoire qui apporterait à tous ceux qui cherchent une réponse, un début de solution! Laissez libre court à votre imagination et faites nous rire un peu aussi! Rendez-vous le 28.01…

***

J’ai toujours rêvé d’être le fils unique et adoré de mes parents, mais hélas, le jour de ma naissance, mon jumeau s’était invité pour me voler la vedette. Notre famille était plus que particulière. Nous descendions en droite ligne d’un illustre voleur, celui-là même qui inspira à Maurice Leblanc son célèbre Arsène Lupin.

La tradition voulait que je me montre digne de mon ancêtre en devenant, à son image, un habile cambrioleur. Je commençai au bas de l’échelle, comme petit pickpocket. Il va sans dire que j’étais très doué et que je détroussais les touristes tout en restant indétectable… Malheureusement, mon frère se montra tout aussi à son aise, me privant de la juste fierté parentale.

Ah, si j’avais pu me défaire de ce jumeau qui me faisait de l’ombre ! C’est ainsi que surgit une idée lumineuse : à défaut de pouvoir me débarrasser de ce double encombrant, j’entrepris de défaire d’autres paires… Les paires de chaussettes que je prenais un malin plaisir à dépareiller, n’emmenant qu’une chaussette sur deux.

Je sévissais dans le silence de la nuit, quand les braves gens dormaient encore, visitant chaque foyer, même les plus modestes pour m’assurer de me faire connaître du plus grand nombre. Si insaisissable, presque fantomatique, que la population crut à une obscure conspiration (dans quel but ? nul ne le savait). On parlait de mes « exploits » à chaque coin de rue. Mon heure de gloire avait enfin sonné !

Lorsque je révélai mon secret à mon père, il n’eut pas le sourire satisfait que j’attendais… « Des chaussettes ? dit-il. La belle affaire ! Tu devrais plutôt faire comme ton frère et dérober des petites cuillères : au prix de certains métaux aujourd’hui, sa fortune est faite ! »

L’entrevue (Léna 5)

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia :des mots une histoire, récolte 34

Les mots imposés : créative – tour – promettre – geste – cheminer – citation – gentillesse – choix – pinceau – page – maroufle – préférence

-Mère, dit Nohan, je vous présente Dame Léna. Dame Léna, voici Dame Amarante, ma mère et notre souveraine.

-Enchantée de faire votre connaissance, ma dame, balbutia la jeune fille un peu impressionnée.

La femme répondit par un sourire dénué de chaleur.

-Étonnante, dit-elle en s’adressant à son fils. Je n’attendais ni politesse, ni gentillesse venant de la fille d’un tel maroufle.

-Mère, s’il vous  plait… tempéra son fils.

Amarante ancra son regard dans celui de Léna.

-Dîtes-moi, mon enfant, demanda-t-elle, seriez-vous ici si vous aviez eu le choix ? Mon fils aurait-il eu votre préférence parmi d’autres prétendants ?

-Permettez-moi de vous poser la question à mon tour, répliqua Léna. Votre fils m’aurait-il choisie, si vous ne l’aviez pas obligé à le faire ?

La femme se mit à rire.

-Il vous a choisie, d’une certaine manière. Voyez, je lui ai présenté ce document. Il contient des pages et des pages de noms de jeunes filles qui, comme vous, répondaient à mes critères de sélection.

-Vos critères ? s’étonna la jeune fille.

-Oui, les miens. Vous apprendrez que si votre peuple accorde le pouvoir aux hommes, le nôtre a choisi de se laisser guider par les femmes. Mon fils m’obéit, exactement comme vous avez obéi à votre père. En d’autres termes, n’ayant pas de fille, c’est à ma bru que je céderai le trône.

-Moi ? dit Léna. C’est ridicule. Je ne saurais que faire d’une telle responsabilité.

-Je peux vous promettre que vous allez apprendre.Je serai votre professeur. Je suis créative, voyez-vous, quand il s’agit d’atteindre mes objectifs. Vous serez mon successeur. Je ferai de vous une souveraine digne de ce nom. Aucun détail ne sera laissé au hasard. Voyez-moi comme un peintre peaufinant son œuvre du bout de son pinceau. Ce que vous direz sera le reflet de ce que je vous aurais dicté, rien de plus qu’une citation fidèle. Ce que vous ferez, servira ma volonté. Nous allons cheminer longtemps ensemble vous et moi, dit-elle avant de faire un geste vers la porte qui signifiait la fin de leur entretien.

La jeune fille la foudroya du regard, avant de se laisser entraîner par Nohan qui l’avait délicatement reprise par le bras.

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